Environ 2000 étudiants ont pris la rue mardi à Montréal pour réclamer la gratuité scolaire, 10 ans jour pour jour après la manifestation historique du printemps érable.

Mis à jour le 22 mars
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Les étudiants ont ressorti le carré rouge, symbole de la grève étudiante de 2012, à l’occasion de la manifestation, qui a débuté à 13 h à la Place du Canada. « Dix ans plus tard, même histoire », « Trop pauvre pour l’école », « Si un brocoli coûte 5 $, imagine mon éducation », pouvait-on lire sur des pancartes.

Plus de 82 000 étudiants de cégeps et d’universités sont en grève mardi à travers la province pour revendiquer l’éducation gratuite, du primaire à l’université.

« La gratuité scolaire est encore un combat. On paie encore trop cher pour nos études et avec l’inflation, l’endettement des étudiants est d’autant plus grand », a lancé Frédéric Beaulieu-Demers, étudiant au collège Ahuntsic. « Il ne faut pas se comparer aux autres [systèmes d’éducation], il faut essayer de s’améliorer », a-t-il argué.

La date du 22 mars n’a pas été choisie au hasard : le même jour, en 2012, plus de 100 000 personnes descendaient dans les rues de Montréal pour s’opposer à la hausse des droits de scolarité – l’un des plus grands rassemblements du printemps érable. Dix ans plus tard, les étudiants veulent remettre la gratuité scolaire à l’ordre du jour.

PHOTO PATRICK SANFACON, LA PRESSE

« C’est important de commémorer 2012, un moment historique pour la population québécoise. Je remarque qu’en dix ans, il n’y a pas grand-chose qui a vraiment changé et le gouvernement ne s’est jamais [attaqué] à nos demandes », a déploré Max Fleurentin, entre deux cris de ralliement.

Une forte présence policière encadrait la manifestation, qui est restée pacifique. Le Service de police de la Ville de Montréal n’a rapporté aucun débordement en fin d’après-midi.

Une facture étudiante de plus en plus salée

Depuis 2012, la facture étudiante a continué de grimper, malgré l’indexation des droits de scolarité en fonction du revenu disponible des ménages par habitant.

En 2020, l’indice a bondi de 8,2 %, ce qui pourrait se traduire par une plus forte hausse des droits de scolarité pour un étudiant à temps plein en 2022-2023, selon les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec. Ces dernières années, l’augmentation annuelle moyenne du revenu des ménages tournait autour de 2,6 %.

En marge du dépôt du budget du gouvernement caquiste, Frédéric Beaulieu-Demers espérait de bonnes nouvelles pour les étudiants. « Ça serait ridicule d’avoir des augmentations. Je sais que l’inflation arrive, mais j’espère ne pas en payer le prix », a-t-il souligné.

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Le ministre des Finances, Éric Girard, a expliqué mardi que la ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann donnera bientôt davantage de détails sur la hausse des frais de scolarité. « Je peux vous dire que ça ne sera pas des indexations hors de l’ordinaire », a rassuré M. Girard.

Disant comprendre les demandes des manifestants, il a déclaré que la gratuité scolaire « est difficilement viable ». « Les universités ont besoin d’être financées et si on veut des universités de qualité, performantes, compétitives. Elles ont besoin de financement et les étudiants ont une part à assurer là-dedans », a justifié M. Girard.

Aujourd’hui, les étudiants québécois paient en moyenne 3761 $ par année de droits de scolarité et autres frais pour leurs études, soit 875 $ de plus qu’il y a 10 ans, selon des données du ministère de l’Enseignement supérieur et de Statistique Canada colligées par La Presse. En tenant compte de l’impact de la baisse des crédits d’impôt, la hausse est plutôt de 1020 $ au lieu de 875 $.

Seulement le début ?

En plus de la gratuité scolaire, des associations étudiantes tiendront des journées de grève toute la semaine pour la rémunération des stages et la lutte pour la justice climatique.

« Ce n’est qu’un début, continuons le combat », ont scandé les manifestants. La protestation se poursuit jeudi soir au parc Émilie-Gamelin, à Montréal, un clin d’œil à 2012 et ses manifestations nocturnes.

« C’est difficile de prévoir [quelle ampleur prendra le mouvement], mais on peut dire que c’est vraiment beau de voir la jeunesse, les étudiants sortir dans la rue, et de voir qu’ils se tiennent debout pour leurs convictions et leurs revendications », s’est réjoui David, étudiant en sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal qui n’a pas souhaité être identifié.

Avec Marie-Ève Morasse, La Presse