Québec rate largement sa propre cible en création de places dans les centres de la petite enfance (CPE) et dans les garderies privées subventionnées en 2021-2022. Et c’est sans compter les nombreuses fermetures de garderies en milieu familial, au moment où la liste d’attente pour avoir une place dans le réseau s’allonge.

Publié le 26 avril
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Le gouvernement Legault a créé 3201 places en CPE et dans les garderies subventionnées entre le 1er avril 2021 et le 31 mars dernier, révèlent des données obtenues par La Presse. Lors de l’étude des crédits l’an dernier, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, avait affirmé qu’il visait à créer « entre 5000 et 7000 places ». Cet objectif est loin d’être atteint.

Au cours de cette même période, le réseau a également perdu 14 places en garderies privées non subventionnées et 1253 places dans les services de garde en milieu familial. Au net, 1934 places se sont donc ajoutées dans les services de garde en 2021-2022. Quant à la liste d’attente pour obtenir une place, elle est passée de 51 073 enfants au 31 décembre 2020 à 51 761 un an plus tard.

Ces données complètent celles envoyées par le ministère de la Famille au Parti libéral du Québec (PLQ) dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires, un exercice annuel de reddition de comptes qui commence ce mardi, au moment où le compte à rebours d’ici la fin de la session est commencé (voir capsules).

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Jennifer Maccarone, députée libérale de Westmount–Saint-Louis et critique de l’opposition officielle en matière de famille

« Le ministre est très bon en communication, mais il n’apprend pas de ses erreurs. Il dit souvent des promesses, mais ce sont des promesses qui finissent brisées », déplore la critique de l’opposition officielle en matière de famille, la députée libérale Jennifer Maccarone.

Des chiffres « encourageants », plaide Lacombe

En entrevue avec La Presse, le ministre de la Famille tempère ce bilan, même s’il reconnaît que « la cible qu’on s’était fixée n’est pas atteinte ».

« Par contre, dans les circonstances, avec la dernière vague [pandémique] à travers laquelle on vient de passer, ce sont des chiffres qui sont encourageants », a-t-il affirmé.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille du Québec

Cette année est une des meilleures années en termes de création de places dans notre réseau. Je pense qu’on peut être très fier du travail qui a été fait.

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille du Québec

M. Lacombe affirme que les fermetures de garderies en milieu familial représentent tout un casse-tête, puisqu’elles minent le nombre de places qui s’ajoute au net dans le réseau des services de garde reconnus (c’est-à-dire les CPE, les garderies privées subventionnées et non subventionnées, ainsi que les milieux familiaux).

« C’est un de mes cauchemars depuis que je suis arrivé en poste [et] c’est important pour nous de freiner d’abord cette hémorragie pour être ensuite capable de créer suffisamment de places en installation pour répondre aux besoins », dit-il.

« Malgré le fait que, cette année, on a une des meilleures années de l’histoire du réseau en termes de création de places, on a quand même à la fin un défi parce qu’on a continué de perdre des places dans les milieux familiaux. [Or], ça se stabilise et l’année prochaine, je pense que la vapeur sera renversée pour de bon », espère-t-il.

Des résultats attendus

En matière de famille, les enjeux sont criants. Alors que des parents retardent leur retour au travail faute d’une place en garderie, Québec a adopté au début du mois son projet de loi 1, qui doit permettre à Mathieu Lacombe de compléter le réseau et d’assurer une place à chaque enfant d’ici 2025. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement doit créer plus de 37 000 nouvelles places au cours des prochaines années.

De l’avis de la députée libérale Jennifer Maccarone, l’échec du ministre Mathieu Lacombe en matière de nouvelles places en 2021-2022 « crée de la déception auprès des parents », puisque le gouvernement « ne livre pas de résultats », dit-elle. En ce moment, plusieurs régions se retrouvent en déficit de places, notamment le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, mais aussi des municipalités en périphérie de Montréal ou de grandes villes du Québec.

Il faut absolument qu’il pense à offrir une aide d’urgence pour les parents qui ne sont pas en mesure de trouver une place en service de garde. C’est faisable.

Jennifer Maccarone, députée libérale de Westmount–Saint-Louis et critique de l’opposition officielle en matière de famille

Cette demande, exprimée entre autres par l’organisme Ma place au travail, est partagée par tous les partis de l’opposition à Québec.

Compte à rebours au Parlement

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice et ministre responsable de la Langue française

Six semaines. C’est tout le temps qu’il reste aux travaux parlementaires d’ici la fin de la session, le 10 juin, et le départ des députés en route pour les élections générales du 3 octobre. De ces six semaines, deux sont consacrées à l’étude des crédits budgétaires, un exercice annuel durant lequel les députés passent au crible les dépenses et la performance des ministères. L’un des plus importants textes législatifs du gouvernement, le projet de loi 96 réformant la loi 101, devrait être adopté à la mi-mai alors que son étude détaillée vient de se terminer. Le ministre Simon Jolin-Barrette aura fort à faire pour mener à terme deux autres dossiers : son projet de loi sur le droit de la famille et celui améliorant l’accès à la justice.

Important projet de loi en culture mercredi

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, déposera mercredi sa refonte des lois sur le statut de l’artiste, une promesse électorale qui tarde à se concrétiser. Les chances sont minces pour que le projet de loi soit adopté d’ici le 10 juin. La commission parlementaire de la culture et de l’éducation, qui sera chargée de l’étudier, a déjà bien des fers au feu. Elle doit examiner le projet de loi sur le Protecteur national de l’élève du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et elle devra tenir des consultations sur un autre projet de loi, déposé récemment par la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, sur la liberté d’enseignement dans les universités.

Santé : embouteillage parlementaire

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Les dossiers s’empilent sur le bureau du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. En principe, le projet de loi 11 visant à augmenter l’offre de services de première ligne pourra être adopté prochainement, son examen étant terminé en commission. Il faut s’attendre à ce que l’étude détaillée du projet de loi 28 sur la fin de l’urgence sanitaire soit longue. Le projet de loi 19 sur un meilleur accès aux données en santé n’a toujours pas cheminé depuis son dépôt, le 3 décembre. Enfin, le ministre Dubé déposera d’ici la fin de la session le projet de loi très attendu sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir qui fait suite au rapport d’une commission transpartisane. On manquera de temps pour l’étudier.