Un élève sur quinze sera forcé de changer d’école au cours des trois prochaines années en raison de travaux de rénovation dans les établissements du CSSDM. Deux écoles seront construites pour accueillir les élèves en exil. La vétusté des écoles montréalaises pèse d’ailleurs lourd dans le budget du CSSDM, qui a terminé l’année 2020-2021 avec un déficit comptable de 57 millions.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Une quinzaine d’écoles vidées pour les chantiers d’ici trois ans

Les travaux de rénovation dans les écoles de Montréal forceront 5000 élèves à changer d’établissement au cours des trois prochaines années. Pour la toute première fois, le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) construira même deux écoles précisément pour accueillir des élèves pendant les chantiers.

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, COLLABORATION SPÉCIALE

L’école Saint-Émile, dans le quartier Rosemont

D’ici trois ans, une quinzaine d’écoles – principalement primaires – verront leurs élèves être délocalisés. C’est donc environ 1 élève sur 15 de ce centre de services, qui en compte 75 000, qui seront déplacés. « C’est beaucoup d’élèves », fait observer Mathieu Desjardins, directeur du service de l’organisation scolaire au CSSDM.

Les quartiers où les travaux seront faits sont nombreux. Dès la prochaine rentrée, par exemple, les élèves de l’école Saint-Émile, dans Rosemont, seront délocalisés pour une durée prévue d’un an. Dans Côte-des-Neiges, l’École internationale de Montréal fera l’objet de « travaux majeurs de réfection » d’ici trois ans, tandis que les 465 élèves de l’école Ahuntsic, dans le quartier du même nom, devront la laisser l’an prochain.

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L’École internationale de Montréal,
dans le quartier Côte-des-Neiges

Le CSSDM est arrivé à un constat : rénover des écoles remplies d’élèves et d’enseignants, c’est loin d’être l’idéal. Va pour des changements de fenêtres en été ou la réfection d’une toiture, mais dès que les travaux deviennent plus costauds, ça se complique.

Qui plus est, il n’est pas rare que le coût des travaux augmente de 40 % quand ceux-ci doivent se faire dans des écoles occupées, dit Bruno Marchand, directeur du service des ressources matérielles.

Les horaires de travail, le bruit, la poussière, la livraison des matériaux, les manœuvres des véhicules : on ne peut pas travailler comme si de rien n’était.

Bruno Marchand, directeur du service des ressources matérielles du CSSDM, à propos des travaux dans les écoles occupées

Écoles « transitoires » pendant les travaux

C’est pour cette raison que se multiplient les écoles dites « transitoires », des espaces qui servent à loger des élèves pendant que leur école d’attache est en rénovation. Il y en a actuellement 14 réparties un peu partout sur le territoire, et il y en aura bientôt 17.

En vertu d’un « arrangement » avec le ministère de l’Éducation, le CSSDM construira dans les prochaines années deux nouvelles écoles transitoires sur les terrains des écoles secondaires Marie-Anne, dans Ahuntsic, et Marguerite-De Lajemmerais, dans le quartier Rosemont.

« Ce seront des écoles neuves, toutes belles », qui auront une première vie comme école transitoire, puis une deuxième pour accueillir les élèves de quartiers où les écoles existantes ne suffisent pas, explique Mathieu Desjardins, du CSSDM.

Le plus souvent, les écoles transitoires sont dans des bâtiments qu’on louait auparavant à des organismes communautaires. « Heureusement, dans le passé, on a pris la décision de garder ces anciens immeubles. Ç’a été salutaire, une bonne décision des commissaires scolaires », fait observer Alain Perron, porte-parole du CSSDM.

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Le 2570, rue Nicolet, dans Hochelaga-Maisonneuve

Le bâtiment situé au 2570, rue Nicolet, dans Hochelaga-Maisonneuve, en est un exemple. Il pourrait éventuellement accueillir les élèves de l’école primaire de l’Étincelle pendant des travaux qui doivent débuter dans deux ans.

Qu’il s’agisse d’un bâtiment neuf ou d’un vieil édifice rénové, on estime que chaque école transitoire coûte environ 30 millions.

Répercussions sur les familles et les enseignants

Changer d’école n’est pas sans conséquence, rappelle l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal. « Ça implique un déménagement de matériel, mais aussi une réorganisation. Dans le cas d’une école primaire, il faut repenser les récréations, penser aux endroits où dîner », illustre Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente du syndicat.

Le président du comité de parents des écoles de Montréal, Marc-Étienne Deslauriers, fait remarquer qu’il arrive que des déménagements soient moins bien accueillis.

Quand les bâtiments transitoires sont à portée de marche, c’est plus facile à vivre. Quand c’est un déracinement parce qu’on doit prendre le transport scolaire ou le transport en commun tous les jours, il y a des milieux où ça passe moins.

Marc-Étienne Deslauriers, président du comité de parents des écoles de Montréal

Il ajoute que le centre de services a l’obligation de transporter les élèves du primaire d’une école à l’autre, mais pas ceux des écoles secondaires.

