Insatisfaites des offres du gouvernement, les 11 000 travailleuses des centres de la petite enfance (CPE) affiliées à la CSN viennent d’adopter un mandat de grève générale illimitée qui pourrait commencer dès le 1er décembre.

Mis à jour le 26 nov. 2021
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Les membres de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) ont voté à 92,1 % pour un arrêt de travail. Les éducatrices se disent prêtes à « négocier 24 heures sur 24 » avec le gouvernement. Mais si l’« attitude » de l’État n’a pas changé, si les négociations n’ont pas progressé, la grève générale illimitée sera déclenchée mercredi.

« En votant aussi massivement pour la grève, les membres envoient un message clair au gouvernement. Les éducateurs et éducatrices spécialisés n’abandonneront pas leurs collègues. Nous avons besoin d’un rattrapage », a lancé vendredi matin la représentante du secteur des CPE à la FSSS-CSN, Stéphanie Vachon.

La FSSS-CSN représente les travailleuses de 700 installations à travers le Québec, qui avaient auparavant voté pour une grève de 10 jours. Mercredi, les 3200 membres de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) avaient aussi voté à 91,2 % pour un mandat de grève générale illimitée.

Québec offre une augmentation de 20 % sur trois ans aux éducatrices spécialisées. Le gouvernement fait valoir qu’il ne peut pas offrir des augmentations aussi généreuses aux autres employées des CPE : les conseillères pédagogiques, les responsables en alimentation, les adjointes exécutives et les préposées.

Le gouvernement a choisi de se concentrer sur les éducatrices, car elles sont, de son propre aveu, sous-payées. Ces offres inégales sont au cœur du conflit.

Selon les calculs de la CSN, il en coûterait 6 millions à l’État pour répondre aux demandes de ses membres.

« Les éducatrices qualifiées et les éducatrices spécialisées n’abandonneront pas leurs collègues de travail. Elles vont se battre aussi longtemps qu’il le faudra pour réussir à leur obtenir des augmentations à la hauteur », prévient Mme Vachon.

Conséquences sur les parents

Les syndicats se disent conscients des répercussions sur les parents. Ils estiment toutefois que ceux-ci continuent de les soutenir majoritairement. « On sait que ce soutien-là est de plus en plus fragile. Mais on est persuadés que les parents sont encore derrière nous », estime Mme Vachon.

De nombreux parents ont dû composer avec la grève de 10 jours dans les dernières semaines. C’est le cas de Stéphanie Perron-Thibeault, dont les trois enfants fréquentent un CPE.

« Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’avoir les grands-parents pour garder », se désole cette travailleuse de la santé de Rimouski. Cette semaine, le CPE de ses enfants a été en grève quatre jours.

PHOTO FOURNIE PAR STÉPHANIE PERRON-THIBEAULT

Stéphanie Perron-Thibeault avec son conjoint et leurs trois enfants

Elle cherche désespérément des solutions et appréhende la grève générale illimitée, mais soutient entièrement les travailleuses. « J’appuie fortement les éducatrices dans leurs demandes. Il faut vraiment de la patience, de l’énergie et de l’amour pour faire cette job-là. »

Legault veut une « certaine équité »

Le gouvernement a répété cette semaine qu’il privilégiait une entente, sans écarter la possibilité d’une loi spéciale pour empêcher la grève générale illimitée.

« Je ne peux pas croire, quand je regarde les enjeux sur la table, qu’on n’est pas capables de s’entendre. C’est le gros bon sens », a affirmé François Legault vendredi en marge d’un évènement à Montréal.

Le recours à une loi spéciale serait une grave erreur, selon la CSN. « Les travailleuses vont partir massivement. Elles doivent être reconnues. Ce serait vraiment une claque au visage si le gouvernement en venait à cette décision », prévient la vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux, Lucie Longchamps.

Le premier ministre a confirmé que les négociations achoppaient actuellement sur la question des travailleuses de soutien.

« On a un devoir comme gouvernement de garder une certaine équité. Quelqu’un qui fait le ménage dans une école doit être payé relativement le même salaire que quelqu’un qui fait le ménage dans un service de garde », a ajouté M. Legault.

Québec dit craindre pour les enfants, « qui ont subi beaucoup de contrecoups pendant la pandémie ». « Je suis impatiente pour les parents, et je suis vraiment désolée de ce qui se passe », a dit cette semaine la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel.