Trois dossiers d'acquisitions immobilières en litige devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ) pourraient faire encore grimper le coût des terrains nécessaires à la construction du train de banlieue Montréal-Mascouche, selon des informations obtenues par La Presse.

Mis à jour le 29 mars 2012
Bruno Bisson et André Noël LA PRESSE

Les propriétaires et occupants de deux terrains expropriés pour la construction des gares de Saint-Léonard et de Terrebonne réclament au total plus de 28 millions à l'Agence métropolitaine de transport (AMT).

Les sommes prévues pour l'achat de ces terrains dans le plus récent budget du train de l'Est représentent environ la moitié de ce total.

Selon les documents d'Infrastructure Québec que La Presse a obtenus, ces trois dossiers présentent toujours «un risque de dépassement des coûts», dans le cadre d'un projet qui a déjà connu sa large part de dépassements depuis cinq ans.

Annoncée en 2006 par le gouvernement du Québec, la réalisation du train de l'Est entre Montréal et Mascouche devait coûter, à l'origine, 300 millions. Après un réexamen complet de ses coûts et échéanciers, mené l'an dernier par Infrastructure Québec à la demande du Conseil du Trésor, le coût du projet est maintenant estimé à 671 millions.

Dans son estimation des coûts, Infrastructure Québec a de plus recommandé au gouvernement de prévoir une enveloppe de 46 millions pour couvrir certains imprévus pouvant survenir avant la mise en service du train, prévue en 2014. Ces trois dossiers d'expropriation font partie de ces «risques de dépassement des coûts» relevés par Infrastructure Québec.

Spéculation immobilière

La Presse a révélé hier que le coût d'acquisition des terrains nécessaires pour la réalisation du train de l'Est a plus que doublé depuis son annonce, en 2006, parce que l'AMT a trop tardé à les exproprier.

Selon un évaluateur agréé mandaté par Infrastructure Québec, le coût de tous les terrains nécessaires aurait été de 18 millions si l'AMT en avait fait l'acquisition dès 2006. En raison de la spéculation immobilière qui a suivi l'annonce du projet, les mêmes terrains pourraient aujourd'hui coûter plus du double, soit 38 millions.

Ces nouvelles révélations ont incité l'opposition officielle à revenir à la charge, hier à l'Assemblée nationale, pour exiger «que le Vérificateur général du Québec fasse la lumière sur le fiasco libéral du train de l'Est».

Interrogé hier à ce propos par le député péquiste Nicolas Girard, le ministre des Transports, Pierre Moreau, a assuré que le total de 38 millions était «probablement prématuré» parce que, dans plusieurs cas, les sommes à verser aux propriétaires seront déterminées par le Tribunal administratif.

M. Moreau a ajouté qu'en raison de changements apportés au projet, «10 terrains qui étaient visés par l'acquisition à l'origine ne seront plus requis, faisant réduire ainsi les coûts d'acquisition des terrains».

Le ministre n'a pas précisé quels terrains ne seront plus requis ni les économies anticipées en raison de ce changement.

Dans le cas de la gare de Saint-Léonard, le propriétaire du terrain exproprié au nord de la voie ferrée réclame plus de 6 millions pour sa propriété. L'entreprise qui occupait ces terrains et qui a dû fermer boutique en 2010, Pièces d'auto Montréal-Nord, réclame pour sa part plus de 8 millions en indemnisations. Le budget total de l'AMT pour l'achat des terrains de cette gare est de seulement 6 millions.

À Terrebonne, les propriétaires d'un grand lot situé en bordure de l'autoroute 640 réclament plus de 14 millions de l'AMT devant le TAQ.