Investissements insuffisants

D’ici 2030, Québec s’est fixé l’objectif de remettre en état « satisfaisant » les bâtiments qui ne le sont pas. Au CSSDM, l’âge moyen des écoles est de 72 ans, et 191 bâtiments (sur 268) sont jugés en très mauvais état.

Le budget de maintien d’actifs du CSSDM est de 173 millions de dollars cette année, « mais le besoin est plutôt de l’ordre de 350 millions », observe-t-on au centre de services.

« Le premier 110 millions qu’on reçoit sert à maintenir les infrastructures. Si elles sont en mauvais état, on les maintient en mauvais état. C’est simple comme ça », affirme sans ambages Bruno Marchand, qui qualifie l’objectif de Québec d’« ambitieux ».

Il poursuit son calcul : si on veut améliorer l’état des écoles cette année, il reste environ 50 ou 60 millions. Le coût d’environ deux écoles, dit M. Marchand.

Le déficit d’entretien des écoles du CSSDM, qui s’élève à 1,6 milliard de dollars, fait qu’en un rien de temps, une situation d’urgence peut venir bousculer des situations pourtant bien planifiées, rappelle Marc-Étienne Deslauriers, du comité de parents des écoles de Montréal.

Il cite l’exemple de l’école secondaire Sophie-Barat, dans le quartier Ahuntsic, dont certains élèves ont été délocalisés dans l’urgence à plusieurs kilomètres de chez eux l’an dernier parce qu’une zone de l’école menaçait de s’effondrer.

« Ça demeure pour moi l’un des pires exemples de ce qui arrive pour des élèves lorsqu’on doit faire des travaux dans une école », dit M. Deslauriers. Les élèves du régulier, dont c’est l’école de quartier, sont maintenant logés dans une ancienne école primaire.

« C’est évident que le déficit d’entretien fait que, même si on pouvait planifier toutes les choses, ça prend juste un petit pépin pour ramener tout le monde dans l’urgence », conclut Marc-Étienne Deslauriers.

Consultez la liste des écoles concernées

Déficit comptable de 57 millions au CSSDM 

Le centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) termine son exercice 2020-2021 avec un déficit comptable de 57 millions, mais il affiche en réalité un surplus net ajusté de 2,8 millions, sur un budget total de 1,258 milliard. C’est que les subventions attendues qui sont liées aux augmentations salariales consenties par le gouvernement Legault et à l’équité salariale viendront sous peu nettoyer l’ardoise.

Plus que la pandémie, c’est en bonne partie la vétusté de ses écoles qui coûte cher au CSSDM. Sur papier, le déficit du maintien d’actif s’élève à 1,6 milliard.

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Le déficit du maintien d’actif des écoles du CSSDM s’élève à 1,6 milliard.

Cela se traduit par des rénovations et des travaux d’entretien majeurs qui coûtent cher.

Les dépenses relatives au maintien d’actifs immobiliers, à la résorption du déficit de maintien, ainsi qu’aux travaux de réfection et de transformation se sont élevées à plus de 251,3 millions en 2020-2021, comparativement à 230,1 millions en 2019-2020.

Pour cet exercice financier en pleine pandémie, le CSSDM a aussi eu des dépenses plus élevées qu’à l’habitude en technologies de l’information (beaucoup d’ordinateurs ont notamment été achetés pendant la pandémie).

Les investissements dans le secteur des technologies de l’information sont de 22,2 millions en 2020-2021, comparativement à 7,7 millions en 2019-2020.

La COVID-19, qui a occasionné beaucoup de dépenses au CSSDM comme aux autres centres de services scolaires, n’a finalement pas eu l’impact qui était redouté au départ. Si les impacts financiers de la COVID-19 pour l’exercice financier terminé le 30 juin 2021 sont évalués à 41,5 millions, le CSSDM a reçu « une allocation de 65,4 millions en soutien financier de la part du ministère de l’Éducation, qui comprend une somme de 41,5 millions pour couvrir l’ensemble des impacts financiers de l’exercice, et une somme de 23 millions pour les impacts de la pandémie de l’année précédente », peut-on lire.

« Effort continu et rigoureux »

Lorsque les subventions liées aux hausses de salaire et à l’équité salariale seront reçues, le déficit accumulé – qui était de 99 millions avant cet exercice – n’aura pas été creusé, ce qui témoigne, écrit le Service de ressources financières, d’« un effort continu et rigoureux de gestion des fonds publics » de l’organisme.

Pour l’exercice 2019-2020, le déficit net ajusté avait été de 0,3 million.

Le CSSDM n’a pas offert davantage de commentaires sur la performance de cette année.

Ce centre de services scolaire – le plus gros au Québec – a été mis en tutelle en juin par le gouvernement du Québec dans la foulée d’une crise de gouvernance le secouant. Huit des quinze membres du conseil d’administration ont démissionné en cours de mandat, paralysant ainsi l’organisation, qui n’avait plus quorum pour ses séances et ses prises de décision. Par conséquent, quatre séances du conseil d’administration ont dû être annulées entre avril et juin.

Depuis le 16 juin 2021, Jean-François Lachance a été nommé tuteur, et les séances du conseil d’administration sont remplacées jusqu’à nouvel ordre par des séances de l’administrateur de la tutelle.