Le vernis d'harmonie retrouvée à l'hôtel de ville de Montréal commence déjà à s'écailler. Vision Montréal compte de porter plainte pour «insultes grossières à la limite de l'intimidation» contre le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, qui menace de répliquer par une poursuite en diffamation.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

L'élection de Michael Applebaum comme maire intérimaire de Montréal avait ramené le calme à l'hôtel de ville grâce à la formation d'une administration de cohabitation rassemblant tous les partis. Un mois plus tard, l'animosité entre Vision Montréal et Projet Montréal a pris le dessus.

La conseillère Véronique Fournier, de Vision Montréal, compter porter plainte au ministère des Affaires municipales contre Richard Bergeron, qu'elle accuse d'avoir proféré des insultes contre des membres de son parti.

L'élue dénonce deux incidents en particulier. Le premier est survenu le 6 décembre, lorsque les deux partis jouaient du coude pour avoir préséance lors d'un point de presse. Insatisfait de voir la conseillère Fournier s'adresser aux médias avant lui, Richard Bergeron aurait utilisé un terme méprisant pour les femmes («ostie de salope») devant l'attachée de presse de Vision Montréal, Militza Jean. Ex-employée de Projet Montréal, celle-ci se trouve déjà devant la Commission des relations du travail après avoir contesté son congédiement en décembre 2011.

Le deuxième incident serait survenu mardi matin lors d'une conversation aux portes de la salle du conseil municipal. Véronique Fournier affirme que Richard Bergeron et le maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, ont traité un autre élu de Vision Montréal, Benoit Dorais, de «gros cave».

Richard Bergeron nie les allégations de la conseillère Fournier, qu'il menace de poursuite en diffamation. «Je suis choqué, ahuri, renversé par une telle extravagance. Jamais je ne dis ces mots dans ma vie privée et là je les aurais prononcés devant une meute de journalistes, alors que les enregistreuses sont ouvertes et les caméras tournent? J'admets avoir parlé de «culot», mais je ne sais pas où elles ont pris le reste.»

Quant à l'incident de ce matin avec Luc Ferrandez, il assure avoir simplement tenté de calmer son collègue encore échaudé d'un échange corsé de la veille au conseil municipal. Richard Bergeron assure toutefois ne jamais avoir injurié Benoit Dorais.

Le chef de Projet Montréal demande à Vision Montréal d'en finir avec ces accusations, sans quoi «s'il y a acharnement, je n'exclus pas des poursuites en diffamation».

Les plaintes à l'éthique peuvent entraîner une réprimande ou même une suspension pouvant aller jusqu'à 90 jours de l'élu visé, précise le président de la Commission municipale du Québec, Denis Marsolais.

Insultes inacceptables, dit Applebaum

Informé des insultes qui pourraient avoir été proférées dans l'enceinte de l'hôtel de ville, le maire a rappelé les élus à l'ordre. «C'est inacceptable. À l'intérieur et à l'extérieur de la salle du conseil, si on veut avoir le respect, il faut faire preuve de respect», a-t-il dit lors d'un point de presse.

Même le président du conseil, Harout Chitilian, a profité de la séance de ce matin pour faire une mise au point: «Je sens récemment qu'il y a de plus en plus un dérapage des valeurs morales de certaines personnes de cette salle. Ces dérapages me préoccupent grandement. L'année a été difficile pour l'ensemble des élus, mais surtout pour les Montréalais.»

Cette escalade des tensions à l'hôtel de ville survient à moins d'un an des élections. Pour l'heure, seuls Louise Harel et Richard Bergeron, les chefs des deux partis de l'opposition, se sont officiellement portés candidats à la mairie. Les sondages montrent que les deux sont à égalité dans les intentions de vote.