Alors que toutes les sociétés de transport en commun du Québec connaissent des hausses de leur clientèle et que la Société de transport de Montréal (STM) enregistre de nouveaux sommets d'affluence dans le métro et les autobus, les budgets d'investissements dans les services de transports collectifs sont «gelés», à Québec, depuis 10 mois.

Bruno Bisson LA PRESSE

Le Conseil du Trésor a refusé d'approuver, en décembre dernier, le projet de plan quinquennal d'immobilisations (PQI) du ministère des Transports du Québec en matière de transports collectifs. Le contentieux qui devait se régler en quelques jours ou quelques semaines, lorsque La Presse l'a révélé, en août dernier, n'était toujours pas réglé, hier.

Partout au Québec, des dizaines de projets de gares, de stationnements, d'abribus, d'ateliers d'entretien pour les véhicules, et même un projet majeur nécessaire à l'arrivée des nouvelles voitures du métro ont dû être suspendus, revus ou reportés indéfiniment, parce que les fonds prévus au plan ne peuvent être distribués, sans l'autorisation du Trésor.

Dans une sortie d'une rare virulence, l'Association du transport urbain du Québec (ATUQ) a «dénoncé l'immobilisme du gouvernement du Québec» à l'égard du PQI 2010-1015. Selon l'ATUQ, «cette situation prive les sociétés de transport en commun des budgets substantiels nécessaires pour réaliser leurs projets», et ce, au moment précis où leurs services sont plus que jamais demandés.

À la STM, a affirmé hier le président Michel Labrecque en entrevue à La Presse, les travaux de transformation des ateliers Youville, où les nouvelles voitures du métro seront inspectées et entretenues sur une base régulière, ont dû commencer sans attendre les fonds du MTQ.

«Le PQI a commencé en 2010, a souligné M. Labrecque. On est presque à mi-parcours, et on n'a pas de nouvelles. Les nouvelles voitures du métro sont commandées, mais on n'a pas un accord final sur les modifications des ateliers. Les voitures, elles n'arriveront pas aux Galeries d'Anjou!»

La STM a dû «prendre certaines décisions», avec l'autorisation de la Ville de Montréal et de son conseil d'administration, pour emprunter une partie des sommes prévues en attendant le dégel du plan d'immobilisations du MTQ, qui prévoit des investissements de 2,9 milliards en cinq ans dans les services et les infrastructures de toutes les sociétés de transport collectif de la province.

À Québec, hier, Isabelle Mercille, attachée de presse de la présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, a assuré que «le plan quinquennal du MTQ va être présenté au Conseil du Trésor et devrait être approuvé». Et ce, «très, très prochainement», a insisté Mme Mercille.

Ce gel des fonds de développement des transports en commun survient, paradoxalement, au moment où les réseaux actuels enregistrent les plus fortes hausses d'affluence des dernières années, dans la région métropolitaine.

M. Labrecque a ainsi annoncé hier que, si la tendance des trois premiers trimestres se poursuit jusqu'à la fin de 2011, la STM fracassera cette année le cap de 400 millions de déplacements pour la première fois de son histoire. Une hausse de 4% de la clientèle, après deux années de quasi-stagnation.

Ailleurs, selon l'Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec, TRANSIT, la fréquentation des trains de banlieue serait en hausse de 19%, et celle des services d'autobus dans les couronnes de banlieue, en hausse de 15 et 16%.