La modification du mode de distribution du Publisac aurait des conséquences néfastes pour les journaux hebdomadaires, ont prévenu l’éditeur Métro Média et le distributeur TC Transcontinental à la première journée de la consultation sur le contrôle des circulaires de la Ville de Montréal, vendredi.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« C’est près de la moitié des publications de Métro Média qui seraient fermées », si elles ne pouvaient plus compter sur le Publisac pour être distribuées, et « l’avenir serait sombre pour les autres », a averti Andrew Mulé, directeur général et vice-président Métro Média.

Toutes les solutions de rechange « s’avèrent plus dispendieuses », notamment la distribution par la poste, qui serait de trois à cinq fois plus élevée en plus d’étirer sur plusieurs jours la distribution des journaux, a-t-il fait valoir devant la Commission permanente sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs.

« La survie des journaux locaux est déjà menacée », a clamé M. Mulé, estimant que « réglementer la distribution du Publisac revient de facto à réglementer la distribution des journaux ».

Se disant pleinement conscient des enjeux environnementaux que pose le Publisac, l’éditeur du quotidien Métro et d’une vingtaine d’autres publications à Montréal et Québec a néanmoins plaidé pour son maintien, faisant valoir le droit à une information gratuite.

Son témoignage faisait écho à celui, avant lui, de François Olivier, le président et chef de la direction de TC Transcontinental, qui produit et distribue le Publisac, qui avait déclaré que les coûts supplémentaires qu’engendrerait la distribution des journaux hors Publisac équivaudraient à « la quasi-totalité de l’aide que le gouvernement du Québec s’apprête à leur donner ».

« Opt-in » ou « opt-out » ?

La consultation publique se penche sur la possibilité de modifier la réglementation sur la distribution des circulaires, la faisant passer d’un système duquel les gens peuvent s’exclure, dit « opt-out », à celui auquel ils doivent souscrire, dit « opt-in ».

Elle doit aussi étudier la possibilité de remplacer le sac de plastique dans lequel sont distribuées les circulaires et les façons d’appliquer plus rigoureusement la réglementation.

TC Transcontinental affirme que le système « opt-in » est « impraticable » et qu’il la forcerait à cesser la distribution de son Publisac.

« Il n’y a aucune ville au monde qui fait ça, il doit y avoir des raisons », a lancé François Olivier, se disant prêt à « regarder des stratégies pour que l’option “opt-out” soit mieux communiquée ».

« Aujourd’hui nous gérons l’exception », a-t-il illustré, évoquant les 100  000 ménages montréalais qui ont demandé à ne pas recevoir le Publisac.

« Avec le “opt-in”, il faudrait bâtir une liste de trois millions de portes, la garder à jour ; ce serait tellement complexe que ça engendrerait la fin du Publisac et de la distribution non adressée. »

La directrice générale d’Équiterre, Colleen Thorpe, a dit douter de cette affirmation, répondant « que plusieurs avenues s’offrent à eux ».

« Il y a toutes sortes de solutions possibles pour permettre au citoyen d’obtenir ce qu’il veut avoir », a-t-elle déclaré.

20 800 tonnes de déchets

La distribution des circulaires génère chaque semaine à Montréal 20 800 tonnes de matières résiduelles, dont 416 tonnes de plastiques, a souligné Équiterre.

L’organisation écologiste s’est surtout attardée aux prétentions environnementales du distributeur du Publisac, qui insiste sur le fait que les circulaires sont faites de papier fabriqué à partir de résidus de sciage et entièrement recyclable et insérées dans un sac de plastique 100 % recyclé et recyclable à nouveau.

Avant de viser le recyclage, il faut viser la réduction des déchets à la source, a-t-elle fait valoir.

Il faut éviter l’usage unique.

Colleen Thorpe, Équiterre

Même si les circulaires affichent un taux élevé de récupération, on ignore dans quelle proportion elles sont recyclées, a ajouté Mme Thorpe, ajoutant que « le plastique n’est généralement pas recyclé » au Québec.

Elle a aussi invité les élus à étudier avec prudence la substitution du sac de plastique par d’autres emballages, rappelant que l’interdiction des sacs de plastique par la Ville de Montréal avait remplacé un problème par un autre.

Équiterre ajoute que « les circulaires soutiennent un modèle économique qui incite à la consommation », qu’il faut pourtant diminuer afin de lutter contre la crise climatique.

« On est devant le plus grand défi que l’humain a jamais dû affronter : on nous donne 12 ans pour changer la trajectoire, ça va imposer des changements importants à l’économie », a-t-elle argué, appelant les élus à « prendre le taureau par les cornes ».

Emplois et ménages à faible revenu

L'entreprise Produits forestiers Résolu a pour sa part prévenu que la restriction de la distribution du Publisac à Montréal pourrait avoir des conséquences sur son industrie, les résidus de bois servant à la fabrication du papier des circulaires représentant une part importante de ses revenus.

Une telle restriction pourrait aussi avoir des conséquences sur les ménages moins favorisés, qui sont « plus dépendants » du Publisac pour faire leurs emplettes, a fait valoir le professeur de HEC Montréal Pierre Balloffet, un expert rémunéré par TC Transcontinental.

La consultation sur le Publisac a suscité un engouement considérable ; la Commission a reçu plus d’une quarantaine de demandes de groupes ou individus désirant témoigner, plus d’une centaine de mémoires et plus de 1000 opinions plus courtes.

Les prochaines séances publiques sur le sujet se tiendront mercredi prochain, le 30 octobre, ainsi que les 1er, 7 et 12 novembre.