(Québec) Les directions d’école dénoncent le fait que l’application des consignes sanitaires en milieu scolaire diffère d’une région à l’autre, ce qui mêle encore plus le personnel du réseau et les parents qui tentent de s’y retrouver en ce retour en classe marqué par la contagiosité du variant Omicron.

Publié le 22 janvier
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Exaspéré par la situation lors de son entrevue avec La Presse, le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Nicolas Prévost, en a mal à la tête. Il ne comprend pas pourquoi la Direction générale de la santé publique peine à transmettre des directives claires à ses propres directions régionales, ou pourquoi les directeurs régionaux de santé publique interprètent différemment les consignes qui émanent de la Direction générale.

« Il n’y a pas de cohésion entre la Santé publique nationale et les Santés publiques régionales. Le national dit une chose, et chaque région l’interprète à sa façon », déplore M. Prévost. En colère, il ajoute : « La Santé publique ne répond pas [à nos questions]. Elle n’est vraiment pas facile à suivre. »

« Je vais même aller plus loin : elle est tellement insensible. Malgré toutes les demandes de clarifications, elle n’en tient pas compte. Elle est au-dessus de ses affaires », affirme M. Prévost.

Consignes complexes

Le président de la FQDE cite des exemples pour illustrer les disparités régionales dans l’application des consignes sanitaires. En Montérégie, dit-il, des directions d’école ont été informées que le personnel n’avait plus accès aux tests de dépistage PCR, alors que les enseignants sont ailleurs invités à se rendre en clinique de dépistage.

Dans un document intitulé Consignes applicables en milieu scolaire en contexte de pandémie (COVID-19), mis à jour le 16 janvier dernier, il est écrit – comme l’avait annoncé Québec – qu’à « compter du 15 janvier 2022, le personnel scolaire sera inscrit sur la liste prioritaire permettant d’avoir accès à un test de dépistage PCR ». Or, le site internet gouvernemental quebec.ca offre des interprétations différentes, selon la page consultée.

Il est, par exemple, établi dans la section « Directives spécifiques pour le milieu de l’éducation » que le personnel scolaire a accès aux tests PCR. Mais vendredi, la liste des personnes ayant un accès prioritaire aux tests de dépistage indiquait toujours que « le personnel scolaire et celui des différents milieux de garde symptomatique » avaient accès à ces tests « en l’absence de tests rapides dans le milieu ».

Quand faut-il s’isoler ?

Sur l’isolement des élèves ayant des symptômes associés à la COVID-19, les consignes sanitaires sont également communiquées différemment d’une région à l’autre, déplorent les directions d’école.

Dans certaines régions, des élèves qui présentent un symptôme peuvent rester en classe le reste de la journée si leur test de détection rapide effectué à l’école est négatif. On leur demande alors d’effectuer un autre test rapide à la maison pour confirmer le résultat. Ailleurs, toutefois, les enfants sont renvoyés à la maison au moindre symptôme.

« On dirait qu’il n’y a pas de lignes directrices. On nous dit de nous référer à quebec. ca, où toute l’information est centralisée, mais les directions régionales de santé publique ne semblent pas s’y référer, car on nous envoie des communiqués avec des approches différentes », dénonce Nicolas Prévost.

Le président de la FQDE espère que le gouvernement et la Santé publique uniformiseront un message clair pour l’ensemble des régions du Québec. « Tout ce brouhaha, on s’en passerait. »

Qualité de l’air

Alors qu’un froid polaire s’installe sur le Québec, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a quant à lui demandé au personnel scolaire vendredi de ne pas ouvrir les fenêtres au détriment du confort des élèves, et ce, même si des lecteurs de dioxyde de carbone (CO2) installés dans certaines classes affichent une mesure supérieure à la limite fixée par le gouvernement.

Vendredi, des enseignants ont témoigné dans plusieurs médias qu’en ouvrant la fenêtre comme prescrit pour changer l’air dans la pièce, le mercure chutait brutalement dans leur classe.

« Ayant moi-même été enseignant, je suis conscient de l’importance d’ouvrir les fenêtres dans les classes, mais pas au détriment du confort des élèves, particulièrement par temps très froid. Il faut voir la situation dans son ensemble. Je fais confiance au personnel scolaire pour suivre le protocole de lecture qui leur a été transmis et penser, d’abord et avant tout, au bien-être de leurs élèves », a déclaré le ministre.

Ali Bahloul, chercheur spécialisé en ventilation industrielle, en qualité de l’air intérieur et en protection respiratoire à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, a également précisé par l’entremise d’un communiqué du ministère de l’Éducation que « la ventilation est un élément additionnel qui aide à diminuer les risques de transmission de la COVID-19 dans les salles de classe ».

« De manière générale, la ventilation permet des échanges d’air pour assurer une qualité de l’air acceptable. […] On doit l’utiliser de manière optimale sans nuire au confort thermique (environ 20 °C) des occupants. Il faut commencer par ouvrir les fenêtres avant l’arrivée des élèves et garder la porte ouverte en tout temps. Il ne faut surtout pas mettre les élèves et les enseignants dans une situation d’inconfort », a-t-il dit.

À ce jour, seulement 47 % des lecteurs de CO2 livrés dans les écoles ont été installés et calibrés.