L'innocence des musulmans n'a pas embrasé la communauté musulmane de Montréal. Tout en dénonçant le film controversé et les violences qu'il a causées, les musulmans d'ici ont minimisé son importance.

Janie Gosselin LA PRESSE

«C'est dégoûtant et très dérangeant», a réagi le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elminyawi, qui refuse de visionner des extraits pour ne pas «encourager» ses auteurs. «Mais les attaques et les faussetés ne sont pas nouvelles; nous devons les ignorer et poursuivre notre route», a-t-il ajouté. Il a déploré ce qu'il voit comme un abus de la liberté d'expression et a appelé à un meilleur encadrement, particulièrement sur l'internet.

Le film amateur, dont des extraits en anglais et en arabe circulent sur le web, tourne en dérision Mahomet, prophète de l'Islam. Le Conseil canadien des relations américano-islamiques (CCRAI) s'est dit préoccupé par une augmentation d'actes et de propos haineux contre l'islam. «Il y a un certain souci dans la communauté concernant une hausse du sentiment anti-musulman, a précisé Ihsaan Gardee, directeur général de l'organisme. Mais je crois que la vaste majorité des gens voient ce film pour ce qu'il est: l'action d'extrémistes qui ne sont pas représentatifs.» Malgré le sujet explosif du film, il ne voit «aucune raison qui justifie les attaques violentes».

Sania Bouzourène, une musulmane de Montréal de 46 ans, croit que seuls les gens «fragiles» pourraient être influencés par ce film. «Ça pourrait renforcer les préjugés pour ceux qui ont déjà des idées radicales, mais pour les autres, je ne pense pas», a-t-elle dit. Pour elle, il s'agit simplement d'une provocation.