Le site d’enfouissement de Saint-Nicéphore, à Drummondville, « va probablement fermer en septembre », estime Québec, qui avait pourtant autorisé son agrandissement.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

C’est ce qu’a révélé le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) devant la commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes, mercredi dernier (le 31 mars).

Dressant le portrait de l’élimination des matières résiduelles dans le Centre-du-Québec, un fonctionnaire du MELCC a expliqué que la « capacité d’accueil » avait été revue à la baisse pour la région, passant de 667 000 à 237 000 tonnes.

Cette diminution de 430 000 tonnes est entièrement attribuable à « la fermeture probable » du site d’enfouissement de Saint-Nicéphore, a confirmé le fonctionnaire à la commission.

Le MELCC avait délivré l’automne dernier un certificat d’autorisation au propriétaire du site, Waste Management, pour lui permettre de poursuivre ses activités, ce qui aurait impliqué un agrandissement.

Mais en février, la Cour supérieure du Québec a statué que la Ville de Drummondville n’avait pas l’obligation de réviser son Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) pour permettre l’agrandissement du site.

Seule option possible

« Pour nous, il n’y avait pas d’autre issue que de fermer [le site] » au terme de la certification d’autorisation actuelle, a déclaré à La Presse Claude Proulx, le directeur de cabinet du maire de Drummondville, Alain Carrier.

Il ne s’étonne pas de la révélation faite par le MELCC devant le BAPE, même si elle n’a pas été confirmée officiellement à la Ville, ni par Québec ni par Waste Management.

Ça va dans le sens de la décision de justice qui a été rendue, [qui affirme que] le règlement de zonage est applicable et que Waste [Management] doit s’y conformer.

Claude Proulx, directeur de cabinet du maire de Drummondville

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, confirme que « le site pourrait effectivement fermer en septembre, car il atteindra sa pleine capacité », a indiqué son attachée de presse, Geneviève Richard.

L’agrandissement pourrait cependant se concrétiser si la municipalité accepte de revoir son règlement de zonage, précise-t-elle.

« Nous jugeons que la poursuite de l’exploitation du LET [lieu d’enfouissement technique] de Saint-Nicéphore est nécessaire pour répondre aux besoins des MRC locales et de la Communauté métropolitaine de Montréal », affirme Mme Richard.

« Le ministre peut toujours contourner la décision du juge [de la Cour supérieure], le gouvernement est souverain », mais il devra en porter « l’odieux », prévient Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Crainte d’une « crise » des déchets

Waste Management reconnaît se trouver « dans une impasse », mais espère toujours pouvoir réaliser l’agrandissement de son site de Saint-Nicéphore.

L’entreprise entend « continuer les discussions avec la Ville et le gouvernement », affirme le directeur des affaires publiques au Québec pour l’entreprise, Martin Dussault, qui écarte une « procédure légale », impossible à compléter avant que le site ait atteint sa capacité maximale, dans « quelques mois ».

Sa fermeture « entraînerait vraiment une crise de gestion des matières résiduelles », qui aurait un « effet domino » à la grandeur du Québec, prévient M. Dussault.

Le LET de Saint-Nicéphore reçoit des déchets du Centre-du-Québec, mais aussi de la Montérégie, de l’Estrie et de la Communauté métropolitaine de Montréal.