Tout juste débarquées au Québec, des familles ukrainiennes qui fuient l’invasion russe se retrouvent freinées dans leur intégration : elles se voient refuser l’accès aux garderies subventionnées.

Publié le 29 juin
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Vitaliya Koshchavka, une Ukrainienne arrivée au Québec avec ses deux filles, croyait avoir réussi à trouver une place en garderie lorsqu’un centre de la petite enfance (CPE) montréalais l’a convoquée à un rendez-vous la semaine dernière.

Sur place, quand ils ont réalisé qu’on était ukrainiennes, ils ont dit qu’ils ne pouvaient malheureusement pas nous prendre parce qu’on n’a pas droit à la subvention.

Vitaliya Koshchavka

Sergente-détective pour la police ukrainienne et ceinture noire en karaté, Mme Koshchavka a déjà fait des démarches pour enseigner les arts martiaux au Québec, mais doit laisser cela en plan pour s’occuper de sa plus jeune fille. « Ma fille de 12 ans peut rester seule à la maison, mais ma plus jeune de 4 ans doit rester avec moi », dit-elle.

PHOTO FOURNIE PAR VITALIYA KOSHCHAVKA

Vitaliya Koshchavka et sa plus jeune fille

Maya Ageeva, une Montréalaise qui accueille deux familles ukrainiennes chez elle et qui fait des démarches pour inscrire un enfant de 3 ans dans une garderie à 8,70 $ par jour, se bute elle aussi à un mur.

« Nous avons été refusés dans cinq CPE différents », explique-t-elle.

Cette succession de refus plombe le moral des familles. « C’est une situation extrêmement pénible qui retarde l’assimilation de la mère, qui voudrait commencer à travailler, mais qui ne peut pas. J’ai cinq enfants de plus dans ma maison, c’est compliqué, c’est difficile pour tout le monde. »

« Ils sont bloqués dans leur élan »

Stéphane Trudel, directeur du CPE Les Trottinettes, dans l’arrondissement de Verdun, note avoir dû refuser à contrecœur une famille ukrainienne la semaine dernière. « On était prêts à les prendre, on a contacté le ministère de la Famille pour valider, et on nous a dit qu’ils n’étaient pas admissibles », relate-t-il.

Brigitte Carré, qui aide bénévolement Vitaliya Koshchavka dans ses démarches d’intégration au Québec, note que les Ukrainiens sont des gens « extrêmement travaillants » qui veulent au plus vite contribuer à la société québécoise.

[Les Ukrainiens] arrivent ici avec la mentalité de vouloir mettre leurs compétences à contribution. Or, ils sont bloqués dans leur élan et ils n’ont pas les moyens de payer pour une place en garderie non subventionnée.

Brigitte Carré, qui aide Vitaliya Koshchavka

Le problème vient du fait que les Ukrainiens qui arrivent au pays détiennent un visa de travail sans date de fin délivré par le gouvernement fédéral et que, selon les critères du gouvernement provincial, les détenteurs d’un tel visa ne sont pas admissibles aux subventions en garderie.

« En raison d’un manque de coopération entre les deux paliers de gouvernement, les Ukrainiens se retrouvent laissés à eux-mêmes pour ce qui est des garderies. C’est complètement aberrant », note Mme Carré.

Au cabinet de Mathieu Lacombe, ministre de la Famille, la conseillère aux communications Roxanne Bourque note ne pas avoir de réaction à fournir pour le moment et nous demande de contacter le ministère de la Famille.

Celui-ci n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier.

L’enjeu de l’accès des nouveaux arrivants aux garderies subventionnées au Québec a fait les manchettes le mois dernier quand la Cour supérieure a statué que les demandeurs d’asile avaient droit aux garderies à tarifs réduits.

Le gouvernement québécois a jusqu’au 7 juillet pour décider d’interjeter appel de cette décision, et les garderies subventionnées ont reçu la directive de ne pas admettre d’enfants visés par cette décision d’ici là.