Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, va appuyer le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) si les «ajustements» importants demandés par la Ville lui sont accordés avant l'adoption finale du document, prévue pour décembre.

Bruno Bisson LA PRESSE

Dans une entrevue accordée aujourd'hui à La Presse, le maire Vaillancourt a affirmé qu'avec la présentation de son projet d'aménagement urbain Évolucité et la publication d'u  plan de transport durable au début de cette année, «Laval est la locomotive de la région, en matière de développement durable, en fonction des choix que nous avons faits».

Selon lui, il ne fait donc «aucun doute» qu'il existe une convergence de vue entre les projets urbains de Laval, et les critères de développement prévus dans le plan proposé par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Le maire a toutefois clairement signifié que son administration allait demander «des ajustements» au plan de la CMM. Si ces demandes étaient rejetées, «on pourrait dire non au moment du vote».

Depuis l'adoption du projet de PMAD par le conseil d'administration de la CMM, en avril dernier, la Ville de Laval et son maire ont cultivé une certaine ambiguïté, quant à leur appui à ce plan d'aménagement, qui vise à baliser le développement résidentiel, industriel et commercial dans les 82 municipalités du territoire métropolitain, jusqu'en 2031.

Le projet de PMAD avait alors été adopté dans la division. Après avoir alimenté une fronde de tous les instants contre ce plan, qui prévoit une densification du développement résidentiel et le gel du territoire agricole durant cinq ans, les municipalités de la couronne Nord de banlieue avaient demandé un délai de 30 jours, au conseil de la CMM, pour tenter  de formuler une proposition qui leur aurait permis d'appuyer le PMAD.

Devant le refus du conseil où siègent aussi des élus de Montréal, de l'agglomération de Longueuil et de la couronne Sud de la banlieue, les élus de la couronne Nord ont refusé de voter sur l'adoption du PMAD et ont quitté la salle du conseil en bloc.

À la surprise de plusieurs, les représentants de Laval les avaient suivis «en solidarité avec leurs partenaires de la couronne Nord».

La Ville de Laval n'a donc jamais publiquement appuyé le PMAD.

«Mais on n'a jamais dit qu'on était contre», dit aujourd'hui le maire Vaillancourt.

27 recommandations

L'avis produit par la MRC de Laval - qui est une ville et une MRC en même temps - sur le projet de PMAD, n'est pas beaucoup plus explicite quant au degré d'adhésion de la grande municipalité de l'île Jésus.. Par contre, il présente les 27 recommandations que la Ville-MRC a adressées à la CMM, dans le cadre des consultations publiques présentement  en cours, sur le projet de PMAD.

Lors de son entretien avec La Presse, le maire a notamment souligné que la Ville de Laval insistera pour qu'un large périmètre situé de part et d'autre de l'autoroute 15 et qui englobe Parc scientifique et de haute technologie, le centre Laval, le collège Montmorency, l'Université de Montréal et la station de métro  Montmorency, soit inclus dans les limites du grand pôle économique de Laval.

Sur le plan de la disponibilité des terrains industriels, la MRC de Laval souhaite que le PMAD lui permette de maintenir «une disponibilité d'espaces à vocation industrielle, de façon à satisfaire la demande éventuelle pour une période de 10 ans, qu'on peut estimer à un minimum de 30 millions de pieds carrés, hors contraintes.»

En matière de transport, la MRC de Laval souhaite la réalisation d'un prolongement du métro qui comprendrait cinq stations, à l'ouest de l'autoroute 15, et l'aménagement de corridors de Service Rapide par Bus, sur son territoire.

La MRC demande aussi au PMAD «de prévoir l'ajout d'une voie supplémentaire, de part et d'autre de l'autoroute 13, pour des fins de transports en commun, à la hauteur du pont Louis-Bisson.»

Laval demande enfin que la région métropolitaine «amorce une réflexion sur la mise en place d'une véritable rocade de contournement», pour parachever le réseau autoroutier régional. L'aménagement de cette rocade impliquerait le prolongement de l'autoroute 440, jusqu'aux rives du lac des Deux-Montagnes, la construction d'un pont jusqu'à l'Ïle Bizard, et le passage d'un tronçon d'autoroute à travers la partie ouest de cette île, jusqu'à hauteur de Pierrefonds. Le ministère des Transports du Québec possède une emprise, dans L'Île-Bizard, depuis les années 50.

Un bilan environnemental critiqué

Sur le plan environnemental, certaines des recommandations de la MRC de Laval risquent aussi de susciter la controverse. La MRC demande notamment que le plan de la CMM «confirme la nécessité de permettre l'expansion des carrières existantes sur le territoire de la Communauté.»

Laval souhaite enfin que la CMM maintienne sa politique actuelle «de laisser aux MRC la latitude nécessaire pour établir la pertinence d'élaborer un plan de gestion des rives, du littoral et des plaines inondables».

Cet avis de la MRC et les «ajustements» qu'il demande au PMAD n'impressionnent pas beaucoup Guy Garand, le directeur général du Conseil régional de l'environnement de Laval, qui disposera de 10 minutes, ce soir, pour présenter un volumineux mémoire de 80 pages décrivant les effets du développement de cette ville sur les milieux naturels.

Selon le CRE de Laval, «entre 2004 et 2010, 41% des milieux humides de Laval ont été détruits ou altérés, causant la perte nette de 50,2 hectares et l'altération d'environ 54,6 hectares de milieux humides».  Pour fins de référence, un hectare représente à peu près la superficie d'un terrain de soccer.

«Si cette tendance se maintient, ajoute le CRE, la quasi-totalité des milieux humides de la région de Laval auront disparu ou seront altérés, d'ici 13 ans.»

M. Garand estime de plus que l'adoption d'un plan de transport durable et l'adhésion de la Ville de Laval au concept TOD - qui suppose de densifier la construction résidentielle à proximité des réseaux de transports collectifs - ne change pas vraiment la manière de gérer le développement, dans l'île Jésus.

Il cite en exemple un projet de développement résidentiel de luxe de 1300 unités qui est envisagé dans le secteur du mont Laval à l'extrémité ouest de l'île, loin de toute desserte en transports en commun, et sans accès routier d'importance, vers le centre de l'île.