Un ingénieur et résidant du Vieux-Montréal propose la construction d'un pont mobile réservé aux piétons et aux cyclistes pour relier directement le Vieux-Port au parc Jean-Drapeau, ce qui réduirait d'environ 75% la distance et le temps de parcours entre deux des plus grands espaces publics de la métropole.

Bruno Bisson LA PRESSE

La construction d'une passerelle mobile de 300 m entre le quai King Edward et le parc de la Cité-du-Havre, près du pont de la Concorde, permettrait aux cyclistes de passer du Vieux-Port à l'île Sainte-Hélène, dans le parc Jean-Drapeau, en moins de cinq minutes.

Selon Ottavio Galella, président de Trafix, firme spécialisée dans la gestion de la circulation, le projet «consoliderait un grand espace urbain «vert-bleu» qui serait parmi les plus imposants au Canada, peut-être même en Amérique du Nord».

En tenant compte seulement des terres émergées, la superficie combinée des parcs liés par la passerelle atteindrait près de 320 hectares, soit presque la taille du célèbre Central Park, à New York (341 hectares). En incluant les bassins du port et du fleuve, cet ensemble urbain réservé au vélo et à la marche s'étendrait sur près de 800 hectares, selon l'ingénieur, qui fera une présentation publique du projet cet après-midi dans le cadre des audiences de l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur l'avenir du Vieux-Montréal.

La passerelle proposée par M. Galella serait «mobile», c'est-à-dire qu'elle devrait être conçue pour s'élever ou basculer afin de laisser passer les navires de croisière qui accostent au quai Alexandra. Elle serait le lien manquant d'un tracé cyclable et piétonnier de 1,3 km surplombant les eaux du fleuve et des bassins du port de Montréal sur toute sa longueur, du quai King Edward jusqu'à l'île Sainte-Hélène.

En comparaison, le parcours actuel pour les vélos fait 5 km - presque quatre fois la longueur du lien proposé par M. Galella - et exige un détour par une sorte de no man's land longeant l'autoroute Bonaventure, de la rue Mill jusqu'à l'avenue Pierre-Dupuy.

Jusqu'à la Rive-Sud

La passerelle mobile du Vieux-Port ne représente toutefois que la première portion d'un projet plus vaste visant à réunir les deux rives du Saint-Laurent par un chemin cyclable et piétonnier de 2,3 km (voir la carte), entièrement construit et aménagé dans l'axe du pont de la Concorde.

Ce lien cyclable inter-rives nécessiterait la construction d'une passerelle et d'un pont fixes au-dessus du circuit Gilles-Villeneuve et du bassin olympique, dans l'île Notre-Dame, ainsi que d'un autre pont mobile pour franchir la Voie maritime du Saint-Laurent. Le lien cyclable pourrait ainsi se raccorder à la Route verte déjà aménagée en bordure de la route 132, sur la Rive-Sud.

La réalisation du projet permettrait de rouler du Vieux-Port jusqu'à la Route verte en huit minutes seulement, selon les calculs de Trafix. Le trajet actuel, qui longe les berges de l'île Notre-Dame jusqu'aux écluses de la Voie maritime, à proximité du pont Victoria, fait environ 10 km et prend au moins 35 minutes.

Transport électrique

Selon M. Galella, la construction des trois structures de l'île Notre-Dame offrirait aussi la possibilité de créer une nouvelle voie d'accès à Montréal à partir de la Rive-Sud pour des autobus hybrides ou électriques ou un autre mode de transport à l'électricité. Le circuit d'autobus traverserait le fleuve par le pont de la Concorde, mais n'emprunterait pas la passerelle mobile du Vieux-Port, qui resterait strictement réservée aux piétons et aux cyclistes. Les autobus quitteraient les îles en empruntant l'avenue Pierre-Dupuy jusqu'à l'autoroute Bonaventure, en direction de la gare d'autobus du centre-ville.

Ce scénario, insiste-t-il, pourrait offrir une solution de transports collectifs intéressante dans le contexte de la construction d'un nouveau pont Champlain. Dans le cadre de la construction du pont et des travaux de raccordement des approches, le fonctionnement de la voie réservée aux autobus sur le pont, qui permet le passage de 20 000 usagers par période de pointe, pourrait être remis en question en raison des chantiers. Aucune autre solution n'a encore été proposée pour faire face à une telle situation.

Des coûts estimés à 350 millions

Les ponts et passerelles nécessaires à l'aménagement du couloir de transports actifs et collectif pourraient coûter de 300 à 350 millions au total, selon l'ingénieur Ottavio Galella, qui fonde son estimation sur le coût de projets réalisés dans d'autres villes.

Le cas du Peace Bridge, pont piétonnier de 131 m de longueur inauguré il y a moins d'un an à Calgary, après des travaux de 24,5 millions, pourrait servir de référence pour estimer le coût des passerelles fixes du bassin olympique et du circuit Gilles-Villeneuve. En calculant un coût moyen de 30 000$ le mètre carré, M. Galella estime que ces deux ouvrages pourraient coûter environ 35 millions. Les passerelles mobiles coûteraient beaucoup plus cher: 100 millions pour celle de la Voie maritime et 200 millions pour celle du Vieux-Port. Cette passerelle de 300 m deviendrait un des plus longs ponts cyclables et piétonniers du monde.

Ces estimations, précise M. Galella, devraient être validées à l'aide d'études d'ingénierie et d'architecture. Le président de Trafix tient d'ailleurs à souligner que sa firme ne profiterait aucunement de ces investissements.

Infographie La Presse