(Montréal) La pandémie de COVID-19 a accru les écarts entre les élèves qui font bonne figure et ceux en difficulté, mais selon le spécialiste Égide Royer, la crise sanitaire représente une occasion de « rebrasser » les cartes et d’améliorer la réussite.

Vicky Fragasso-Marquis
La Presse Canadienne

« C’est vraiment le moment de faire le point », estime le professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.

M. Royer est le président d’honneur du congrès annuel de l’Institut des troubles d’apprentissage, qui se déroule virtuellement de mercredi à vendredi prochain.

Lors de la conférence d’une heure qu’il offrira mercredi matin, M. Royer exposera une « feuille de route » visant à inclure et faire réussir ces élèves, car le problème était déjà criant avant la pandémie.

Le professeur et psychologue croit qu’il faudra plusieurs années pour rattraper les retards accumulés pendant la pandémie.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Égide Royer

« Si ça va bien, on aura toujours à peu près 38 % des jeunes qui auront un diplôme du secondaire après sept ans, ça n’aura pas empiré », a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

Si ça va bien au niveau du décrochage scolaire on sera restés à 47 %, mais par la suite il va falloir que ces chiffres-là changent.

Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval

En attendant la fin de la pandémie, M. Royer suggère notamment de mettre en place des camps d’été pédagogiques pour stimuler les élèves en difficulté pendant l’été, une période, où, même en temps normal, ils prennent un mois et demi à deux mois de retard par rapport aux autres.

« Dans ce camp d’été là, outre les activités estivales agréables, on va continuer à lire, à utiliser des activités d’écriture qui ont du sens en fonction de ce qu’on fait. Si on va regarder les étoiles le soir, on va lire sur les étoiles le jour », a-t-il précisé.

Il croit aussi qu’il serait important pour les orthopédagogues de reprendre leurs fonctions premières auprès des élèves en difficulté plutôt qu’ils enseignent dans des classes remplies.

Dans la feuille de route qui sera présentée par M. Royer au congrès, il sera notamment question de maintenir à l’école secondaire les jeunes de 15 à 18 ans en difficulté, plutôt que de les envoyer à l’école pour adultes.

Le spécialiste souhaite également que l’on se préoccupe de la sous-scolarisation des garçons. 

On ne peut pas garder un écart de 12, 13, 14 points de pourcentage entre les taux de diplomation des filles et des gars, ça n’a pas de bon sens.

Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval

« En Colombie-Britannique, c’est un écart de quatre points de pourcentage. En Ontario, c’est peut-être cinq, six points. »

M. Royer propose entre autres de mieux rejoindre les centres d’intérêt des garçons. Par exemple, les garçons aiment lire des bandes dessinées, alors que les filles préfèrent moins ce genre de livres, ce qui n’est pas nécessairement pris en compte en ce moment.

Lors de ce congrès de trois jours, il sera bien sûr question de la pandémie, mais la directrice générale de l’Institut des troubles d’apprentissage Lucille Doiron souligne que plusieurs autres thèmes seront abordés, dont toutes les nouvelles pratiques et découvertes pour mieux inclure ces enfants dans le milieu scolaire.

« Ce sont des façons de faire nouvelles qui sont proposées au congrès et qui seront mises de l’avant », a-t-elle indiqué en entrevue.

« Toutes les pratiques inclusives qui font en sorte que la façon de travailler répond à l’ensemble des besoins particuliers des élèves, à l’ensemble de la classe, mais en plus répond aux besoins particuliers de chacun. »

Le congrès présentera un total de 120 conférences, auxquelles participeront notamment la rameuse Mylène Paquette et la directrice du Centre d’études sur le stress Sonia Lupien. Plusieurs experts internationaux seront également du nombre.

Les gens qui seraient intéressés à visionner le congrès pourront le faire jusqu’à dix jours après l’évènement, soit jusqu’au 5 avril, mentionne Mme Doiron.