Québec assure agir le plus rapidement possible dans la livraison de lecteurs de dioxyde de carbone (CO2) dans le réseau scolaire. Les retards dans l’opération, qui ne sera finalement pas complétée avant la mi-décembre, seraient dus à la complexité logistique sur le terrain.

Mis à jour le 11 août 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est un processus d’envergure. On parle de 90 000 capteurs dans 4000 locaux. On a voulu faire vite, mais faire bien. Dans 90 % des cas, la ventilation est déjà adéquate », a soutenu mercredi matin le sous-ministre associé au ministère de l’Éducation, Marc Sirois, lors d’un breffage technique à Montréal.

Il affirme que le gouvernement a travaillé aussi vite que possible, mais souhaitait « une approche concertée ». « Il faut aussi laisser les fournisseurs se déployer dans les établissements. On est allés à la vitesse la plus grande qu’on pouvait pour assurer un processus de qualité », insiste M. Sirois.

Dans son « Plan pour la rentrée 2021 », le gouvernement avait promis des « détecteurs de CO2 dans toutes les classes ». Depuis peu, le site du gouvernement du Québec indique plutôt que les appareils seront installés « pendant l’année scolaire ».

Les détails de l’appel d’offres du gouvernement montrent que tous les capteurs de CO2 auront été livrés au 17 décembre. Les trois quarts devraient être acheminés aux établissements à la mi-novembre, la moitié à la mi-octobre et le quart à la mi-septembre. L’appel d’offres a été lancé le 16 juillet, alors que le ministre Jean-François Roberge annonçait le 27 mai qu’il serait lancé dans deux semaines.

Pour le chercheur spécialisé en qualité de l’air de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST), Ali Bahloul, les délais sont très justifiables. « Il faut aussi répondre à la réalité sur le terrain. Il fallait faire les choses comme il faut. Mais on l’a fait dans un temps record. »

On ne voulait pas installer des lecteurs qui vont être abandonnés par la suite. Bref, vraiment faire les choses dans les [règles] de l’art.

Ali Bahloul, chercheur à l’IRSST

« C’est le temps de cesser les campagnes de peur. Oui, on avait du travail à faire, mais on l’a fait. […] En plus d’améliorer la qualité de l’air, on va la mesurer comme on ne l’a jamais fait. Encore une fois au Québec, on sera les chefs de file », a aussi expliqué le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, mercredi. Le premier ministre François Legault, lui, a accusé les partis de l’opposition de faire un « débat exagéré » sur la qualité de l’air dans les écoles. Les deux ont promis de remplir leur promesse d’ici décembre.

Objectif 1000 ppm

À terme, Québec vise à atteindre une concentration de 1000 parties par million (ppm) dans toutes les classes. La plupart d’entre elles se situent déjà actuellement « sous les 1500 ppm », soit un taux « acceptable » selon Marc Sirois.

Ce dernier affirme que « rien n’indique qu’il y a lieu de s’inquiéter pour la qualité de l’air dans nos écoles, au contraire ». « Même dans les cas problématiques, les taux de CO2 détectés se situent bien en deçà des taux problématiques pour la santé », affirme-t-il, rappelant que Santé Canada fixe à 5000 ppm le taux au-delà duquel des risques se posent.

Dès que l’installation des capteurs sera terminée, des mesures de qualité de l’air « seront prises automatiquement [toutes les] cinq minutes, durant chaque heure de classe », a indiqué le sous-ministre. « En fonction du taux de CO2, des actions devront être entreprises par les enseignants », a-t-il souligné, en appelant à ouvrir les portes et les fenêtres au besoin.

Au Québec, 40 % des systèmes de captation sont mécaniques et 60 % sont naturels, et 359 systèmes d’échangeur d’air ont jusqu’ici été déployés dans le réseau. « Est-ce qu’on est mieux d’aller avec la ventilation mécanique ? À mon avis, non. Il faut toujours privilégier l’apport d’air frais », avance Ali Bahloul. Selon lui, la concentration de CO2 dans une classe « n’a pas forcément un impact direct sur la santé des occupants, mais peut être un indice de la mauvaise qualité de l’air s’il est en grande concentration ».

Avec La Presse Canadienne

Partis de l’opposition et syndicats en demandent plus

La porte-parole libérale en matière d’éducation, Marwah Rizqy, dit ne voir qu’une seule explication à la situation : le ministre Jean-François Roberge est « systématiquement en retard », soutient-elle. « Il ne prend pas complètement la mesure et l’urgence de s’attaquer à la transmission aérienne. Il ne comprend pas ou il ne veut pas comprendre que le virus se transmet par les aérosols. »

« Le ministre a tellement traîné sur ce dossier-là, a aussi déploré la solidaire Christine Labrie. Ça lui a pris des mois et des mois avant de reconnaître que c’était nécessaire d’installer des lecteurs de CO2. Ça paraissait qu’il avançait à reculons sur ce dossier-là. Visiblement, même quand il a dû se résoudre à annoncer qu’ils en installeraient, il n’était pas pressé non plus de lancer l’appel d’offres. »

Au Parti québécois, Véronique Hivon constate une « improvisation chronique du ministre de l’Éducation ». « C’est très grave, parce qu’on parle à la fois de la santé et de la sécurité des enfants dans les écoles, mais aussi de l’organisation de leur vie scolaire au quotidien dans la prochaine année. » Des syndicats, dont la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), ont aussi appelé Québec à « s’activer » pour la rentrée.