(Québec) Le premier ministre François Legault soutient que la commission scolaire Western Quebec n’aurait tout simplement pas dû embaucher Fatemeh Anvari, une enseignante voilée qui a finalement été retirée de sa classe d’une école de Chelsea en vertu de la loi 21 sur la laïcité de l’État.

Mis à jour le 10 déc. 2021
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

« Quand on adopte une loi, il faut la faire respecter. Donc, la commission scolaire n’aurait pas dû embaucher cette personne-là », a affirmé M. Legault lors d’une conférence de presse visant à dresser le bilan de la session parlementaire, qui a pris fin vendredi.

L’enseignante faisait de la suppléance dans une classe de troisième année de l’école primaire anglophone de Chelsea depuis environ un mois. Les parents ont appris son départ vendredi dernier. Le président par intérim de la commission scolaire Western Québec, Wayne Daly, a confirmé que c’est en raison de la Loi sur la laïcité de l’État que l’enseignante a dû être retirée de la classe.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault

Cette loi interdit aux enseignants – tout comme à d’autres agents de l’État en position d’autorité (policiers, agents correctionnels, avocats et juges) – le port de signes religieux durant leur prestation de travail. Elle s’applique tant aux centres de services scolaires qu’aux commissions scolaires anglophones, qui la contestent devant les tribunaux.

« Je vis bien avec le choix qu’on a fait, le choix de la laïcité », a affirmé François Legault. « On a adopté en bonne et due forme, démocratiquement, la loi 21. » Cette loi a été adoptée sous le bâillon en juin 2019. Les députés de la CAQ et du Parti québécois l’ont appuyée ; ceux du Parti libéral et de Québec solidaire ont voté contre.

L’enseignante Fatemeh Anvari est toujours à l’école Chelsea Elementary School en Outaouais, mais elle a été affectée à d’autres tâches qui n’interfèrent pas avec l’application de la loi 21. Elle y travaillera notamment sur « l’inclusion », selon les dirigeants de la commission scolaire.

« Oui, ils peuvent la mettre dans un département, mais ils auraient dû être plus clairs lors de l’embauche », a soutenu François Legault. « Les commissions scolaires sont là pour faire respecter la loi. Quand ils ont embauché l’enseignante, la loi 21 était claire, et ils auraient dû aviser l’enseignante. Ça n’aurait pas dû être quelque chose de nouveau. »

« Aujourd’hui, on voit les effets de cette loi »

Le Parti libéral du Québec, qui s’est opposé à l’époque à l’adoption de la loi 21, admet néanmoins que la loi sur la laïcité « est en place et [qu’]elle doit être appliquée » comme les autres lois au Québec. « La commission scolaire doit faire la lumière sur les raisons pour lesquelles [elle a] procédé à cette embauche alors que la loi était en vigueur », a expliqué le leader parlementaire de la formation, André Fortin.

« En même temps, le gouvernement doit se regarder dans le miroir et se dire qu’il a sa part de responsabilité face à cette situation-là. C’est la décision qu’il a prise, qu’on a décriée à l’époque. On vous l’a déjà dit, on trouvait que c’était une loi qui allait trop loin, qui était discriminatoire. Et aujourd’hui, on voit les effets de cette loi-là », a-t-il déploré en conférence de presse, vendredi.

Le Parti québécois a également fait valoir que la loi doit s’appliquer. « La personne savait, en toute connaissance de cause, que c’est ça, la loi. Et, à ce moment-là, la loi doit s’appliquer, tout simplement », a résumé le chef Paul St-Pierre Plamondon.

Selon Québec solidaire, le « Québec ne peut pas se priver d’enseignantes » alors que le réseau scolaire est touché par la pénurie de main-d’œuvre. « C’est triste que ce soit ça. J’entends aussi les autres personnes qui œuvrent dans le milieu scolaire, qui trouvent que la charge est énorme. Alors, c’est une grande tristesse de perdre des ressources humaines qualifiées comme ça », a soutenu la co-porte-parole Manon Massé.

Avec Fanny Lévesque, La Presse