(Québec ) La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, s’impatiente devant l’impasse des négociations avec les travailleuses des CPE et évoque maintenant le recours à une loi spéciale parmi « les outils » pour mettre fin au conflit. Mercredi, les employées affiliées à la CSQ ont adopté un mandat de grève générale illimitée à déclencher au moment jugé opportun, alors que leurs collègues de la CSN devaient se prononcer sur la question jeudi.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

« Je demeure une personne qui préfère s’entendre, je vais faire tous les efforts pour m’entendre, mais ça fait très certainement partie des outils qui sont disponibles », a fait valoir la ministre LeBel à son arrivée au Salon bleu, jeudi. Encore lundi, elle écartait cette possibilité. « À ce stade-ci, je continue de penser qu’on est capables de s’entendre », avait-elle indiqué en entrevue au 98,5 FM.

Jeudi, Mme LeBel n’a pas caché son impatience alors que des milliers de travailleuses des CPE affiliées à la CSQ avaient adopté la veille un mandat de grève générale illimitée à 91,2 %. Les 11 000 travailleuses des CPE affiliées à la CSN devaient quant à elles voter sur la question jeudi. Les résultats de ce vote seront dévoilés ce vendredi.

« Je pense que sincèrement, on a perdu de vue la réalité des parents », a déploré Mme LeBel.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor

Je suis impatiente pour […] les enfants parce qu’ils ont subi beaucoup de contrecoups pendant la pandémie. Je suis impatiente pour les parents, et je suis vraiment désolée de ce qui se passe.

Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor

Au sujet d’une loi spéciale pour régler le conflit, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a affirmé également que « ça fait partie des outils » à la disposition du gouvernement. « Je pense qu’on est rendu au moment où il faut régler », a-t-il dit en mêlée de presse.

Québec a choisi d’accorder la priorité aux éducatrices parce que celles-ci sont sous-payées – de son propre aveu – et qu’il existe une pénurie d’éducatrices. Il leur offre donc des augmentations de salaire plus importantes, mais ne se montre pas aussi généreux envers les « autres » travailleuses dans les CPE, fait valoir la partie syndicale.

« Ce que j’entends présentement, maintenant, c’est qu’on ne laissera personne derrière pour une question de principe », a soutenu Mme LeBel, jeudi.

« Je l’ai dit depuis le début : on ne pourra pas offrir des rehaussements à la même hauteur que ce qu’on a fait pour les éducatrices, les enseignants, les infirmières, parce que si on faisait ça pour l’ensemble des employés, on n’aurait pas été capable de faire ces efforts pour ces emplois-là. […] On a fait des efforts marqués, et je le répète, ce n’est pas un caprice, ce n’est pas une question de principe. C’est une question de capacité de payer », a-t-elle ajouté.

Appréhension chez les PME

La perspective d’un possible débrayage de milliers de travailleuses des CPE provoque des inquiétudes du côté des employeurs.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui compte 95 000 membres au pays, craint qu’une autre tuile tombe sur la tête des propriétaires de PME toujours fragilisés par les effets de la pandémie.

« Une grève générale illimitée apporte son lot d’incertitudes pour les propriétaires de PME qui devront, pour certains, eux-mêmes compenser l’absence d’un ou de plusieurs employés, a signalé François Vincent, vice-président de la FCEI pour le Québec, dans un communiqué. On oublie souvent que la moitié des entreprises ont moins de cinq employés. Pensons-y : pour ces dernières, un employé qui ne peut se présenter au travail représente un impact négatif de 20 % de l’apport de la main-d’œuvre sur la production. Sans tomber dans le détail de ce qui circule concernant les offres proposées, la capacité de payer des contribuables n’est pas infinie et leur générosité trouve peu de précédents. »

Avec La Presse Canadienne