Une vague de chaleur s’est installée dimanche au Québec et continuera de toucher plusieurs régions jusqu’à mardi. Des experts préviennent que de telles chaleurs extrêmes seront de plus en plus fréquentes et qu’il faudra apprendre à s’y adapter.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Les températures continueront-elles d’augmenter dans les prochains jours ?

Dimanche, le mercure a atteint 31,4 degrés au centre-ville de Montréal. Les températures ressenties ont grimpé à 37 degrés. Ailleurs dans la province, les températures avoisinaient les 32 degrés dimanche. « Le seul endroit où on a atteint le 40 degrés avec humidex, c’est dans la région du Témiscamingue », indique Anna-Belle Filion, météorologue à Environnement Canada.

Un record a été atteint dimanche dans la région de Gatineau, qui a enregistré une température de 33,2 degrés. « L’ancien record pour un 6 juin était de 31,1 degrés, établi en 1930 », dit Mme Filion.

La vague de chaleur va continuer de se poursuivre au Québec dans les prochains jours. « Lundi, ça va être encore plus chaud sur une bonne partie du Québec, mais plus précisément le long de la vallée de l’Outaouais, jusqu’à Drummondville ou Victoriaville », indique Mme Filion.

La chaleur accablante demeurera sur la métropole jusqu’à mardi. Environnement Canada précise que « les températures maximales dépasseront 30 degrés Celsius et les valeurs d’humidex atteindront degrés Celsius ». Des minimums de 20 °C sont à prévoir les nuits prochaines. Une baisse des températures est annoncée pour mercredi, avec un maximum de 26 °C et un minimum de 13 °C.

Est-ce une canicule ?

« Pas partout », indique Mme Filion. Les critères d’une canicule sont établis par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et varient d’une région à l’autre.

« Pour Montréal, il faut avoir trois jours consécutifs avec des températures maximales de 33 degrés et des températures minimales la nuit de plus de 20 degrés. » Samedi et dimanche, les températures n’ont pas atteint les 33 degrés dans la métropole. « C’est une vague de chaleur, mais selon les critères de l’INSPQ, ce n’est pas une canicule. »

L’Outaouais a toutefois répondu aux critères. « En Outaouais, il faut avoir 31 degrés pendant 3 jours consécutifs et un minimum de 18 degrés la nuit. À cet endroit-là, on a une canicule », explique la météorologue.

Est-ce que cette vague de chaleur est inhabituelle à ce moment-ci de l’année ?

« Non, ce n’est pas anormal d’avoir quelques journées consécutives plus chaudes », indique Mme Filion.

Alain Webster, président du Comité consultatif sur les changements climatiques et professeur en économie de l’environnement à l’Université de Sherbrooke, soutient toutefois qu’une hausse des vagues de chaleur est observable depuis les dernières années.

« On peut penser que d’avoir autant de vagues de chaleur et aussi tôt dans la saison est probablement le reflet des changements climatiques », estime M. Webster. Cette température plus élevée à l’échelle nationale a des impacts multiples en termes d’environnement, de santé et de biodiversité, indique-t-il.

Quelles sont les mesures à prendre quand il y a des chaleurs extrêmes ?

Pour supporter les hautes températures, Mme Filion recommande de boire beaucoup d’eau et d’éviter l’alcool pour rester hydraté. « Il faut essayer de se rafraîchir soit en restant quelques heures à l’air conditionné ou dans un bain ou une douche à l’eau froide », dit-elle. Des compresses d’eau froide peuvent également être appliquées sur la peau pour se rafraîchir. Environnement Canada recommande aussi de réduire les efforts physiques.

« Pour ceux qui n’ont pas l’air conditionné, on peut ouvrir les fenêtres la nuit pour emmagasiner l’air plus frais et les fermer le jour », suggère-t-elle. Elle recommande également de fermer les rideaux et les stores pendant la journée.

Comment s’adapter aux températures plus chaudes à long terme ?

Selon M. Webster, de nombreuses mesures devront être prises à long terme, afin d’éviter les effets néfastes de l’augmentation des températures.

« Il faut ouvrir les piscines plus tôt et il faut revoir comment on construit les villes pour éviter les îlots de chaleur, donne-t-il en exemple. Il faut aussi penser aux personnes plus défavorisées qui n’ont pas accès à des systèmes de climatisation. »

La Ville de Montréal a déployé dimanche le mode Alerte de son Plan particulier d’intervention pour chaleurs extrêmes, permettant l’ouverture de l’ensemble des jeux d’eau du territoire montréalais.

M. Webster rappelle que de telles mesures seront essentielles pour éviter de lourdes conséquences sur la population. « [Les vagues de chaleur] entraînent des enjeux catastrophiques en matière de santé, de mortalité et de morbidité. On est déjà capable de chiffrer le nombre de décès liés aux pics de chaleur extrême, et ça va continuer d’avoir des impacts particulièrement chez les personnes plus vulnérables », soutient-il.

Avec Coralie Laplante, La Presse