Tout comme les cégeps et les universités, le gouvernement Legault hausse le ton face à Immigration Canada qui tarde à livrer des centaines, voire des milliers de permis à des étudiants étrangers qui sont inscrits et attendus au pays.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

« Nos établissements d’enseignement mettent beaucoup d’efforts afin de recruter des étudiants internationaux et ils se retrouvent devant une situation d’impuissance au moment d’accueillir ces étudiants sur notre territoire. Nous nous inquiétons de la réputation du Québec et du Canada à l’international », ont écrit à Immigration Canada la ministre québécoise de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann et Nadine Girault, ministre des Relations internationales et de la Francophonie.

Elles transmettent leurs « vives préoccupations quant à la délivrance de permis d’études ».

« Nous avons constaté de nombreux retards qui causent énormément de stress et même de la détresse auprès de nombreuses familles », est-il écrit dans la missive datée du 2 septembre.

Les ministres soulignent aussi que ces étudiants « jouent un rôle important dans la vitalité de nos régions et ils sont d’excellents candidats à l’immigration à la fin de leurs études ».

Cette semaine, les permis continuaient d’entrer au compte-gouttes, a indiqué à La Presse Judith Laurier, directrice des communications de la Fédération des cégeps.

Cela étant dit, la majorité des cégeps, qui avaient donné jusqu’à vendredi (hier) aux jeunes étrangers pour arriver ici, leur permet maintenant d’être en classe au plus tard mercredi (la session d’automne aura alors déjà débuté deux semaines plus tôt).

Explications d’Immigration Canada

Immigration Canada, par l’entremise du porte-parole Rémi Larivière, commence par répondre que « la pandémie a eu des répercussions importantes sur le système d’immigration du Canada et nous comprenons le sentiment de frustration qu’éprouvent les demandeurs en ces moments difficiles ».

Il ajoute cependant que seules 80 des demandes complètes d’étudiants étrangers n’ont pas été traitées et que toutes les autres sont dues à des documents manquants.

« [Les étudiants étrangers] n’ont peut-être pas été en mesure de fournir leurs données biométriques, leurs certificats de police ou leur preuve d’études, ou alors subir un examen médical aux fins de l’immigration à temps », avance le Ministère.

La Fédération des cégeps est formelle. Les dossiers incomplets ne font pas partie de sa compilation des quelque 600 étudiants qui attendent sans raison et qui, à son avis, ont tout transmis à temps.

L’attente se fait sentir

Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke, indique que l’Université est « très préoccupée quant à la capacité du gouvernement fédéral d’ouvrir les frontières et d’assurer un traitement rapide des demandes de permis d’études ».

Jusqu’ici, 620 étudiants étrangers sont arrivés à l’Université de Sherbrooke. Le recteur espère que d’ici la fin de septembre, « ce chiffre s’établira entre 800 et 900, ce qui se rapproche d’une rentrée d’automne normale ».

Compte tenu du retard dans la délivrance des permis d’études, les facultés mettent en place, lorsque c’est possible, différentes mesures pour aider les étudiants qui ne peuvent entrer au Canada à temps pour commencer le trimestre », a ajouté Pierre Cossette.

L’UQAM estime pour sa part que « quelques centaines de nouveaux étudiants étrangers sont en attente de l’approbation de leur demande de permis d’études pour venir au Canada », a indiqué Jennifer Desrochers, directrice des relations avec la presse.

Notre Service des relations internationales et diplomatiques, avec ses conseillers en immigration, a multiplié les rencontres […] pour faciliter l’arrivée à Montréal des étudiants concernés.

Jennifer Desrochers, directrice des relations avec la presse de l’UQAM

Au nom de HEC Montréal, Marc Tulin a indiqué que dans son établissement, près de 200 étudiants étrangers attendent toujours leur permis.

D’autres universités canadiennes étant aux prises avec le même problème, il est impossible de chiffrer précisément le nombre de jeunes étrangers dont les projets d’études au Canada sont en suspens.

Hélène David, critique libérale en matière d’éducation supérieure, se montre surprise de la réponse d’Ottawa voulant que les délais d’attente soient dus notamment à des dossiers incomplets. Cela ferait beaucoup de jeunes qui, tout en voulant très fort venir ici, auraient omis de soumettre un dossier complet.

La Fédération des cégeps souligne que les retards n’ont rien à voir avec la pandémie et que chaque année, Ottawa traîne les pieds pour délivrer les permis qui arrivent le plus souvent à la dernière minute, compromettant les projets d’études des jeunes étrangers et maximisant leur stress.

5876

Nombre d’élèves étrangers inscrits au cégep à l’enseignement ordinaire

174 892

Nombre total d’élèves inscrits cet automne au cégep

Source : Fédération des cégeps