Le bonheur des cégeps de revoir les jeunes en personne est assombri par le fait que ceux-ci reviennent en moins grand nombre que prévu.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Alors que la Fédération des cégeps s’attendait à une hausse de 3 % des inscriptions en raison de nombreux cours abandonnés à reprendre et en raison des courbes démographiques favorables, la hausse cette année n’est finalement que de 0,3 % par rapport à l’automne dernier. Au total, 174 892 élèves sont inscrits cet automne dans l’un ou l’autre des 48 cégeps du Québec.

L’inquiétude est particulièrement grande dans certains cégeps en région, notamment au cégep régional de Lanaudière, qui affiche une baisse de 6,4 % des inscriptions (409 élèves en moins).

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, en 2018

En entrevue avec La Presse, Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, ne cache pas que le nombre d’inscriptions est décevant.

Pendant la pandémie, la mention « incomplet » a été accordée exceptionnellement très largement à quelque 10 000 élèves en 2020-2021 pour leur éviter la mention « échec ».

Cette mesure prise pour garder les jeunes motivés n’a-t-elle donc pas eu les effets escomptés ? La Fédération des cégeps n’a pas de données lui permettant de le savoir, mais les statistiques disponibles confirment que les inscriptions des jeunes du secondaire, elles, correspondent aux attentes.

A priori, la plus grande défection se situerait du côté des jeunes adultes, qui se sont montrés moins attirés par les techniques.

Cela porte Bernard Tremblay à croire que ce sont surtout les pénuries de main-d’œuvre qui détournent beaucoup de jeunes des bancs d’école.

Mais pénurie ou non, il y va de ce constat de fond : « Il y a encore une certaine résistance à l’enseignement supérieur au Québec. »

M. Tremblay fait remarquer que les emplois bien rémunérés que cherche à créer le gouvernement du Québec nécessitent pourtant presque tous au moins une formation collégiale. « Alors que le Québec est aux prises avec un manque criant de main-d’œuvre qualifiée pour répondre aux besoins changeants de son économie, la société québécoise doit dépasser le seul objectif de diplomation du secondaire et faire de l’obtention d’un diplôme collégial la nouvelle référence. »

Où sont les garçons ?

Par ailleurs, en « un phénomène unique et dramatique au Québec », les garçons boudent particulièrement le cégep et ceux qui y vont réussissent moins bien.

« Dans les autres provinces, l’écart de diplomation de niveau collégial entre les garçons et les filles est de 3 %. Au Québec, il est de 14 % », fait observer M. Tremblay.

Au cégep, cet automne, les filles représentent 57,6 % de la population étudiante, contre 42,4 % de garçons.

Cela étant, les cégeps comptent de plus en plus sur des élèves de l’étranger pour survivre. « Sans étudiants étrangers, Matane ne serait plus un cégep », illustre M. Tremblay pour illustrer la fragilité de certains établissements.

Or, là aussi, il y a une ombre au tableau. Si les frontières sont maintenant ouvertes et que 5876 élèves de l’étranger ont fait leurs inscriptions (en hausse par rapport aux données prépandémiques), la Fédération des cégeps souligne que près du quart de ces jeunes attendent toujours leur permis d’études délivré par le gouvernement du Canada. Viendront, viendront pas ?

Manque de spécialistes

Par ailleurs, 19 500 élèves sont considérés comme en situation de handicap (ce qui inclut les handicaps physiques, neurologiques, les troubles de l’apprentissage, etc.). Bernard Tremblay se désole donc que les cégeps n’aient pas assez d’argent – ils sont à cet égard beaucoup moins bien lotis que les écoles primaires et secondaires – pour embaucher un nombre adéquat de spécialistes (psychoéducateurs, orthopédagogues, etc.).

De nombreux jeunes inscrits au cégep ont donc beaucoup de mal à suivre la parade, d’autant « que les centres de français [pour aider ceux qui ont des difficultés] implantés depuis des années n’ont pas fait leurs preuves », constate M. Tremblay.

La Fédération des cégeps est consciente que de son côté, elle doit s’assurer de rendre les cégeps « plus attirants » et les rapprocher des milieux de travail (comme cela se fait en aéronautique, note M. Tremblay) en s’arrimant davantage aux besoins réels des gens. « À 28 ans, s’inscrire à un DEC de trois ans, ce n’est pas tentant », illustre M. Tremblay.

Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps du Québec, sur…

Le cégep en français

« Nous représentons aussi bien les cégeps francophones que les cégeps anglophones. […] Le projet de loi [96] adopte une bonne posture. Pour nous, aux études supérieures, le libre choix est un principe important. [Mais la question], c’est de savoir pourquoi un jeune francophone veut aller dans un cégep anglophone. Certains ne se trouvent pas encore assez bilingues. [Les jeunes] sentent très bien cette pression du milieu du travail à avoir cette connaissance de l’anglais. Quand la Ville de Montréal communique en anglais, elle envoie un message. »

Le rayonnement du français en général

« J’ai des témoignages de directions générales de cégeps anglophones qui me disent : “Le français des anglophones qui ont fréquenté des commissions scolaires anglophones au Québec est épouvantable ; ils ne parlent pas français ou à peu près pas.” »

La vaccination obligatoire

« On n’en sent pas le besoin puisque les jeunes ont étonnamment bien répondu aux campagnes de vaccination. Il y a déjà le passeport vaccinal, le masque en classe […]. Mais si la Santé publique dit que c’est nécessaire, on va se fier à son diagnostic. »

48,2 %

Proportion des cégépiens inscrits dans un programme technique cet automne

Source : Fédération des cégeps