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Montréal détruit deux patinoires de ruelle

«Les parents n'ont qu'à emmener leurs enfants jouer... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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«Les parents n'ont qu'à emmener leurs enfants jouer au parc Jarry ou dans la cour d'école», a affirmé une dame dont la cour donne sur l'une des petites patinoires.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Des familles du quartier Villeray, à Montréal, ont vécu une grande déception il y a deux semaines: les deux patinoires qu'elles avaient patiemment fabriquées dans leur ruelle ont été complètement détruites par des employés municipaux, sous prétexte qu'un voisin avait fait une plainte.

Les parents dénoncent cette situation et soulignent que les ruelles de la ville sont un formidable attrait pour empêcher l'exode des jeunes familles vers les banlieues - l'un des objectifs de la politique familiale de la Ville de Montréal.

«Ça fait six ans qu'on fait une patinoire derrière la maison, nos trois garçons passent des heures chaque semaine à jouer au hockey dehors avec plusieurs petits voisins, raconte Mélanie Cyr, l'une des citoyennes concernées. Jamais personne ne s'est plaint, alors quand j'ai vu les cols bleus répandre du gravier sur notre glace, je n'en revenais pas.»

«J'étais tellement déçu parce qu'on a beaucoup travaillé pour faire la patinoire», souligne son fils Albert, 11 ans, qui chausse parfois ses patins le midi, en venant dîner à la maison.

Les employés municipaux ont affirmé qu'ils ont agi à la suite d'une plainte.

Ils ont également recouvert de gravier la patinoire de Sylvain Guilbault et son voisin, un peu plus au nord dans la ruelle. «On n'a reçu aucun avis de la Ville, dit le père d'un garçon de 7 ans. On pensait même que c'était un voisin qui était venu lui-même détruire la patinoire.»

Les patineurs de ruelle n'ont pas baissé les bras: ils ont ressorti leurs boyaux pour refaire la patinoire, qui fait une quinzaine de mètres de longueur, et ont interpellé leurs élus municipaux pour dénoncer la situation.

«On nous dit que les jeunes sont trop sédentaires, qu'ils ne jouent pas assez dehors, note Sylvain Guilbault. Nos enfants aiment sortir et bouger parce qu'il y a une patinoire derrière la maison. Pendant les vacances des Fêtes, il y avait parfois une dizaine d'enfants qui patinaient ici.»

«La Ville cherche des façons de retenir les familles en ville, ajoute sa conjointe Danièle Racine. Pour nous, une patinoire dans la ruelle, ça rend la vie montréalaise plus intéressante.» Mélanie Cyr raconte d'ailleurs que son conjoint et elle, parents de trois jeunes garçons, ont songé à déménager en banlieue, où ils pourraient avoir une maison et une cour plus vastes. Ils ont changé d'idée au moment où ils ont commencé à patiner dans la ruelle.

Mais tous ne partagent pas leur point de vue. Une voisine, dont la cour donne directement sur l'une des petites patinoires, estime que les ruelles ne sont pas des terrains de jeu. «En cas d'urgence, je veux pouvoir sortir de ma cour en toute sécurité, dit la dame, qui ne veut pas dévoiler son identité. Les parents n'ont qu'à emmener leurs enfants jouer au parc Jarry ou dans la cour d'école.»

Les parents affirment qu'ils font attention pour ne pas nuire aux voisins, par exemple en ne poussant pas de neige devant leur clôture. Et s'ils vont parfois patiner ailleurs, ils soulignent qu'il n'y a rien de mieux qu'une patinoire derrière la maison pour inciter les enfants à prendre l'air. «Ils peuvent sortir jouer même si les parents sont occupés, dit Sylvain Guilbault. Et puis, sur les patinoires municipales, comme au parc Jarry, il y a souvent des grands qui jouent trop dur pour les plus jeunes.»

La conseillère municipale de Villeray, Elsie Lefebvre, croit que les citoyens ont raison de réclamer le droit de pratiquer des sports d'hiver dans la ruelle. D'ailleurs, plusieurs ruelles de son quartier sont dotées de patinoires aménagées par les résidants, indique-t-elle. «Je planchais déjà sur un projet de ruelle blanche pour améliorer la qualité de vie des familles. Quand j'ai appris qu'une patinoire pour enfants avait été détruite par la Ville dans mon propre quartier, j'ai trouvé ça épouvantable», dit la conseillère, leader de l'opposition au conseil municipal. «Je suis résolue à faire changer cette approche de la Ville, on doit appuyer les initiatives citoyennes et non pas les décourager.» La conseillère note que les arrondissements permettent que les ruelles soient parfois bloquées en cas de travaux de construction. Pourquoi pas pour permettre aux enfants de s'amuser?

La conseillère organise d'ailleurs un point de presse ce matin dans la ruelle en question, avec Louise Harel, chef du parti Vision Montréal, pour annoncer de quelle façon elle tentera de convaincre les élus municipaux de laisser les familles profiter pleinement des ruelles.




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