(Québec) La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, s’inquiète que des professeurs d’université s’autocensurent dans le cadre de leurs fonctions. Pour assurer la protection de la liberté universitaire, elle met sur pied un comité d’experts afin de produire un état des lieux.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Cette annonce survient alors que le débat sur l’utilisation de certains mots en contexte universitaire, notamment le mot qui commence par N, a fait les manchettes ces derniers mois. Se disant préoccupée par la situation, Mme McCann a confirmé mardi que le vice-recteur aux partenariats, aux affaires internationales et autochtones de l’Université du Québec à Chicoutimi, Alexandre Cloutier, présiderait le comité d’experts sur la reconnaissance de la liberté académique.

« Ce que je crains, c’est que les professeurs s’autocensurent. D’ailleurs, il y a un peu de ce phénomène actuellement et ce n’est pas bon pour notre société », a affirmé mardi la ministre.

Alexandre Cloutier, ancien député péquiste qui a quitté la vie politique en 2018, sera accompagné au comité par Yves Gingras, professeur titulaire au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal, Chantal Pouliot, professeure titulaire au département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval, Aline Niyubahwe, professeure à l’Unité d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et d’un étudiant, qui n’a toujours pas été choisi.

Pas de mots à l’Index

Alexandre Cloutier a affirmé mardi que « les préoccupations exprimées au cours des derniers mois méritent d’être documentées et approfondies ». Il obtient le mandat d’établir un état des lieux de la liberté de l’enseignement, mais aussi « de proposer au gouvernement des mécanismes à mettre en place dans chaque établissement afin d’appliquer les dispositions relatives à la liberté académique ».

Les travaux du comité débuteront ce mois-ci et se termineront par le dépôt d’un rapport avant la fin de l’année 2021. En février, le premier ministre François Legault avait affirmé à La Presse qu’il voulait envoyer un « signal fort » pour la liberté de l’enseignement, privilégiant pour ce faire la rédaction d’un énoncé gouvernemental plutôt qu’une loi.

Le comité mis en place par Québec procédera au cours des prochains mois à des consultations publiques, sur invitation. Les experts qui présenteront des mémoires auront-ils la liberté d’utiliser tous les mots qu’ils souhaitent, notamment le mot qui commence par N ? M. Cloutier n’a pas répondu à cette question. « Il y aura des règles, absolument, qui seront applicables » pour le bon déroulement des travaux, a-t-il dit.

Dans tous les cas, a précisé M. Cloutier, « bannir des mots ou la censure n’a pas sa place » à l’université.