(Sherbrooke) Quand on pense à la pratique du droit et au système judiciaire, où le télécopieur et le papier font toujours partie du quotidien, on n’associe pas nécessairement ce domaine d’activité à l’innovation et au changement. Pour tenter d’accélérer les choses, l’Université de Sherbrooke s’est associée à deux cabinets d’avocats pour créer le Laboratoire d’innovation juridique (Lab. IJ).

Ugo Giguère, Initiative de journalisme local
La Presse Canadienne

Il ne s’agit pas ici d’une énième chaire de recherche, mais plutôt d’un point de convergence pour attirer les idées nouvelles et surtout soutenir les étudiants créatifs cherchant à faire progresser la pratique du droit sous toutes ses formes.

Les grands objectifs poursuivis par le Lab. IJ sont de stimuler l’entrepreneuriat et l’innovation chez les étudiants de la faculté de droit, mais pas en vase clos. Les activités sont ouvertes à tous les étudiants de l’université dans le but de favoriser la collaboration interdisciplinaire. Le regroupement de services de juristes, comptables, notaires et autres experts en ressources humaines est d’ailleurs de plus en plus courant au sein de grands cabinets du Québec.

Le professeur agrégé et spécialiste du droit des affaires, Patrick Mignault, explique que les compétences en entrepreneuriat sont « de plus en plus importantes dans la pratique du droit », mais que cela « ne ressort pas nécessairement clairement de nos enseignements ».

Tout en admettant que le cursus de la faculté de droit soit déjà exigeant, le coresponsable du laboratoire croit que les étudiants comprennent l’utilité de développer de telles compétences en parallèle. « Plusieurs avocats doivent devenir des entrepreneurs, soit à titre personnel ou au sein d’une grande entreprise », donne-t-il en exemple.

Me Yannick Crack, directeur de l’Estrie du cabinet Therrien Couture Joli-Cœur, confirme cet appétit pour l’innovation et la fibre entrepreneuriale au sein de son équipe.

« Ça fait partie de nos valeurs d’innover dans la pratique du droit. On veut être d’importants agents de changement », partage l’avocat lui-même diplômé de l’UdeS. Pour y arriver, il dit être à la recherche « de gens qui essaient d’innover, de penser en dehors de la boîte » et c’est pour cette raison que son cabinet s’est associé au Lab. IJ.

Des projets innovants

De façon concrète, au-delà de la promotion de l’innovation, le laboratoire se veut une ressource d’aide au développement de projets initiés par des étudiants. On veut intéresser des étudiants de toutes les facultés, que ce soit en génie, en informatique ou en gestion par exemple, à avoir le réflexe de penser aux applications possibles de leurs idées dans le domaine du droit.

Si un étudiant de la faculté est impliqué dans l’équipe derrière un projet innovant, le Lab. IJ peut lui donner un élan en mettant son réseau de contacts à contribution. « On a des petits fonds pour les aider, mais on a surtout des canaux pour les mettre en contact avec des gens qui pourraient les appuyer financièrement », précise le professeur Patrick Mignault.

Encore une fois, Me Yannick Crack emboîte le pas et ouvre la porte à une certaine forme de mentorat de son cabinet pour soutenir d’éventuels projets soumis à l’équipe du laboratoire.

Transformation lente

Comme on le soulignait précédemment, le domaine du droit n’est pas un exemple d’évolution rapide. De l’avis du professeur Mignault, plusieurs facteurs peuvent expliquer l’immobilisme des modes de fonctionnement et des méthodes de travail, dont une culture conservatrice et traditionaliste, mais aussi des enjeux pratiques comme la protection d’informations confidentielles et sensibles. Ainsi, le télétravail rendu inévitable par la pandémie reste complexe à mettre en œuvre s’il faut multiplier les accès à distance à des serveurs hautement sécurisés.

À ce sujet, le Lab. IJ tient actuellement un concours, jusqu’au 15 février, visant à recueillir les meilleures idées pour favoriser le télétravail dans la pratique du droit.

De son côté, Me Crack se fait philosophe en rappelant que « l’humain est bien dans ses pantoufles et qu’on attend souvent d’être mis au pied du mur pour changer les choses ». Voilà pourquoi on aura eu besoin d’une pandémie pour tenir des audiences en visioconférence et forcer les avocats à embrasser le télétravail.

Les deux hommes sont cependant d’accord sur le fait que la nouvelle génération de juristes brasse la cage. Selon Yannick Crack, le système judiciaire « vit une cure de rajeunissement » et les cabinets doivent aussi s’adapter aux attentes différentes de cette génération en matière de ressources humaines.

Pour Patrick Mignault, les juristes de demain doivent absolument réfléchir à la manière d’intégrer la technologie dans leur travail. Il souligne notamment l’utilité d’outils pour la rédaction automatisée de contrats ou de logiciels d’aide à la prise de décisions qui s’appuient sur des données statistiques.

De nombreuses tâches de base qui grugent beaucoup de temps de travail pourraient être rendues plus efficaces si seulement la profession accepte de faire le saut dans le 21e siècle.