Les robots quittent la section science-fiction des bibliothèques de Montréal pour s'installer derrière les comptoirs de prêt. D'ici trois ans, la Ville de Montréal investira près de 8 millions de dollars pour automatiser les prêts et les retours de documents dans ses 43 bibliothèques, grâce à une nouvelle technologie utilisant l'identification par radiofréquence (RFID).

Karim Benessaieh LA PRESSE

Ce projet d'envergure, adopté mercredi dernier par le comité exécutif, permettra dès 2014 de gérer près de 90% des prêts de documents au moyen de postes libre-service. Des chutes à livres intelligentes et des robots de tri viendront en outre en renfort au personnel actuellement débordé.

«C'est la meilleure nouvelle depuis longtemps, estime Louise Guillemette-Labory, directrice des bibliothèques de Montréal. Avec cette technologie, nous allons pouvoir diminuer notre besoin de rattrapage. On va pouvoir s'occuper davantage de notre clientèle en libérant nos employés de tâches plus mécaniques.»

On estime en effet qu'il faudrait ajouter 500 employés aux quelque 900 actuellement en poste pour ramener les bibliothèques montréalaises au niveau de celles des grandes villes canadiennes, qui est de 0,7 employé pour 1000 habitants. Montréal traîne la patte sur ce plan avec un ratio de 0,5 employé. Le retard en ce qui concerne les bibliothécaires est de la même ampleur, avec un ratio de 0,44 bibliothécaire pour 6000 habitants, contre 0,86 dans le reste du Canada.

La nouvelle technologie ne règle en rien cette pénurie de bibliothécaires, convient Mme Guillemette-Labory, mais permettra de libérer l'équivalent de 135 employés «qui pourront mieux conseiller et guider les usagers». Aucun poste ne sera supprimé, assure-t-elle.

Doubler le taux de prêts

Les bibliothèques montréalaises sont en quelque sorte victimes de leur succès: les prêts ont augmenté de près de 27% entre 2006 et 2010, tandis que «la situation du personnel des bibliothèques n'a pas connu la même croissance», note-t-on dans les documents remis au comité exécutif. Les investissements dans la métropole québécoise ont cependant augmenté de façon substantielle, passant de 57 à 74 millions entre 2004 et 2012. Ce défi a fait l'objet de recommandations précises dès mai 2010, dans un rapport de la Commission sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie.

«Comme le développement des bibliothèques publiques dans les grandes villes du Canada et dans le monde se poursuit, il devient difficile de rattraper rapidement le niveau, indique le rapport. Montréal n'atteint pas encore une situation enviable comparée à d'autres métropoles.» L'objectif serait en outre d'atteindre un taux de fréquentation de 60%, alors qu'il est actuellement de 30%. On souhaite de la même façon doubler le nombre de prêts à moyen terme, qui passerait de 5 à 10 par habitant, la norme dans des villes comme Ottawa et Toronto. «Notre fantasme serait d'atteindre Helsinki, avec 27 prêts par habitant et un taux de décrochage scolaire de près de 0,03%», précise Mme Guillemette-Labory.

Depuis juin dernier, les bibliothèques montréalaises disposent d'un système informatique commun, Millenium, qui leur permet réellement de mettre en commun leurs 4 millions de documents. Comme le service relève des arrondissements, ceux-ci devront consentir par résolution à accepter que la ville centre leur fournisse les nouveaux équipements. La RFID permettra une accélération notable des opérations de prêts et de retours, notamment parce qu'il peut lire plusieurs étiquettes de document en même temps - une tâche impossible à accomplir avec les codes à barres. La puce électronique permet également de stocker plus d'informations, comme la date de retour et la cote du livre. Enfin, la nouvelle technologie serait plus ergonomique et éviterait les mouvements répétitifs dangereux aux employés des comptoirs de prêts. Il s'agit d'une puce électronique «passive», tient à préciser la directrice des bibliothèques de Montréal, qui n'émet des radiofréquences que lorsqu'elle est couplée à un lecteur.

On évoque des «économies substantielles en frais récurrents de fonctionnement» dans les documents de la Ville, sans toutefois les chiffrer. Le projet sera présenté au conseil municipal au début de la semaine prochaine.