Le sauvetage de la couche d’ozone, grâce au protocole de Montréal, n’a pas seulement protégé les humains du cancer de la peau. Il va aussi diminuer de 0,5 à 1 °C le réchauffement de la planète prévu en 2100, en protégeant les plantes qui absorbent du CO2 de l’atmosphère, selon une nouvelle étude britannique. 

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Puits de carbone

Le remplacement des chlorofluorocarbones (CFC-11) par des réfrigérants bénins pour l’ozone, grâce au protocole de Montréal signé le 16 septembre 1987, il y aura 34 ans cette semaine, a permis de résorber le trou dans la couche d’ozone qui s’agrandissait et ne filtrait plus autant les rayons ultraviolets du Soleil. Ce ne sont pas seulement les humains qui souffrent d’un excès d’UV. Les plantes aussi, selon une nouvelle étude britannique. Elles croissent alors moins bien et absorbent moins de dioxyde de carbone.

100 000 tonnes 

C’est la production annuelle mondiale de chlorofluorocarbones (CFC-11) au début des années 1990. Elle est maintenant de presque zéro.

Un monde où la production de CFC-11 aurait continué à augmenter aurait mené à une productivité des plantes inférieure de 10 %, particulièrement dans les latitudes élevées où il y avait moins d’ozone.

Paul Young, climatologue à l’Université de Lancaster et auteur principal de l’étude publiée à la mi-août dans la revue Nature

Le CO2 en chiffres

800 parties par million (ppm) : quantité de CO2 dans l’atmosphère en 2100 si le trou dans la couche d’ozone avait continué à grandir, selon l’étude de Nature

420 ppm : quantité actuelle de CO2 dans l’atmosphère

600 ppm : quantité prévue de CO2 dans l’atmosphère en 2100 selon un scénario pessimiste (RCP6.0) de l’ONU

Les UV et la température

L’ozone est un gaz à effet de serre extrêmement puissant. Mais comme il est présent en concentrations infimes dans l’atmosphère, sa réapparition a 1000 fois moins d’impact que l’augmentation de la concentration de CO2 découlant de la productivité réduite des plantes, selon M. Young. Est-ce que les dommages causés par les UV sont plus importants si la température est plus élevée ? « Pas la température, mais la sécheresse, oui, nuance M. Young. Si une plante manque d’eau, les dommages des UV seront plus importants. »

Le protocole de Montréal est l’un des traités climatiques qui ont connu le plus de succès. Mais on n’a pas regardé ses impacts en dehors de l’état de la couche d’ozone. Il est important de faire ce genre de simulations pour prévoir les effets inattendus de traités internationaux. J’appelle cela des mondes alternatifs.

Paul Young, climatologue à l’Université de Lancaster

Géo-ingénierie

Une autre simulation prometteuse, selon M. Young, examinerait la « géo-ingénierie », soit la proposition de ralentir le réchauffement de la planète en manipulant l’atmosphère. Notamment en répandant de la suie dans la haute atmosphère pour reproduire l’effet refroidissant des éruptions volcaniques. « On pense, par exemple, que la géo-ingénierie pourrait accélérer la dégradation de l’ozone. »

Les ultraviolets en chiffres

5 : moyenne de l’indice ultraviolet (IUV) à la latitude de Montréal

6 : moyenne de l’IUV en 2020 à la latitude de Montréal, sans le protocole de Montréal

10 : moyenne de l’IUV en 2050 à la latitude de Montréal, sans le protocole de Montréal

11 : seuil d’IUV extrême

Sources : Environnement Canada et Nature