La nouvelle mouture du futur échangeur Turcot, présentée hier par le gouvernement Marois, a suscité des réactions très variées dans les rangs politiques municipaux et au sein d'organismes de la société civile qui réclament depuis des années une meilleure intégration urbaine de ce carrefour autoroutier du sud-ouest de Montréal utilisé quotidiennement par plus de 300 000 véhicules.

Bruno Bisson et Karim Benessaieh LA PRESSE

Shannon Franssen, porte-parole de Mobilisation Turcot, qui regroupe plusieurs dizaines d'organismes sociaux et économiques du Sud-Ouest, a exprimé hier sa «grande déception» par rapport au gouvernement péquiste. Elle a rappelé à quel point les ténors du Parti québécois s'étaient montrés ouverts aux propositions de cette coalition sociocommunautaire lorsqu'ils étaient dans l'opposition.

«Mais ils n'ont pas agi en ce sens-là», a-t-elle déclaré hier. Elle estime que le maintien des structures routières en remblais dans le secteur Pointe-Saint-Charles entraînera une coupure du quartier et l'enclavement de ses résidants. «Il est encore temps de modifier cette portion du projet», a-t-elle ajouté.

La chef du parti Vision Montréal, Louise Harel, a aussi estimé «décevant» qu'on ait conservé ces «murs de la honte» dans le design final du projet. En revanche, elle a qualifié d'«intéressantes» les bonifications aux transports collectifs annoncées hier par Québec.

Son homologue de Projet Montréal, Richard Bergeron, a pour sa part affirmé que le gouvernement a opté pour «le projet le plus cher et le plus compliqué possible, afin de détourner le maximum d'argent» pour le volet routier, au détriment des infrastructures de transports en commun.

Daniel Bouchard, responsable des dossiers de transport au Conseil régional de l'environnement de Montréal, s'est dit «agréablement surpris» par la nouvelle version du projet Turcot. L'ajout d'une gare de train de banlieue dans l'arrondissement de Lachine et d'une voie réservée aux autobus dans la rue Sherbrooke Ouest sont des «petits pas intéressants». Mais d'autres projets à l'étude, évoqués hier par le ministre des Transports Sylvain Gaudreault, lui semblent très prometteurs.

Ainsi, l'aménagement d'une voie réservée au covoiturage dans l'axe de l'autoroute 20 ou d'une voie réservée aux autobus sur l'autoroute 13 «pourrait permettre de transférer jusqu'à 5% des déplacements automobiles vers les transports en commun», selon lui. À condition, bien sûr, que ces projets se réalisent.

Applebaum absent

Quant au maire de Montréal, Michael Applebaum, il a nié le fait que son absence lors du point de presse de Québec soit liée à une insatisfaction de son administration par rapport au projet présenté.

«Je ne suis pas fâché du tout, a-t-il déclaré hier. J'ai décidé de leur laisser la place parce que c'est un dossier qui leur appartient. Je trouve très important d'aller de l'avant. Le gouvernement a pris une décision courageuse dans le meilleur intérêt de la sécurité des Montréalais, étant donné l'état des infrastructures actuelles.»

Il reconnaît que son administration de coalition n'est pas «à 100% derrière le projet», mais salue les bonifications apportées sur le plan des transports collectifs. «Mais Montréal n'est pas responsable de ce dossier: il relève du MTQ. Nous allons l'appuyer pour tous les volets qui concernent la Ville.»