Sous tutelle depuis bientôt 10 mois, le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) devrait voler de ses propres ailes le 1er juillet, prévoit sa nouvelle directrice générale, Isabelle Gélinas.

Publié le 8 avril
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

En juin dernier, le gouvernement Legault mettait en tutelle le plus gros centre de services scolaire du Québec, qui dispose d’un budget de 1,3 milliard. Québec estimait cette mesure nécessaire pour deux raisons : d’une part en raison du blocage dans lequel le centre se trouve depuis la démission en avril 2021 de 8 des 15 membres du conseil d’administration (ce qui l’a rendu inopérant) ; d’autre part parce qu’il fallait mettre en place « les meilleures pratiques en matière de gestion » (selon le communiqué du ministère de l’Éducation datant de juin 2021).

Pour ce qui est du blocage au conseil d’administration, Mme Gélinas estime que « de grands pas ont été faits ».

« D’ici quelques jours, on va arriver à s’entendre sur la façon de faire les choses pour qu’on ait un conseil d’administration. J’ai très bon espoir qu’on en aura un au 1er juillet », indique-t-elle en entrevue avec La Presse.

Quels étaient par ailleurs les problèmes de gestion évoqués par Québec en juin et quels correctifs ont été apportés ?

Ça m’intéresse peu, les problèmes qu’il y avait avant. Ce que je vois, c’est ce qu’on peut faire de mieux. Comme je n’étais pas là, c’est difficile de poser un jugement sur ce qui a été fait ou pas.

Isabelle Gélinas, directrice générale du CSSDM

De façon générale, Mme Gélinas explique que c’est au jour le jour, en se familiarisant avec son nouveau poste au CSSDM, qu’elle voit ce qu’il y a à améliorer.

En termes généraux, elle évoque le manque de proximité avec les écoles – un enjeu auquel elle s’attaque en se lançant dans une tournée des 187 établissements du territoire – et de communication.

Depuis l’abolition des commissions scolaires au printemps 2020, il n’y a plus de commissaires et il revient désormais aux directeurs généraux d’assurer le rôle de porte-parole des centres de services scolaire en lieu et place des ex-présidents (en l’occurrence Catherine Harel Bourdon, dans le cas de la Commission scolaire de Montréal).

Le rôle de porte-parole

Cependant, un peu partout au Québec, les directeurs généraux – des fonctionnaires non élus – sont très discrets sur la place publique.

Au CSSDM, Mme Gélinas assure quant à elle qu’elle jouera son rôle de « porte-parole » du CSSDM comme le lui prescrit la loi.

Si les enseignants – ou autres membres du personnel – n’ont pas à craindre de perdre leur travail en s’exprimant sur la place publique, ils ont néanmoins un « petit devoir de réserve », juge la directrice générale lorsqu’interrogée à ce sujet.

Lorsqu’un problème survient, dit-elle, « le professeur aura sa propre version de l’histoire, il va partir avec ça, au même titre que le parent aura sa version de l’histoire. À titre de [directrice générale], j’ai une vision plus large de l’histoire puisque je vois tous les intervenants. Ce n’est pas pour rien qu’il y a un porte-parole dans une organisation ».

Pourquoi, par ailleurs, les séances publiques de l’administrateur de la tutelle se tiennent-elles une fois sur deux à 14 h, en plein jour, alors que le personnel scolaire est au travail ?

Mme Gélinas fait valoir qu’en fait, cet horaire convient au mode de vie de nombreux citoyens qui sont souvent en télétravail. « Ça leur permet de se brancher à des heures d’écoute un peu plus libres. » (En raison de la pandémie, les séances se tiennent virtuellement.)

Pour une meilleure répartition des services

Mme Gélinas, qui dirigeait jusqu’en janvier le centre de services scolaire des Affluents, dans Lanaudière, dit avoir pour priorité la réussite des élèves, ce qui passe à son avis par une meilleure répartition des services entre les écoles (orthopédagogues, orthophonistes, psychologues scolaires, techniciens en éducation spécialisée, etc.).

Malgré la pénurie, elle soutient que peu importe où l’élève est inscrit, « les élèves ont droit aux mêmes services ».

« Il y a des milieux mieux nantis qui ont peut-être moins besoin de services, en comparaison d’autres où les besoins sont plus grands. »

Notons que le premier mandat de tutelle, d’une durée de six mois, a été renouvelé pour six mois supplémentaires (jusqu’en juin). Le tuteur Jean-François Lachance a décliné nos demandes répétées d’entrevue.

Mme Gélinas a expliqué qu’il fait son suivi directement au Conseil des ministres et que les décisions – attributions de contrat et autres – sont prises conjointement entre lui et la direction générale du CSSDM.

Des nouvelles du Comité de parents

En raison d’une mésentente avec la direction générale du CSSDM, les cinq représentants des parents ont démissionné en 2021. La fin de la tutelle passe nécessairement par le retour de parents au sein du conseil d’administration (qui est d’ailleurs présidé par un représentant des parents). Ceux qui sont en place ont-ils espoir que les choses débloquent d’ici le 1er juillet, comme l’estime Isabelle Gélinas ?

La vice-présidente du Comité de parents du CSSDM, Kiléka Coulibaly, nous a répondu par écrit. Elle indique que le comité de parents a eu deux rencontres à ce jour avec la nouvelle directrice du CSSDM. « Réinstaurer un climat de confiance est un long processus et nous en sommes aux tout premiers balbutiements. Le comité de parents devra déterminer sous peu ses modalités pour la désignation de parents au conseil d’administration. Nous croyons fermement dans le travail collaboratif […]. »