Il y a 20 ans, ça n'allait pas du tout avec les jeunes d'origine haïtienne dans Saint-Michel. Les gangs de rue commençaient à prendre leur essor dans les rues du quartier, en recrutant dans les écoles. Les premières actions policières avaient choqué la communauté. C'est à ce moment-là qu'Harry Delva, criminologue de formation, a décidé d'agir.

Katia Gagnon LA PRESSE

Il s'est posté pendant plusieurs semaines au métro Saint-Michel. Il a observé. «C'était clair: le problème était jeune et il était noir.» Il a analysé la dynamique de ces jeunes Haïtiens, parfois laissés à eux-mêmes par des parents qui travaillent de longues heures. «Les jeunes se recréaient une famille. Et la rue se chargeait de faire leur éducation.»

La solution d'Harry Delva? Leur fournir cette famille de remplacement avant que les gangs ne les recrutent. Par l'entremise d'une équipe de soccer. D'un club de boxe. D'un groupe de musique. Mais il fallait d'abord trouver des médiateurs qui sauraient convaincre leurs pairs de résister à l'argent vite fait.

Il a donc recruté 10 jeunes. Il les a formés aux rudiments de la patrouille. Où aller? Quoi dire? Le programme Jeunes patrouilleurs était né. Vingt ans plus tard, il est toujours là.

À l'origine, le programme a été élaboré en collaboration avec le Service de police de la Ville de Montréal. Les façons de faire des patrouilleurs ont d'ailleurs bousculé la culture policière. Le changement a été durable: le poste 30 a attiré, depuis, plusieurs policiers orientés vers la médiation et la connaissance du terrain. Et jamais les problèmes de gangs n'ont dégénéré dans Saint-Michel comme on l'a vu dans Montréal-Nord.

__________________________________

Et les filles?

Au printemps dernier, avec la collaboration des Jeunes patrouilleurs, la police de Montréal a monté le projet Contact. Plusieurs dizaines de jeunes hommes, mais aussi de jeunes filles, ont pu s'initier aux arts martiaux. «Des gens de groupes communautaires sont venus nous voir. Ils nous ont dit que les filles maghrébines, on ne les voyait nulle part. Elles étaient totalement absentes des activités», explique Anie Samson. Le projet Contact a donc été étendu aux filles, recrutées par un agent sociocommunautaire dans les polyvalentes. «L'histoire des Shafia, c'est arrivé juste à côté, à Saint-Léonard. Ça pourrait arriver à nos jeunes filles», dit Mme Samson.