(Québec) C’est par le biais de l’éducation que Québec compte faire de grands pas pour les rapprochements entre les Premières Nations et la population en général.

Mis à jour le 30 nov. 2021
Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

Les ministres de l’Éducation et des Affaires autochtones, Jean-François Roberge et Ian Lafrenière, étaient mardi à l’Institut Kiuna d’Odanak, dans le Centre-du-Québec, pour annoncer une série de mesures visant à mieux intégrer les jeunes Autochtones dans le réseau de l’éducation et à mieux renseigner les jeunes Québécois sur la réalité des Premières Nations.

Québec annonce ainsi une enveloppe d’un peu moins de 20 millions qui sera investie sur trois axes.

Le ministre Roberge n’a pas caché qu’il a de grandes ambitions pour cette démarche. « Je pense que les trois gestes qu’on va poser […] vont nous permettre d’améliorer la réussite de tous, mais vont aussi nous permettre d’améliorer le climat social au Québec. »

Selon lui, ces investissements permettront d’influencer l’ensemble des jeunes. « On arrive aujourd’hui pour que nos jeunes Autochtones et Inuits réussissent mieux leur parcours scolaire, mais plus que ça : on veut qu’ils s’épanouissent, qu’ils prennent leur place dans la communauté et au Québec. On veut aussi informer l’ensemble des élèves québécois sur l’histoire, sur les perspectives et sur les réalités des Autochtones. »

Le choix de l’Institut Kiuna était d’ailleurs hautement symbolique puisqu’il s’agit du seul cégep autochtone de la province et qu’il est fréquenté tant par des Autochtones que des Allochtones.

« Nous travaillons à bâtir le pont de la réconciliation en préparant les jeunes à se connaître les uns les autres, à valoriser les différences culturelles et linguistiques », a pour sa part avancé Denis Gros-Louis, de la Table sur la réussite éducative des élèves des Premières Nations et Inuits, qui participait à l’annonce.

Matériel, soutien et révision des programmes

Le premier axe vise à créer du nouveau matériel pédagogique qui intégrera les réalités autochtones pour que celles-ci soient mieux connues par les jeunes. La Table sur la réussite sera d’ailleurs au cœur des consultations pour la révision des programmes et du matériel scolaire à venir.

« De plus en plus d’institutions d’enseignement primaire et secondaire collégiales et même universitaires font appel aux membres de la Table sur la réussite éducative des élèves des Premières Nations et Inuits pour “autochtoniser” les contenus pédagogiques », a expliqué M. Gros-Louis.

Le deuxième axe est destiné à offrir du soutien aux jeunes Autochtones qui étudient dans le réseau scolaire public. Près de la moitié des membres des Premières Nations vivent hors des communautés autochtones et l’objectif est d’ajouter dans les écoles du réseau public des services professionnels adaptés aux cultures autochtones et des formations pour les enseignants afin de soutenir la réussite des élèves issus de ces communautés.

Le troisième volet consiste en une mesure à long terme, soit d’intégrer une perspective autochtone dans la révision de l’ensemble des programmes. Jean-François Roberge a fait valoir que les programmes d’études montrent leur âge en matière de réalité autochtone. « La plupart des programmes d’étude ont été rédigés au début des années 2000. J’ai le goût de vous dire : il y a une éternité, parce qu’au début des années 2000, c’était avant la grande prise de conscience qu’on a faite ces dernières années. »

Certaines mesures, comme la formation des enseignants et la préparation de matériel transitoire qui pourraient être intégrées dans le nouveau cours de culture et citoyenneté québécoise, devraient être prêtes à moyen terme, mais il va de soi que la révision des programmes et du matériel pédagogique prendra quelques années.

Et en fin de compte, le gouvernement obtiendra son bulletin, a déclaré avec le sourire Denis Gros-Louis. « Messieurs les ministres, vous serez évalués dans cinq ans à la fin du programme par nos jeunes, par leurs succès scolaires. C’est comme ça qu’on va mesurer qu’on a atteint les objectifs (de la Table). »

Accueil favorable de la CSQ

Le plus important syndicat d’enseignants au primaire et au secondaire, la CSQ, applaudit l’annonce et les investissements qui y sont associés.

La vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Anne Dionne, affirme par voie de communiqué que les mesures annoncées « répondent clairement à des besoins et proposent des solutions concrètes et pertinentes » et qu’elles sont « appropriées pour améliorer la persévérance et la réussite éducative des élèves autochtones ».

La CSQ rappelle toutefois que « la mise en place de milieux scolaires sécuritaires culturellement et adéquatement formés à l’histoire et aux réalités des Premières Nations et des Inuits » exigera une formation qui devra répondre aux besoins de ses membres et que la collaboration sera de mise pour tout mettre en place. Elle souligne de plus qu’il faudra des efforts pour recruter le personnel d’accompagnement et de soutien dans un contexte de pénurie de ressources.