(Québec) Obtenir une place dans un service de garde éducatif à l’enfance n’est pas toujours facile, mais des parents d’enfants sous le spectre de l’autisme ou handicapés font également face à des défis supplémentaires en étant confrontés à des « embûches administratives interminables ».

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

La députée libérale Jennifer Maccarone, mère de deux enfants autistes aujourd’hui adultes, demande au gouvernement Legault d’étudier l’enjeu. Elle a présenté mercredi dernier à la Commission parlementaire des relations avec les citoyens un mandat d’initiative afin de documenter le parcours du combattant que vivent des familles d’enfants à besoins particuliers dans le réseau des garderies.

« Je suis vraiment bouleversée. Je reçois des témoignages crève-cœur de parents qui disent qu’il n’y a pas de place pour leur enfant », affirme Mme Maccarone à La Presse.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jennifer Maccarone, députée libérale à l’Assemblée nationale, mère de deux enfants autistes, Samuel et Bianca

Dans sa lettre qu’elle a fait parvenir à la Commission, la députée explique qu’elle est « régulièrement interpellée par des familles qui ont de jeunes enfants handicapés et qui font face à un manque de places en services de garde, subventionnées ou non ».

« Les besoins particuliers de ces enfants sont souvent des embûches supplémentaires limitant ainsi les enfants à une place en service de garde. […] Le gouvernement fait beaucoup la promotion de son programme Agir tôt, mais malheureusement, les structures en place ne permettent pas d’agir tôt pour l’ensemble des enfants handicapés qui en ont le besoin », affirme-t-elle.

L’importance de l’intégration

Mme Maccarone rappelle qu’il existe déjà trois mesures pour faciliter l’accueil et l’intégration des enfants à besoins particuliers en garderie : « l’allocation pour l’intégration d’un enfant handicapé de 59 mois ou moins dans les services de garde, la mesure transitoire pour les enfants handicapés âgés de 5 ans et la mesure exceptionnelle visant l’intégration des enfants handicapés dans les services de garde ».

« Ces mesures sont malheureusement accessibles uniquement dans les services de garde subventionnés », déplore Mme Maccarone.

Le manque de souplesse de ces mesures amène bon nombre de familles à se heurter à des embûches administratives interminables qui mettent parfois à risque l’admissibilité de l’enfant au service de garde.

Jennifer Maccarone, députée libérale

« Je sais, I’m preaching, I’m preaching, [je prêche], mais l’intégration et l’inclusion sont tellement importantes. C’est la raison de la réussite de mes enfants, c’est parce qu’ils n’ont pas été mis à part. On vit dans une société inclusive, mais il faut faire de la place pour ces enfants. Sinon, les problèmes vont s’aggraver », ajoute-t-elle.

La directrice générale de la Fédération québécoise de l’autisme, Lili Plourde, voit d’un bon œil la demande des libéraux afin que les parlementaires se saisissent du mandat d’initiative. Concrètement, les députés de la Commission recevraient des groupes informés sur le sujet afin de documenter la réalité des parents d’enfants autistes lors de brèves consultations publiques. Jennifer Maccarone suggère d’inviter la Fédération, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), Autisme Québec et Autisme Montréal, le Protecteur du citoyen, l’Association des garderies privées du Québec (AGPQ) et la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec.

Des consultations en cours

À la fin du mois d’avril, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a également annoncé la tenue d’une consultation publique sur l’avenir du réseau des services de garde éducatifs à l’enfance. Il a aussi déclaré l’hiver dernier qu’il déposerait à l’automne un projet de loi et un livre blanc qui entameront « la plus importante réforme depuis la création du réseau ».

Pour Jennifer Maccarone, un mandat d’initiative portant spécifiquement sur la question des enfants à besoins particuliers n’est pas incompatible avec la démarche du ministre.

Selon elle, l’exercice serait limité dans le temps et permettrait de produire des données pour guider le gouvernement dans l’élaboration de son livre blanc.

À propos d’un autre problème, c’est-à-dire la pénurie de places à offrir dans les services de garde, Mathieu Lacombe a également annoncé lundi que le gouvernement se tournait vers la création de places temporaires. Il s’agit essentiellement d’installer les enfants dans des locaux d’une municipalité, et ce, pour une durée indéterminée, en attendant qu’un projet de construction ou d’agrandissement d’un centre de la petite enfance (CPE) soit réalisé et prêt à les accueillir.

Avec La Presse Canadienne