Depuis quelques années, tous les élèves de l’école primaire Garneau font de la robotique. S’il est un moment de la semaine que les jeunes de cette école du Centre-Sud de Montréal ne veulent pas manquer, c’est bien celui passé avec leurs robots.

Publié le 12 juin
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

« On a un petit peu un petit problème, mais on le règle. »

Maeva, « six ans et demi », venait d’expliquer comment le petit robot Dash qu’elle programmait avec une amie allait se déplacer sur le plancher et suivre un chemin bien précis, « comme un huit, mais à l’envers ».

Ça ne s’est pas passé comme prévu. Penchées sur leur tablette, Maeva et Mariana ont constaté que le robot « n’écoute pas » et ont enjoint à la journaliste de revenir dans quelques minutes pour une autre démonstration.

Comme tous les autres élèves de l’école Garneau, les petites font de la robotique environ une heure par semaine. Dans cette école située dans le quartier Centre-Sud, à Montréal, c’est le projet qu’on a choisi pour mobiliser les élèves et les enseignants.

Joël Beaudoin explique que la période de robotique qu’il fait chaque semaine avec ses élèves de 1re année est une occasion d’apprentissage : il faut mesurer la distance qu’aura le robot à parcourir, savoir lire les blocs de programmation qui indiquent au robot tantôt à tourner, tantôt à reculer.

Photo Martin Tremblay, LA PRESSE

L’enseignant Joël Beaudoin, avec un élève

Les jeunes, dit le prof, réalisent « qu’il y a différentes manières de se rendre à un but ».

Ça va chercher des élèves qui, des fois, réussissent moins bien. Ils sont attirés par les robots, ils sont mignons. Chaque semaine, ils me demandent quand on en fait et quand je leur dis qu’on n’a pas le temps, ils sont vraiment déçus.

Joël Beaudoin, enseignant à l’école primaire Garneau

Les premiers robots de l’école Garneau ont été achetés dans la foulée du Plan d’action numérique mis sur pied par Québec en 2018. Or, l’enseignante qui avait instauré le projet est partie dans une autre école, et les robots sont « tombés en dormance ».

L’enseignant Denis Gosselin a repris la balle au bond. « J’ai de l’intérêt pour ça depuis que je suis petit. On s’est dit : on va faire vivre ça, ces robots-là », explique celui qui est chargé de la formation des enseignants.

Le directeur de l’école, Jean-François Lafleur, a tenu à ce que « tout le monde embarque », élèves comme enseignants.

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Jean-François Lafleur, directeur de l’école primaire Garneau, avec des élèves faisant de la robotique

Il devait y avoir une continuité d’un niveau à l’autre, et aucun élève ne serait laissé en plan. L’école Garneau est au maximum de l’échelle de défavorisation de Québec, « 10 sur 10 », dit le directeur.

« Il ne faut pas se le cacher, on est dans un secteur multiethnique, où les parents ne peuvent pas toujours aider les enfants pour leurs devoirs », dit Bernard Bazouamon, président du conseil d’établissement de l’école.

Selon le centre de services scolaire de Montréal, 70 % des élèves de cette école viennent de familles allophones.

Quand il est question de robotique, tout se fait à l’école, observe Denis Gosselin.

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Denis Gosselin, enseignant à l’école primaire Garneau, à Montréal

« J’enseigne ici depuis 2008 et j’ai compris rapidement que c’est les enfants qu’il fallait mettre dans le coup. C’est avec eux qu’il faut travailler », explique M. Gosselin.

Des défis pour les robots… et les enfants

Dans la classe de 3e année de Bruno Vincent, ce sont des drones que les élèves apprennent à guider dans un parcours. L’engin doit contourner des boîtes et passer sous un bâton.

Pénélope dit qu’elle aime manipuler le drone, « se dire qu’on y arrive et travailler en équipe », explique-t-elle.

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En sixième année, les élèves ont accès depuis peu à une imprimante 3D.

Que les élèves collaborent figure justement au nombre des objectifs.

Chaque équipe est composée d’un programmeur, de personnes qui vont aller mesurer, ils ont un carnet de bord à faire, et ils changent de rôle chaque semaine.

Bruno Vincent

Dans une équipe d’élèves, ça discute ferme. « Qu’est-ce qui arrive si le drone fait tomber les boîtes ? », demande un élève. Ces drones ne sont pas bilingues : comment dit-on « tourner à droite, mais en anglais ? », demande Émerik, 9 ans.

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Le robot Dash figure au nombre des robots utilisés à l’école Garneau.

En tout, l’école a investi environ 80 000 $ en équipement pour son projet. On compte maintenant sur une dizaine de robots par niveau, des ordinateurs, des tablettes. Dash, Sphéro et Blue-Bot s’apprêtent à retourner dans leurs boîtes le temps des vacances d’été, mais une chose est certaine : ils ne risquent pas d’accumuler la poussière bien longtemps.