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Cafouillage: le SPVM revoit ses méthodes de perquisition

Les policiers ont effectué une perquisition dans le... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE,  LA PRESSE)

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Les policiers ont effectué une perquisition dans le logement de Denis Paquette, situé dans une résidence pour retraités et semi-retraités. Ils y ont trouvé une bombe de forte puissance.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La police de Montréal va changer sous peu sa façon de mener des perquisitions, à la suite d'un cafouillage lors d'une opération où une puissante bombe aurait pu causer un bain de sang à 100 mètres à la ronde, en plein quartier résidentiel, a appris La Presse.

Les sept nouvelles mesures qui seront annoncées sous peu découlent d'un incident survenu le 15 juin dernier à Pointe-Saint-Charles. L'affaire est relatée en grande partie dans un rapport des techniciens en explosifs de Groupe tactique d'intervention (SWAT), que nous avons obtenu.

À l'époque, les enquêteurs spécialistes des vols de banques étaient sur la piste d'un groupe qui préparait l'attaque d'un fourgon blindé et le kidnapping d'un banquier.

Seule une poignée de vieux criminels endurcis, des professionnels adeptes d'explosifs et d'armes automatiques, sont connus comme étant capables de monter un tel coup à Montréal. Les enquêteurs ont vite relié le plan à trois suspects principaux: Denis Paquette, Gilles Pinsonneault et Michel Renaud. Comme ils ont tous déjà été impliqués dans des échanges de tirs avec la police, des mesures de sécurité particulières étaient planifiées pour leur arrestation.

Pendant l'enquête, les policiers avaient par ailleurs intercepté des conversations au cours desquelles il était question d'une bombe.

Les trois suspects ont été arrêtés lors d'un grand déploiement le vendredi 14 juin. L'opération était dirigée par Mario Desmarais, à l'époque commandant de la Section des crimes majeurs. Épuisés après plus de 24 heures de travail d'affilée, les enquêteurs au dossier ont ensuite été envoyés se reposer. Les agents du SWAT ont aussi obtenu leur congé.

Mais le lendemain, il restait à perquisitionner dans le logement de Denis Paquette, qui habitait une résidence pour retraités et semi-retraités sur la rue de Coleraine, à Pointe-Saint-Charles.

Tenus dans l'ignorance

Le commandant Desmarais avait besoin de bras pour cette perquisition. Or, les enquêteurs experts en la matière sont difficiles à réunir le week-end, surtout depuis que les «primes de disponibilité» ont été abolies pour les enquêteurs qui restent disponibles sur appel.

Faire entrer les agents du SWAT à taux double pour une journée d'heures supplémentaires coûte aussi très cher, alors que le SPVM tente désespérément de réduire ses dépenses.

Le commandant a donc décidé d'envoyer des enquêteurs des fraudes qui étaient de garde et qu'il avait sous la main. Ceux-ci ont accepté de donner un coup de main.

Cinq sources policières ont confirmé à La Presse que «les gars des fraudes» n'ont jamais été informés de la possibilité de découvrir une bombe. Ils ignoraient aussi que les personnes arrêtées étaient réputées capables de tirer sur la police et qu'au moins un individu soupçonné d'être leur complice était toujours en liberté.

Tout ce qu'on a demandé aux enquêteurs, c'était de ramasser quelques vêtements chez Paquette à titre d'éléments de preuve.

C'est en cherchant tranquillement ces vêtements que l'un d'eux a découvert qu'il était en train d'agiter dangereusement un sac de sport bleu contenant des armes, des munitions, des déguisements et une mallette qui semblait prête à lui sauter au visage.

«La mallette avait une paire de menottes attachée à la poignée, un fil qui sortait par un trou percé sur le devant, un bouton pressoir et une serrure ronde non conventionnelle», racontent les techniciens en explosifs dans leur rapport. Une mitraillette AK-47 a aussi été trouvée sur place, ainsi qu'un contenant de poudre à canon.

