(Québec) Les cégeps se rangent derrière le gouvernement Legault, en appuyant sa décision de laisser aux jeunes Québécois francophones toute la liberté de choisir de fréquenter à leur guise un collège francophone ou anglophone.

Jocelyne Richer La Presse Canadienne

La Fédération des cégeps estime que des mesures basées sur la contrainte ne sont pas de nature « à nourrir l’ambition et le sentiment d’appartenance autour de la langue commune ».

La fédération a présenté son mémoire aux parlementaires, mardi matin, dans le cadre de la consultation menée autour du projet de loi 96, qui propose une vaste réforme de la loi 101 ou Charte de la langue française.

Le contrôle de l’accès au cégep anglophone est un des principaux enjeux qui retiennent l’attention des intervenants et experts venus se prononcer sur le projet de loi 96, parrainé par le ministre Simon Jolin-Barrette.

Plusieurs estiment que la fréquentation du cégep en anglais favorise l’anglicisation des jeunes et détermine leur parcours universitaire et professionnel futur. Ils auraient souhaité que le gouvernement freine l’attrait exercé auprès des jeunes par l’anglais, en élargissant au niveau collégial l’application de la loi 101, actuellement réservée aux secteurs primaire et secondaire. Seuls les enfants nés de parents ayant étudié en anglais ont accès à l’école anglaise.

Au lieu d’en interdire l’accès, le gouvernement a plutôt choisi de plafonner la proportion d’admissions au cégep anglophone au niveau de 2019, soit 17 %.

« Les cégeps ne sont pas la cause de l’anglicisation au Québec », écrit la fédération dans son mémoire.

En réponse aux questions du ministre, le président du regroupement, Bernard Tremblay, s’est dit « profondément convaincu qu’à 16, 17, 18, 19 ans, ce qui est le plus important, c’est de générer un sentiment d’appartenance, un intérêt pour la culture québécoise, et ça, ça ne vient pas simplement avec le fait d’être étudiant dans un cégep francophone, ça vient avec des mesures plus profondes, ça vient avec un accès à la culture ».

Il suggère donc au gouvernement de voir les cégeps comme des lieux privilégiés de diffusion de la culture québécoise francophone. Selon lui, le seul fait de demander aux jeunes d’étudier en français « ne générera pas moins d’intérêt pour Netflix et pour Facebook ».

La fédération s’oppose également aux dispositions du projet de loi qui prévoient l’inscription dans la Charte de la langue française de l’obligation faite aux cégépiens de se soumettre à une épreuve uniforme destinée à évaluer leur connaissance du français. La fédération des cégeps, qui regroupe 48 collèges publics, recommande la mise sur pied d’un chantier sur cette question avec le ministère de l’Enseignement supérieur.

Le député péquiste Pascal Bérubé, qui est farouchement contre la position du gouvernement sur l’accès au cégep anglophone, a fait valoir qu’il ne revenait pas à l’État « qui vous finance, de subventionner l’assimilation québécoise ».

Inquiet de la tendance actuelle, il a ajouté que « depuis 1995, la part des étudiants collégiaux qui fréquentent les cégeps en anglais et leur pendant privé subventionné, est passée de 14,9 % à 19 %, progression du quart ».