Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) devrait-il enquêter sur les entreprises obtenant des contrats à la Ville? Les sociétés soupçonnées de collusion ou de corruption devraient-elles être privées de contrats municipaux d'ici à la fin de la commission Charbonneau? Les deux partis de l'opposition à l'hôtel de ville proposent d'importants changements dans l'attribution des contrats, propositions que rejette catégoriquement l'administration Tremblay.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Inquiet de lire dans le rapport de l'Unité anticollusion qu'un petit groupe d'entrepreneurs contrôlerait les travaux publics à Montréal, l'opposition officielle réclame que le SPVM soit appelé en renfort dans l'attribution des contrats. Vision Montréal estime que les policiers pourraient épauler la Commission d'examen des contrats en mettant sur pied des bases de données et analyser la fréquence à laquelle les entrepreneurs participent aux appels d'offres et décrochent les contrats. «Il faut des enquêtes sur les actionnaires. Il faut ajouter des outils à la Commission d'examen des contrats», a soutenu le conseiller Réal Ménard.

La deuxième opposition réclame quant à elle que la Ville de Montréal cesse d'accorder des contrats à toute entreprise soupçonnée de collusion et de corruption d'ici à la fin de la commission Charbonneau. «Il faut qu'on arrête le processus d'attribution des contrats quand on réalise que le plus bas soumissionnaire est une firme suspectée», a indiqué Richard Bergeron, chef de Projet Montréal.

Rejet en bloc des propositions

L'administration Tremblay a aussitôt rejeté les propositions de l'opposition, les qualifiant d'«irresponsables». «C'est complètement farfelu, amateur», a déploré le conseiller Bernard Blanchette, président du caucus d'Union Montréal. L'homme s'en est pris particulièrement à la proposition de Richard Bergeron, en expliquant que les entreprises ont droit à la présomption d'innocence et que seules celles jugées coupables peuvent être punies. «Il va y avoir des poursuites sinon.» Il ajoute que «l'administration Tremblay a déjà pris des décisions pour que toute personne, non pas soupçonnée, mais punie, jugée, ne puisse pas avoir de contrat pendant cinq ans.»

Richard Bergeron assure que la Ville ne s'exposerait pas à des poursuites puisque les entreprises écartées ne seraient pas nommées publiquement, simplement mise à l'index «dans l'intimité du comité exécutif». «Les entreprises soupçonnées, tout le monde les connaît, mais on n'est pas obligés de les nommer. Ce n'est que  six mois plus tard qu'on réaliserait qu'une entreprise qui remportait un contrat sur quatre n'a pas eu de contrat depuis six mois.»

Quant à l'idée d'appeler en renfort la police pour l'attribution des contrats, Bernard Blanchette n'en voit pas le besoin, préférant laisser à la commission Charbonneau le soin de faire la lumière sur la collusion et la corruption dans le milieu de la construction. «Laissons les autorités jouer leur rôle, au bon endroit, au bon moment et avec leur mission respective. Les policiers ont un rôle à jouer, comme les pompiers, comme les administrateurs, comme les élus municipaux. Ne mettons pas tout ça au même endroit.»