Dangereux dans un rayon de 100 mètres

L'analyse subséquente démontrera que la mallette était reliée à un système de mise à feu commandé par téléphone cellulaire. «Il est difficile d'affirmer avec certitude s'il était fonctionnel, mais toutes les composantes nécessaires étaient présentes», précise le rapport. Le mécanisme pouvait être armé d'une simple pression.

«Un être humain menotté à cette valise lors de la détonation a très peu de chances de survivre, et des blessures peuvent facilement être infligées aux personnes présentes dans un rayon de 100 mètres», poursuivent les experts.

Ébahis par leur découverte, les enquêteurs des fraudes ont ordonné l'évacuation de la maison de retraite. Ils ont appelé en renfort le SWAT et ses experts en explosifs qui ont utilisé le robot télécommandé du SPVM pour sortir la mallette dehors, puisque «la traiter sur place dans le logement aurait pu causer des dommages considérables, d'autant plus que des réservoirs d'oxygène étaient présents à l'étage supérieur».

L'engin explosif a finalement été neutralisé à l'extérieur, dans une déflagration contrôlée qui a endommagé le robot policier.

Le lendemain, lorsqu'il a pris conscience du risque qu'il avait couru, l'enquêteur aux fraudes de 44 ans qui avait découvert la bombe s'est senti mal. Ébranlé, il a dû prendre un congé de plusieurs semaines pour se remettre de ses émotions.

Grand chantier

L'affaire a causé beaucoup de mécontentement dans les rangs du SPVM. La direction, la CSST et la Fraternité des policiers ont participé à un grand chantier de remise en question des pratiques.

La Fraternité a confirmé hier à La Presse qu'elle a exigé des changements dans les façons de faire.

«La Fraternité est toujours préoccupée par la sécurité de ses membres et celle du public. Et dans ce cas-ci, les faits qui ont été portés à notre connaissance nous ont choqués», explique le président Yves Francoeur.

«Les questions budgétaires ne devraient jamais intervenir lorsque la vie ou la sécurité de nos policiers ou de la population est en jeu. Devant ces circonstances, la Fraternité a exigé des correctifs ainsi que l'assurance qu'une telle situation ne se reproduirait plus», dit-il.

La CSST a confirmé à La Presse qu'elle a donné son aval à un plan d'action du SPVM qui vise à combler les failles dans les méthodes de travail et qui comprend sept recommandations à implanter. La direction du SPVM refuse de détailler celles-ci pour l'instant.

«Nous devons rencontrer nos employés sous peu, et c'est avec eux qu'on va partager ces résultats en premier. Nous sommes une organisation policière apprenante, nous en apprenons davantage tous les jours sur le terrain», a déclaré le commandant Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM.

Selon nos sources, une grille d'évaluation du risque devra notamment être remplie avant chaque perquisition et être approuvée par un cadre pour éviter de mauvaises surprises comme celle de Pointe-Saint-Charles.

La CSST estime que le SPVM «a fait preuve de proactivité en prenant en charge la situation».

«Les recommandations font consensus à l'interne et nous nous sommes assurés du bien-fondé de la démarche», assure Dominique David, porte-parole de l'organisme.

Le plan

Selon la police, en juin 2013, les suspects avaient installé une caméra dans une camionnette stationnée devant la résidence d'un important banquier montréalais. L'homme qu'ils épiaient détient les clés pour entrer dans plusieurs installations névralgiques de son institution financière, y compris les chambres fortes où sont entreposées des sommes faramineuses.

> La bande aurait surveillé les allées et venues du banquier et de sa famille en planifiant un kidnapping.

> Le groupe avait fabriqué une bombe télécommandée par téléphone cellulaire qui était insérée dans une mallette munie d'une menotte, ce qui «correspond très bien à une valise qu'on attache au poignet d'une victime lors d'un enlèvement», selon le rapport du Groupe tactique d'intervention. La police croit que le but était d'exiger un accès aux richesses de la banque en menaçant de faire sauter un otage.

> Les suspects, qui étaient munis d'un véritable arsenal incluant un fusil d'assaut AK-47, prévoyaient aussi attaquer un fourgon blindé bancaire avant de disparaître.




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