Le Québec a vécu il y a deux semaines sa plus grande vague de chaleur extrême depuis 2010. Selon le plus récent bilan publié mercredi par la Direction régionale de santé publique (DRSP), la canicule a joué un rôle dans la mort de 53 personnes à Montréal. Il s'agit majoritairement d'hommes vivant seuls, de personnes âgées et de gens aux prises avec un problème de dépendance à l'alcool ou aux drogues. La grande majorité des victimes résidaient dans des îlots de chaleur.

Bélinda Bélice LA PRESSE

Nouvelles données

Près de 90 personnes sont mortes au Québec en raison de la canicule, selon les dernières données disponibles. Le plus récent bilan provincial, datant du 9 juillet, faisait état de 70 morts, dont 34 à Montréal. Or, avec les nouvelles données montréalaises publiées mercredi, le total grimpe à 89. Pour un bilan définitif, il faudra attendre à l'automne, a précisé par courriel Marie-Hélène Émond, de la direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Victimes des îlots de chaleur

Entre le 30 juin et le 5 juillet derniers, les températures dans la région de Montréal oscillaient entre 31,7 et 35,5 °C. La majorité des personnes mortes à cause de la canicule résidaient dans des îlots de chaleur où la température est plus élevée qu'ailleurs à Montréal. Les arrondissements de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Verdun et LaSalle sont parmi les plus chauds de l'Île.

Une majorité d'hommes vivant seuls

Parmi les victimes de la chaleur extrême, les trois quarts habitaient un appartement privé. On compte aussi quatre personnes qui habitaient en maison de chambres et huit autres qui vivaient en résidence privée pour personnes âgées. La plupart des victimes étaient des hommes vivant seuls. Les personnes ayant un trouble de santé mentale, des problèmes de santé cardiovasculaires et respiratoires ou des problèmes liés à la consommation d'alcool et de drogue complètent le portrait des victimes à Montréal, selon le plus récent bilan de la DRSP.

Miser sur le communautaire

Pour mieux répondre aux besoins des personnes dépendantes à l'alcool ou aux drogues, la DRSP compte sur les milieux communautaires. « On l'a vu en 2010, les gens consommant de la drogue ou de l'alcool sont plus à risque. Il y a un système de surveillance à Montréal par rapport aux surdoses et on a noté dans ce système plus de décès qu'attendu dans la semaine de la canicule. Sans avoir toutes les informations, cela nous indique que c'est un groupe qui est à risque. On doit pouvoir mieux le rejoindre », affirme le Dr David Kaiser, responsable médical de l'équipe environnement santé à la DRSP.

Un dossier médical à la fois

Pour produire ce bilan, les équipes de la santé publique sont allées dans les bureaux d'Urgences-santé éplucher chaque dossier médical pour déterminer dans quelle mesure les morts pouvaient être attribuables à la chaleur. Elles ont compilé toutes les morts survenues à l'extérieur d'un hôpital.

Vers un bilan moins lourd qu'en 2010 ?

Selon le Dr Kaiser, le bilan définitif pour Montréal ne devrait pas beaucoup changer. « On voulait faire un bilan préliminaire, car on croit que l'intervention a bien fonctionné ; on a pu rejoindre beaucoup de monde, explique le médecin spécialiste. Ce bilan préliminaire nous amène à penser que le bilan final va être moins lourd cette année qu'en 2010, car la majorité des interventions qui ont été ajoutées et bonifiées permettent de mieux rejoindre les gens. » La canicule de 2010 avait fait 106 morts, dont une quinzaine en centre hospitalier.

Révision des méthodes d'intervention

L'été n'est pas terminé, mais la DRSP tire déjà des leçons pour éviter le pire lors d'une prochaine canicule. « Les personnes qui meurent sont des personnes dont on savait déjà qu'elles étaient vulnérables, alors il y a du travail à faire pour mieux les rejoindre. » Pour ce faire, le Dr Kaiser explique que la DRSP doit mieux communiquer avec ses différents collaborateurs, dont les milieux communautaires. « On veut aussi pouvoir mieux cibler sur la base d'informations qu'on a déjà recueillies les secteurs où nos partenaires vont intervenir », ajoute le Dr Kaiser, qui souligne que ces changements peuvent se faire à court terme. Durant la canicule, la santé publique et ses partenaires ont notamment organisé la visite de 42 000 foyers jugés vulnérables par des policiers et des pompiers, en plus d'ouvrir 19 haltes climatisées dans des CLSC et de prolonger les heures d'ouverture de piscines et de lieux publics climatisés de la Ville de Montréal.

Bilan définitif prévu pour décembre

Au cours des prochains mois, la DRSP mènera une enquête approfondie pour améliorer le plan d'intervention en cas de chaleur extrême. « C'est la première fois depuis sept ans qu'on a une période de chaleur extrême qui nous amène en mode intervention. Les constats et les recommandations qui en découlent vont nous permettre de faire une autre révision en profondeur de notre plan d'intervention », conclut le Dr Kaiser. La DRSP va aussi évaluer l'efficacité de ses interventions et celles de ses partenaires. Le rapport définitif sera publié en décembre 2018.