(Montréal et Québec) Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, promet que les parents dont les enfants fréquentent un CPE qui sera évincé par le centre de services scolaire de Montréal ne subiront « aucun bris de services ».

Mis à jour le 8 juin
Erika Bisaillon
Erika Bisaillon La Presse

La Presse et Radio-Canada ont révélé mercredi que des CPE de la métropole seront évincés d’ici la fin du mois de juin 2023 par le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Les directeurs généraux de deux CPE avaient notamment refusé, au cours des dernières années, des augmentations de loyer spectaculaires atteignant dans certains cas 280 %.

D’emblée, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a rappelé que des locaux étaient dans un état vétuste et qu’ils exigeaient des rénovations importantes, ce qui justifiait selon lui des déménagements temporaires ou permanents.

« On va essayer, dans la mesure du possible, que ça se fasse à proximité. […] Vous voyez que l’immobilier à Montréal, c’est difficile. Donc il n’y a pas de solutions miracles », a dit M. Lacombe en mêlée de presse à Québec, mercredi.

PHOTO FREDERIC MATTE, ARCHIVES LE SOLEIL

Mathieu Lacombe, le ministre de la Famille

En entrevue avec La Presse, le ministre a réitéré qu’« il n’y aura pas de bris de services parce que d’autres organisations qui relèvent du gouvernement ne se sont pas parlé ». Les centres de services scolaires, de fait, sont une entité du ministère de l’Éducation.

Il assure que son équipe travaillera à trouver une solution personnalisée pour chaque CPE, bien qu’à l’heure actuelle, il ne soit pas en mesure de dire à quoi ressemblera son plan de match des prochains mois.

Il faut faire du cas par cas. Si, dans un cas, la solution est de revoir la décision d’éviction, ce sera fait. Si, dans d’autres cas, il faut la maintenir, on devra s’assurer que le CPE soit transféré dans d’autres locaux qui répondent aux besoins des enfants et de leurs parents. Enfin, si le CPE n’est pas relocalisé, nous allons nous assurer qu’il a les moyens financiers pour payer l’augmentation de loyer.

Mathieu Lacombe, le ministre de la Famille

Le ministre Lacombe souligne par ailleurs que « dans le cas de certains CPE, ils ont reçu les sommes nécessaires pour couvrir les augmentations de loyer, mais ils ont décidé, pour des raisons qui leur appartiennent, de contester ces hausses et d’entrer en litige avec le CSSDM en accumulant des loyers impayés. Ça illustre le fait que c’est une situation qui n’est pas simple et qui ne relève pas uniquement du gouvernement ».

Le CSSDM exige par exemple au CPE Idée Fixe, dans Centre-Sud, des arrérages dépassant les 300 000 $, vu les hausses de loyer imposées au centre de la petite enfance dans un bail de cinq ans soumis en 2018 et qui n’a finalement pas été signé.

Insistant sur le fait que le CSSDM a ajusté ses loyers à la valeur marchande, M. Lacombe a indiqué que le Ministère avait « répondu présent et ajusté les sommes versées à certains CPE ». Il admet néanmoins que cette somme n’est pas directement proportionnelle aux augmentations de loyer que doivent assumer les CPE.

Financement

La porte-parole de Québec solidaire en matière de famille, Christine Labrie, a déposé mercredi à l’Assemblée nationale une motion demandant au gouvernement « de soutenir les CPE dans leurs démarches afin d’éviter l’éviction ou, si nécessaire, de financer leur relocalisation à proximité dans les meilleurs délais ». Cette motion a été adoptée à l’unanimité.

En entrevue avec La Presse, Christine Labrie a martelé que Québec solidaire souhaite d’abord maximiser la stabilité des familles. « C’est la meilleure manière d’éviter des bris de services », dit-elle. À ses yeux, la relocalisation est une solution de dernier recours.

On reconnaît que certains de ces bâtiments peuvent être désuets, voire suffisamment en mauvais état pour que la relocalisation soit une solution, mais elle doit se faire à proximité.

Christine Labrie, la porte-parole de Québec solidaire en matière de famille

Elle exprime le souhait que les ministères de l’Éducation et de la Famille puissent « se parler », « car la relocalisation des CPE sera très coûteuse dans le contexte immobilier actuel ».

Elle ajoute que « la meilleure solution serait de s’entendre pour avoir un loyer qui répondra aux besoins du CSSDM et, en même temps, que les CPE soient suffisamment financés par le ministère de la Famille pour qu’ils puissent rester dans leurs locaux actuels ».

Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, « espère que le gouvernement du Québec, dont c’est la responsabilité, a trouvé une solution ».

« C’est malheureux que les familles montréalaises soient prises en otage en raison d’un manque de cohésion entre le ministère de la Famille et de l’Éducation. C’est le bien-être et l’avenir des enfants et éducateurs montréalais qui en dépendent », nous a-t-on indiqué dans un courriel.

Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose, La Presse