Fait «unique», selon un pilier de l'administration Tremblay, Montréal part en croisade contre l'Agence métropolitaine de transport, qui souhaite hausser de 21% les tarifs du train de banlieue dans certaines gares l'an prochain.

Karim Benessaieh LA PRESSE

Ces hausses, annoncées le mois dernier lors du dépôt du budget de l'AMT, touchent quatre arrondissements montréalais. Les usagers des gares de Lachine, LaSalle, Montpellier et Chabanel devront en fait acheter une carte TRAM 2, au coût mensuel de 99$, eux qui profitaient auparavant du tarif TRAM 1, à 82$.

Ce budget a fait l'objet de consultations élargies auprès des municipalités et des sociétés de transport de la région métropolitaine. Cet exercice se termine aujourd'hui. «Ce sont des étudiants, des travailleurs, des personnes âgées qui sont dans une situation économique difficile, qui n'ont pas les moyens d'absorber ce montant, dénonce le maire de l'arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa. C'est un montant inacceptable. Nous sommes ici pour parler d'une seule voix, j'espère que l'AMT va l'entendre comme étant celle du peuple.»

Pour l'arrondissement de LaSalle, cette mesure vient mettre un frein à un important projet de développement, affirme la mairesse Manon Barbe. «Nous sommes en pleines consultations publiques pour redéfinir une zone industrielle en quartier résidentiel. Nous déménageons la gare de train à cet endroit pour en faire un TOD (NDLR: Transit Oriented Development). Quel est l'incitatif pour les citoyens d'aller s'installer dans un tel quartier si on subit une telle hausse? Ça nous pénalise beaucoup à LaSalle.»

Alors que l'ouest de Montréal va subir jusqu'en 2018 les contrecoups de la réfection de l'échangeur Turcot, «ce n'est pas en nous changeant de zone qu'on va encourager les transports collectifs, estime le maire de Lachine, Claude Dauphin. On parle ici de 500 ou 600$ de plus par année pour une famille de quatre personnes».

Un dossier «non partisan»

Représentant de la Ville de Montréal sur le conseil d'administration de l'AMT, Michel Bissonnette mène la fronde. «Quand j'ai pris connaissance de ce budget, j'ai inscrit ma dissidence immédiatement», a-t-il assuré. Ce geste est «unique», estime M. DeSousa: Montréal, principal bailleur de fonds de l'AMT, préfère généralement la négociation aux appels lancés dans les médias. «On a rarement vu la Ville de Montréal prendre une position aussi claire et sans équivoque. Tout le conseil municipal est interpellé; ce n'est pas un dossier partisan.»

Déposée hier après-midi devant le conseil municipal, la déclaration dénonçant cette hausse a été adoptée à l'unanimité.

Plus tôt, la délicate question du financement des arrondissements a suscité une passe d'armes entre des représentants de l'opposition et le numéro 2 de la Ville, Michael Appleabaum. Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, a notamment accusé ce dernier de «choisir la solution facile» en forçant les arrondissements à faire des coupes dans des services essentiels aux citoyens. Faisant référence au maire de Toronto dont le programme annonce des compressions dans les musées et les bibliothèques, M. Ferrandez estime qu'«il demande aux maires d'arrondissement de devenir des Rob Ford».

M. Applebaum s'est défendu en répétant que les arrondissements pouvaient sabrer leurs dépenses, et que l'effort qui leur était demandé n'était que de 36 millions sur les 250 que tente de récupérer la Ville.