Dans un avenir pas si lointain, les microplastiques qui se retrouvent dans les eaux usées des buanderies industrielles pourraient être éliminés à la source.

Publié le 19 janv. 2021
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

C’est du moins l’espoir d’une équipe de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui vient de réaliser une percée qui s’avère prometteuse dans le traitement de ces polluants de plus en plus présents dans l’environnement.

Le professeur Patrick Drogui et son équipe ont mis au point un procédé de traitement des eaux usées qui permet de dégrader les microplastiques qu’on y retrouve.

M. Drogui estime que cette technologie pourrait un jour être utilisée à la sortie des eaux usées des buanderies industrielles.

Cette percée fait écho à une étude parue la semaine dernière dans la revue Nature Communication. Celle-ci concluait qu’une grande quantité des microplastiques retrouvés dans l’océan Arctique proviennent du lavage des vêtements faits de textiles synthétiques.

89 % d’efficacité en laboratoire

Le procédé mis au point par l’INRS est basé sur l’oxydation électrolytique, une méthode qui ne nécessite pas de produits chimiques.

En gros, on envoie un courant électrique dans des électrodes plongées dans l’eau. Ces électrodes génèrent des oxydants, qui s’attaquent aux microplastiques. Ceux-ci sont alors dégradés et il n’en reste que de l’eau et des molécules de CO2 dissoutes.

Selon le professeur Drogui, le grand avantage de cette méthode, « c’est qu’on ne transfère pas la pollution ». D’autres méthodes de filtration permettent en effet de retirer des polluants, mais ne les font pas disparaître pour autant.

La première phase consistait à vérifier l’hypothèse de départ. Des tests ont été réalisés en laboratoire avec de l’eau artificiellement contaminée avec du polystyrène. Les résultats ont monté un taux d’efficacité de 89 % quant à la dégradation des microplastiques.

Ce sont les résultats de cette première phase qui ont été publiés dans le journal Environmental Pollution, une référence en la matière, souligne Patrick Drogui.

La deuxième phase permettra de faire des tests sur des eaux polluées provenant de buanderies. Une étape importante qui permettra de vérifier si le processus d’oxydation est aussi efficace avec des eaux réelles.

Selon le professeur Drogui, il faudra attendre de trois à cinq ans avant de savoir si ce procédé est applicable à l’échelle industrielle. « Je pense que c’est faisable, mais ce que je ne sais pas aujourd’hui, c’est à quels coûts. »

Une troisième phase permettrait justement de faire des tests sur de véritables sites et évaluer les coûts d’implantation.

Mais la clé, selon lui, c’est d’intervenir à la source, à la sortie des eaux polluées, et non pas dans les usines de traitement des eaux. « C’est là qu’on retrouve une concentration plus élevée de microplastiques. C’est donc plus facile de les traiter. »

De plus en plus de chercheurs s’intéressent à la pollution par le plastique. Des études récentes ont démontré la présence de microplastique jusque dans la fosse des Mariannes, dans le Pacifique, ou encore dans les fœtus de femmes enceintes en Italie.

Des filtres à microplastiques

En février 2020, la France a été la première législation à rendre obligatoires les filtres à microfibres plastiques dans les machines à laver. Cette mesure entrera en vigueur pour tous les appareils neufs à compter de 2025.