Réélu, le gouvernement conservateur aiderait à financer la majeure partie du projet hydroélectrique du Bas-Churchill, à l'aide d'une garantie de prêt «ou d'un autre soutien financier». Une promesse susceptible d'être mal reçue par le gouvernement Charest.

Mis à jour le 31 mars 2011
Hugo de Grandpré LA PRESSE

Stephen Harper a fait cette annonce jeudi après-midi à Saint-Jean, lors d'un discours devant des partisans. Signe de rapprochement entre les deux paliers de gouvernement, la première ministre de Terre-Neuve et Labrador, Kathy Dunderdale, était aussi présente.

À l'occasion de sa première visite de la campagne dans cette province qui l'a frustré de tous ses sièges lors des dernières élections, le chef conservateur a ainsi fait un pas de plus que le matin, à Halifax. Il avait alors signalé l'appui de son gouvernement pour le projet, sans toutefois s'avancer sur la question du financement, parce que plusieurs détails restaient à finaliser.

Parlant sous le couvert de l'anonymat, des proches conseillers de M. Harper ont expliqué que selon le scénario envisagé, Ottawa n'aurait pas à dépenser un sou, puisque sa contribution ne consisterait qu'en une caution accordée par rapport à la créance de 4,2 milliards de dollars du projet, qui totalise 6,2 milliards. Le fédéral n'aurait alors à débourser de l'argent que si les partenaires du projet ne paient pas leur dette.

Ces stratèges conservateurs ont précisé que la portion «tout autre soutien financier», contenue dans le texte de l'annonce, visait à laisser la porte ouverte au cas où une autre forme de financement était requise, mais que l'avenue priorisée était définitivement celle de la garantie de prêt.

Ils ont aussi insisté sur le fait que Québec pourrait profiter d'une contribution semblable pour un autre projet dans l'avenir, y compris un projet d'Hydro-Québec. Le Parti conservateur se dit en effet disposé à accorder le même genre d'aide financière aux projets d'énergie propre qui répondraient aux critères suivants: importance nationale ou régionale; faisabilité et mérite économique et financier; et réduction significative des émissions de carbone.

La promesse de Stephen Harper pourrait tout de même mettre le feu aux poudres à Québec. Le premier ministre Jean Charest a déclaré jeudi qu'il n'accepterait pas qu'un tel financement du fédéral soit accordé à Terre-Neuve et qu'il reviendrait sur sa promesse de ne pas intervenir dans l'actuelle campagne électorale, s'il se concrétisait. Québec reproche à Ottawa de ne pas avoir aidé Hydro-Québec financièrement et de favoriser une concurrence déloyale face à la société d'État québécoise.

La promesse est d'autant plus contentieuse pour le Québec que le gouvernement Harper n'a toujours pas conclu l'entente qui vise à compenser la province pour l'harmonisation des taxes de vente. Le gouvernement Charest réclame 2,2 milliards. Ce grief s'ajoute aux demandes de la Ville de Québec pour un financement fédéral de plusieurs millions de dollars, que Stephen Harper a refusé.

Le Bloc québécois a qualifié les intentions de M. Harper de «gifle en plein visage du Québec». «J'ai hâte de voir comment leurs députés québécois vont justifier cela. J'ai une petite idée : ils vont se taire comme d'habitude», a lancé le chef du parti souverainiste, Gilles Duceppe.

Selon le Parti conservateur, le projet hydroélectrique permettrait de réduire les émissions de carbone de 4,5 millions de tonnes par année, « ce qui équivaut au retrait de 3,2 millions de voitures de la circulation chaque année », ont-ils affirmé. Une bonne partie de ces réductions proviendraient de la baisse de la dépendance au charbon en Nouvelle-Écosse.

Une fois les infrastructures construites, l'électricité du Bas-Churchill serait acheminée de Terre-Neuve à la Nouvelle-Écosse à l'aide d'un long câble sous-marin. L'excédent pourrait être exporté et vendu au Nouveau-Brunswick et dans le nord-est des États-Unis.

À noter que c'est la firme d'ingénierie montréalaise SNC-Lavalin qui a remporté le contrat de supervision de la construction de la centrale et du câble sous-marin.

Le Parti conservateur n'a aucun des sept sièges de Terre-Neuve et Labrador à la Chambre des communes, résultat de la campagne Tout sauf les conservateurs (Anything But Conservatives -ABC) de l'ancien premier ministre Danny Williams aux élections de 2008. Le NPD a y a un député et le Parti libéral, six.

-Avec Denis Lessard et Paul Journet