Dans les deux tiers des écoles du centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), les élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ne peuvent obtenir les services professionnels dont ils ont besoin « en temps opportun ». Dans 20 % des écoles, le temps d’attente pour avoir une aide professionnelle dépasse même un an.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Dans son rapport annuel déposé à l’Assemblée nationale mercredi, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, dresse le constat que le plus gros centre de services scolaire de la province « ne recueille pas de données ni ne fait d’analyse sur les délais d’accès aux services professionnels » pour ses élèves en difficulté.

Elle a donc transmis un questionnaire aux directeurs des établissements du CSSDM, qui ont répondu dans une proportion de 78 %.

Dans une école sur cinq, les directeurs ont affirmé qu’il fallait plus d’un an pour que les élèves obtiennent une évaluation professionnelle. Le portrait est encore moins reluisant dans le cas des élèves qui ont besoin de soutien linguistique : dans le quart des écoles, il faut plus d’un an pour qu’un élève obtienne l’aide dont il a besoin.

Cette dernière donnée a « étonné » le CSSDM, qui commente dans le rapport certains des constats de la vérificatrice générale. « Nous ne manquerons pas de chercher à comprendre le sens de ce résultat », écrit le centre de services scolaire.

Des ressources inégales

Le rapport de la vérificatrice générale du Québec observe qu’au CSSDM, la répartition des ressources ne tient pas compte des besoins réels des élèves et que les services sont inégaux d’une école à l’autre.

Ce constat pourrait s’appliquer à la plupart des centres de services scolaires, dit le président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec.

« C’est problématique à la grandeur du Québec, dit Jacques Landry. Je peux avoir un enfant qui a des services en orthophonie, je déménage à côté et ça devient impossible. Une école va choisir les services en orthophonie, une autre, un éducateur spécialisé, une autre encore, un orthopédagogue. La vision d’ensemble, on la perd de plus en plus. »

Aucun élève absent ?

Quand il collige des données auprès de ses 188 établissements, le CSSDM a un « problème d’uniformité et de fiabilité », lit-on également dans le rapport déposé mercredi. La vérificatrice générale donne l’exemple des absences d’élèves, « un problème connu que le CSSDM tarde à régler ». En 2018-2019, 14 écoles n’ont déclaré aucune absence de leurs élèves pour toute l’année scolaire.

« Compte tenu de l’importance de cette variable dans le repérage des élèves à risque d’échec scolaire, il est essentiel que le CSSDM dispose de données fiables pour cibler les établissements où les élèves sont les plus à risque », lit-on dans le rapport.

La vérificatrice générale observe également que le CSSDM, dans son rapport de gestion annuel, « n’apporte pas d’élément pertinent » pour expliquer certains résultats obtenus en ce qui concerne la réussite de ses élèves, qu’il s’agisse de progrès ou de reculs.

C’est le cas dans le rapport 2019-2020, où le CSSDM constate que l’écart entre le taux de diplomation des garçons et celui des filles est en augmentation par rapport à la cible qui a été fixée.

« La raison est simple, écrit le CSSDM. Le taux de diplomation des filles a augmenté plus vite que celui des garçons. »

Il s’agit d’une explication « insuffisante », note le rapport. « Cette explication ne fournit aucune information sur les véritables causes de l’augmentation de l’écart et de la non-atteinte de la cible », lit-on.

Selon la vérificatrice générale, le CSSDM devrait recueillir et exploiter les données pertinentes sur les besoins des élèves et les actions de ses écoles en matière de réussite scolaire. Il devrait en outre mettre en place les outils pour apprécier les liens entre les ressources investies et la performance de son plan de réussite.

Dans un communiqué, le centre de services scolaire de Montréal a indiqué mercredi que les recommandations de la vérificatrice générale « tracent le chemin à suivre pour mettre en place une gestion plus éclairée et efficiente », et qu’il mettra sur pied d’ici 2022 un « Bureau de la gouvernance de données et du suivi de la réussite ».

17 %

Proportion d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) à la formation générale des jeunes du CSSDM en 2020

246 millions

Somme reçue en 2019-2020 par le CSSDM pour des mesures d’adaptation et d’appui à la réussite

Source : rapport du Vérificateur général du Québec, novembre 2021