Une ancienne présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Maud Cohen, devient directrice générale de Polytechnique Montréal, a appris La Presse. Elle est la première femme à occuper le poste de cette institution vieille de 149 ans et qui a été marquée par le féminicide du 6 décembre 1989.

Publié le 22 juin
André Duchesne
André Duchesne La Presse

La nomination a été entérinée mercredi après-midi par le conseil des ministres du gouvernement du Québec au cours de sa réunion hebdomadaire.

« Je suis emballée, déclare Mme Cohen en entrevue avec La Presse. Polytechnique est mon alma mater (elle est diplômée en génie industriel, 1996) et c’est aussi là qu’a commencé mon engagement social. Polytechnique Montréal est une organisation qui a un impact important dans la société de par sa mission et je crois qu’elle peut avoir un impact encore plus important. Je suis une femme orientée vers des organisation à mission et je suis vraiment très excitée par ce défi. »

Lorsqu’elle évoque son intérêt pour les « organisations à mission », précisons que Mme Cohen était, jusqu’au 31 mars 2022, directrice générale de la Fondation du CHU Sainte-Justine, poste qu’elle occupait depuis 2014. Elle a été présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec de 2009 à 2012.

« Maud Cohen a impressionné le comité de consultation et les membres du conseil d’administration par ses expériences variées en gestion et en philanthropie, et aussi par le leadership qu’elle a démontré tout au long de sa carrière, déclare de son côté Pierre Lassonde, président du conseil. Elle possède les atouts pour rallier la communauté autour d’une vision rassembleuse et prometteuse qui permettra à Polytechnique de poursuivre sa quête d’excellence en enseignement et en recherche. »

« C’est une grande fierté pour moi d’être directrice générale et très fière d’être la première femme à diriger l’institution en près de 150 ans, poursuit Mme Cohen à propos de cette première dans l’histoire de l’institution.. C’est hautement symbolique. Je ne dis pas nécessairement qu’il était temps ; c’est une profession qui est masculine à la base. »

Elle note que 30 % de jeunes femmes forment actuellement la cohorte du baccalauréat. « Ça prend du temps à sensibiliser les jeunes femmes aux sciences pures et appliquées, dit-elle. Assurément qu’il était temps, mais en même temps, le contexte fait en sorte que les universités ou facultés d’ingénierie sont davantage dirigées par des hommes. Or, toutes organisation a besoin de diversité au sens large. C’est un élément à considérer pour nos institutions publiques. »

Développement durable

Quels projets, quels enjeux, désire-t-elle mettre de l’avant ?

« En entrevue pour le poste, j’ai mentionné de façons répétées que je suis une leader qui mise beaucoup sur le rassemblement des équipes pour développer la vision organisationnelle, dit-elle. Il est important d’avoir une grande vision collective et de tenir compte de ce que les gens veulent voir comme vision collective pour l’École. »

À l’aube des 150 ans de l’organisme, elle estime que Polytechnique a une réflexion à faire face à l’avenir. « Comment on va se réinventer ? Comment aborder les enjeux du nouveau siècle ? Comment on va amener des méthodologies d’enseignement axées davantage sur l’étudiant ? Comment développer le futur ingénieur en fonction des besoins et des enjeux à venir. »

La recherche, le déficit d’espaces par rapport aux autres institutions québécoises et la diversité, tant chez les étudiants que dans le corps professoral, sont d’autres défis qui la préoccupent.

En plus de son diplôme d’ingénieure, Maud Cohen possède un MBA à l’École des Hautes études commerciales (HEC) de Montréal en 2004 et un certificat en gouvernance du Collège des administrateurs de sociétés de l’Université Laval.

Jusqu’en mai, elle présidait le comité d’experts indépendants sur l’intégration architecturale et urbaine du REM de l’Est de Montréal. Ce comité a cessé ses travaux lorsque Québec et la Ville de Montréal ont repris le dossier de CDPQ Infra.

La nouvelle directrice générale de Polytechnique Montréal a été candidate (défaite face à Léo Bureau-Blouin) de la CAQ dans Laval-des-Rapides aux élections générales du 4 septembre 2012 au Québec. Elle avait été présidente de la CAQ 2013-2014.

À ce sujet, elle affirme que sa nomination n’est pas politique. « La ministre de l’Enseignement supérieur (Danielle McCann) n’a aucune influence dans le processus. J’ai eu à passer deux entrevues solides nécessitant beaucoup de travail. Cela a été fait de façon rigoureuse comme de bons ingénieurs », argue-t-elle en riant.

Maud Cohen entrera en poste le 10 août pour un mandat de quatre ans. Polytechnique Montréal compte 9930 étudiants et plus de 300 professeurs. Son budget annuel est de 275 millions dont 105 millions consacrés à la recherche.