Marc-André Pouliot roulait en vélo dans la rue Sainte-Catherine lorsqu'une voiture l'a frôlé durant une trentaine de secondes, au son d'un «klaxon de fou». Il a engueulé le conducteur, puis l'a insulté. Une dispute a éclaté. Le ton a monté.

Marco Fortier LA PRESSE

Un peu plus loin, l'automobiliste a foncé brusquement vers le vélo et l'a évité de justesse, à la dernière seconde.

Le cycliste de 30 ans a eu la peur de sa vie. Il a réalisé qu'il aurait pu se retrouver à l'hôpital, comme le courrier à vélo qui s'est fait heurter par un véhicule utilitaire sport (VUS) après une altercation sur la piste cyclable du boulevard De Maisonneuve, la semaine dernière.

«J'ai pris la résolution de ne plus réagir à l'intimidation [des automobilistes] quand je suis en vélo», dit Marc-André Pouliot.

«Il m'a provoqué, je l'ai insulté. C'est dangereux. La rage au volant, il y a des gens pour qui c'est une réalité», dit ce mordu de vélo, qui fait chaque jour l'aller-retour sur deux roues entre Verdun et le centre-ville de Montréal, où il travaille.

Des prises de bec comme celle-là, entre cyclistes et conducteurs, surviennent chaque jour par dizaines à Montréal. Tous les cyclistes - et automobilistes - ont leur petite histoire d'horreur à raconter. Les vélos s'installent tranquillement dans le paysage, mais la cohabitation entre deux roues et quatre roues se règle parfois à coup de gros mots, de poings brandis et de tôle froissée.

«Je note un changement de mentalité à Montréal, dit Marc-André Pouliot. Il y a tellement de vélos que les automobilistes deviennent plus conscients de la présence des cyclistes. Mais il y a un effort à faire des deux côtés.»

Martin Dumont peut en témoigner. Il venait de redémarrer après avoir fait son arrêt obligatoire à l'angle des étroites rues Saint-Paul et Saint-François-Xavier, dans le Vieux-Montréal, quand un messager à vélo a percuté à toute allure l'arrière de sa voiture, sans s'arrêter au stop!

«Je travaillais pour la Croix-Rouge à ce moment-là. J'ai eu le réflexe de sortir ma trousse de premiers soins et de l'aider à se relever, mais il m'a engueulé en disant que je n'avais pas fait mon stop. J'avais fait mon stop, mais pas lui», raconte cet ancien attaché politique à Ottawa, qui travaille dans les relations publiques.

«Ça vaudrait la peine de rappeler que les arrêts, c'est pour tout le monde», dit Martin Dumont en soupirant.

Rencontre brutale

Philippe Boucher a aussi connu une rencontre brutale avec un cycliste, boulevard Édouard-Montpetit, près de Décarie, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges. Il venait de repartir après s'être arrêté à un coin de rue à quatre stops, lorsqu'un cycliste d'environ 22 ans a surgi en trombe, sans arrêter.

«J'ai freiné de justesse à 10 centimètres de lui. Il a perdu l'équilibre. Je lui ai demandé s'il était correct. Il s'est levé en criant, il a donné un coup de pied sur mon auto et est reparti en me faisant un doigt d'honneur», raconte Philippe Boucher, encore sous le choc une semaine après sa mésaventure.

Comme bien des gens, ce designer web roule parfois en vélo, parfois en voiture. Il trouve que tous les usagers de la route doivent faire un examen de conscience. «Tout le monde trouve que les autres conduisent mal, mais l'imbécilité n'appartient pas aux cyclistes ou aux automobilistes», dit-il.