Les pompiers étant de plus en plus exposés à des événements traumatiques, le Service incendie de Montréal compte évaluer leur santé mentale afin de mieux prévenir et traiter les troubles de stress post-traumatique. La métropole envisage même d'offrir des « premiers soins psychologiques » après des événements particulièrement bouleversants.

Mis à jour le 3 mai 2018
Pierre-André Normandin LA PRESSE

« Depuis l'augmentation des appels médicaux, les risques de choc post-traumatique ont augmenté de façon exponentielle. Souvent, les gars n'en parlent pas, ils vont garder ça pour eux, mais ça ne prend qu'un appel pour que tout éclate », dit Ronald Martin, président de l'Association des pompiers de Montréal.

Depuis 2007, les pompiers de Montréal agissent à titre de premiers répondants. En 2016, ils sont intervenus à plus de 85 000 reprises auprès de citoyens en détresse, que ce soit pour des douleurs thoraciques, des accidents de la route ou des surdoses.

Les pompiers ont beau être formés, ces événements peuvent laisser des traces psychologiques. Le SIM annoncera donc mardi avoir mandaté le Centre d'étude sur le trauma pour réaliser ce printemps une étude sur la santé psychologique de ses pompiers. On veut évaluer combien souffrent de dépression, de trouble de stress post-traumatique, de détresse psychologique, d'anxiété et d'abus d'alcool, drogues ou médicaments. Déjà 400 pompiers ont participé à l'étude.

Le SIM est également à évaluer la possibilité d'implanter un service de « premiers soins psychologiques » à la suite d'interventions potentiellement traumatisantes. Les pompiers seraient ainsi étroitement suivis pendant un mois après un incident particulièrement bouleversant. On estime que cette mesure permettrait de repérer plus rapidement les personnes à risque de développer un trouble de stress post-traumatique.

D'ici l'automne, le SIM compte également mandater une clinique spécialisée dans le post-trauma pour évaluer et traiter les pompiers présentant des symptômes. L'équipe de cinq psychologues pourra offrir jusqu'à 32 rencontres aux pompiers sur une période d'un an. Le SIM veut aussi conclure une entente avec un établissement de santé pour permettre à ses employés en ressentant le besoin de rencontrer rapidement un médecin afin de déterminer si son état lui permet de continuer à travail.

L'Association des pompiers salue ces mesures, les réclamant depuis longtemps. « Plus tu vas intervenir tôt, plus tu vas être capable d'aider le pompier pris avec un choc. Si ce n'est pas pris en charge, ça peut dégénérer », dit Ronald Martin.

Montréal entend aussi convaincre la Commission des normes de la santé et de la sécurité du travail de reconnaître plus facilement les blessures dues au stress post-traumatique chez les pompiers comme une maladie professionnelle. La métropole souligne que six provinces ont déjà modifié leurs lois sur les accidents de travail en ce sens. Cette façon de faire allège le fardeau de la preuve pour les employés et accélère le traitement de leur dossier.

Objectif prévention

Le SIM veut aussi encourager les pompiers à signaler les difficultés psychologiques qu'ils peuvent éprouver. Une étudiante à la maîtrise de l'Université de Montréal a ainsi développé deux outils. Le premier permet de détecter les interventions potentiellement traumatiques tandis que le second incite les pompiers à remplir un formulaire pour documenter les événements risquant d'affecter leur santé mentale.

Le SIM estime que ces outils permettront d'assurer une meilleure surveillance de l'exposition aux événements traumatiques. Les informations colligées de façon confidentielle permettront de mieux documenter les signes précurseurs et de dresser le portrait des besoins en matière de soutien.

Le formulaire permet de rapporter si un pompier a été blessé ou agressé durant une intervention ou si l'événement touchait un proche ou une connaissance. Les interventions auprès des enfants, lors de meurtres, suicides ou des cas de violence sexuelle seront aussi consignées.

Les pompiers pourront même rapporter s'ils évaluent qu'une intervention pourrait avoir été traumatisante pour l'un de leurs collègues. Les sapeurs pourront également noter leur réaction, comme s'ils ont ressenti de la peur, un stress intense, un sentiment d'injustice ou s'ils en ressortent avec l'impression qu'ils auraient pu en faire plus.



Pompiers à risque


Malgré leur formation, les premiers répondants sont deux fois plus à risque de développer des troubles psychologiques, selon une étude du Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail menée en 2016.

Les troubles de stress post-traumatique peuvent entraîner des problèmes de dépression, de l'anxiété et des abus d'alcool, drogues ou médicaments.

Les premiers répondants sont à risque de développer un trouble après avoir vécu ou été témoins d'un événement ayant mis en danger la vie d'une personne. L'exposition répétée à l'horreur ou la détresse humaine peut aussi déclencher un tel trouble.

Parmi les symptômes connus, les personnes peuvent vivre des épisodes de reviviscence - c'est-à-dire revivre des événements traumatisants -, connaître des changements dans leur humeur ou même de l'hyperactivité.

Des 2360 pompiers, 1725 sont formés pour être premiers répondants ; 12 des 67 casernes font plus de 2000 interventions par année.

Interventions de premiers répondants

2011: 73 166

2012: 76 386

2013: 76 434

2014: 80 829

2015: 81 143

2016: 85 347

Source: Rapport annuel du SIM 2016