La bonne entente a volé en éclats dans le Plateau-Mont-Royal. Après avoir soutenu le plan de stationnement de l'arrondissement, les commerçants ont lancé hier une campagne agressive contre le projet cher au maire Luc Ferrandez.

Publié le 18 nov. 2010
Gabriel Béland LA PRESSE

Selon eux, l'ajout de 600 nouveaux parcomètres et la hausse du tarif horaire à 3$ l'heure pourraient faire fuir les clients. Réunis en soirée dans une salle du parc La Fontaine, les commerçants ont demandé que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, intervienne pour mettre un frein au projet.

«C'est probablement la plus grosse assemblée de commerçants depuis longtemps», a lancé au micro Michel Depatie, directeur de la Société de développement commercial (SDC) de l'avenue du Mont-Royal.

Le rassemblement, qui a réuni quelque 300 personnes, a été organisé par les trois SDC du quartier, celles de l'avenue du Mont-Royal, de la rue Saint-Denis et du boulevard Saint-Laurent, qui représentent 1400 commerces.

Elles ont annoncé hier soir qu'elles se lançaient en campagne contre le plan de stationnement. Une pétition le dénonçant circule et une manifestation devant l'hôtel de ville de Montréal aura lieu lundi prochain. L'opposition de ces trois regroupements au plan de stationnement s'est manifestée il y a seulement quelques jours. Lorsque le plan a été dévoilé en conférence de presse, le 28 octobre, les SDC avaient plutôt donné leur appui à Luc Ferrandez.

Elles se réjouissaient notamment que l'arrondissement se soit engagé à leur remettre 30% des revenus obtenus des poches des automobilistes, une somme estimée à 6 millions. «L'arrondissement fait un pari risqué, mais le jeu en vaut la chandelle», avait déclaré à l'époque Michel Depatie.

Changement de cap

Mais le 10 novembre, les SDC ont fait volte-face. Les associations de commerçants s'opposent maintenant à toute hausse des tarifs, à l'ajout des 600 parcomètres et à l'extension de la période payante jusqu'à 1h dans la nuit sur Saint-Laurent entre les rues Sherbrooke et Roy. Pourquoi un tel revirement? Selon Michel Depatie, l'arrondissement a manqué de transparence dans ses démarches. Les commerçants connaissaient peu les détails du plan avant son dévoilement. Dès qu'ils en ont pris connaissance, ils ont eu des doutes. Puis, des commentaires entendus ici et là ont fini par les convaincre.

«Depuis que le plan a été rendu public, on reçoit plein de courriels de gens qui nous disent «Tiens le Plateau! On ne viendra plus chez vous», explique Michel Depatie. C'est épeurant.»

Le Plateau et ses commerçants s'entendent au moins sur une chose: ils sont dans une impasse. Personne ne veut céder. Luc Ferrandez estime que les revenus supplémentaires qu'il entend aller chercher avec son plan sont indispensables. En entrevue avec La Presse, il a admis que le désaccord avec les commerçants est «une situation malheureuse». Il entend tout de même aller de l'avant sans leur appui.

«Ils font comme s'ils étaient ceux qui avaient reçu le mandat de changer les choses. Ce n'est pas le cas, a affirmé le maire. En plus, ils me demandent de changer de ton. Ils ne veulent plus que je parle d'apaisement de la circulation, ils ne veulent plus que je parle de limiter la place de la voiture. C'est toute une commande.»

Les commerçants demandent en dernier recours une intervention du maire Gérald Tremblay. Le projet du Plateau n'est réalisable que si la Ville va de l'avant avec son projet de transfert de la gestion des parcomètres aux arrondissements. Les SDC demandent donc au maire Tremblay de s'y opposer, ce qui couperait l'herbe sous le pied du Plateau.

Le porte-parole du maire, Darren Becker, a répété hier que Montréal n'avait pas pris de décision finale quant à ce transfert de compétence. La décision de la Ville sera connue en décembre. Les demandes des commerçants, tout comme le plan de stationnement du Plateau, sont donc prématurées, a dit M. Becker.