C’est lundi que les 422 000 élèves du secondaire de la province retourneront en classe. École à distance une journée sur deux. Mesures sanitaires strictes. Disparition de toute activité parascolaire. Pour de nombreux élèves, cette année scolaire hors normes est remplie de défis, mais aussi de déceptions. Visite à l’école secondaire Arthur-Pigeon, à Huntingdon, pour voir comment ces jeunes s’en tirent.
Un dossier d’Ariane Lacoursière et d’Olivier Jean

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Olivier Jean Olivier Jean
La Presse

Chercher la motivation, une journée sur deux

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La démotivation est palpable chez certains élèves.

Dans les longs corridors de l’école Arthur-Pigeon, à Huntingdon, des grappes d’adolescents circulent bruyamment, un masque au visage. Dans les haut-parleurs, la musique de La Bottine souriante se fait entendre. En cette mi-décembre, on tente d’avoir le cœur à la fête.

La technicienne en loisirs de l’école, Sabrina Robidoux, tient une activité de « photobooth » dans le hall d’entrée. Les élèves sont invités à se faire photographier ensemble, à deux mètres d’écart. Depuis le début de cette année scolaire pandémique, Mme Robidoux use d’imagination pour « faire vivre des choses positives » aux élèves.

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La technicienne en loisirs Sabrina Robidoux et Camille Vincent, une élève, lors d'une activité de « photobooth » dans le hall d’entrée de l'école.

Parce que pour beaucoup, les confinements successifs et les mesures sanitaires imposées sont difficiles à vivre. « Ils sont plus négatifs. Tout les affecte plus. […] Ils vivent tellement de choses qu’ils sont moins tolérants », raconte Mme Robidoux.

Il y a plus de chicanes d’amis. Plus d’anxiété aussi. Il ne faut pas généraliser. Mais on le sent.

 Karine Hulman, conseillère en orientation depuis 20 ans

Le directeur de l’école, Dominic Tremblay, confirme qu’il y a « plus de conflits » chez les jeunes. « C’est exacerbé par le stress. Les élèves sont plus à fleur de peau », dit-il.

Il faut dire que les derniers mois ont été mouvementés pour les 422 000 élèves du secondaire de la province. Les cours en présence ont pris fin abruptement au printemps dernier. Ils ont repris à l’automne, mais les plus vieux viennent une journée sur deux à l’école. Les activités parascolaires ont été annulées. En décembre, des journées d’école à distance ont été ajoutées. Les cours en personne devaient reprendre le 11 janvier, mais ce n’est finalement que lundi qu’ils reprendront.

À l’école Arthur-Pigeon, que La Presse a visitée avant les Fêtes, on rapporte que l’année est particulièrement pénible pour les élèves de 3e à 5e secondaire, qui viennent à l’école une journée sur deux. « Socialiser, c’est de ça qu’ils ont besoin », dit Sabrina Robidoux. « Pour la motivation, c’est plus dur. Les notes sont moins bonnes. Certains disent qu’ils pensent lâcher l’école », témoigne Mme Hulman.

Un découragement général

À la bibliothèque, six élèves sont réunis pour raconter leur année singulière. Marianne Brault est du lot. Pour la jeune de 4e secondaire, les 10 derniers mois n’ont été qu’une succession de déceptions. À 15 ans, elle faisait partie de l’équipe midget AAA de hockey du Lac-Saint-Louis quand la pandémie a frappé en mars.

Du jour au lendemain, le monde de Marianne s’est écroulé. Et la deuxième vague, qui a anéanti tout espoir d’une année plus normale à l’école et dans le sport, l’a complètement atterrée (voir onglet suivant).

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Pour Marianne Brault, les 10 derniers mois n’ont été qu’une succession de déceptions.

Le côté social est important à notre âge. On a besoin de voir du monde. De faire des câlins. C’est dur pour le côté moral. Pour la santé mentale, mais physique aussi.

Marianne Brault

Le directeur Dominic Tremblay voit bien à quel point l’année est difficile pour un grand nombre de ses 560 élèves. Il rappelle que la mission de l’école québécoise est d’instruire, de socialiser et de qualifier. « C’est une année hors normes. Ce n’est pas la faute de personne. Mais on ne peut pas vraiment bien faire la socialisation », dit-il.

Chez Tel-jeunes, on note une hausse de 25 % à 30 % des contacts (appels de jeunes en détresse, courriels et autres) depuis mars. Et 11 % des interventions concernent des jeunes avec des idées suicidaires contre 7 % en temps normal. Coordonnatrice expertise et innovation à Tel-jeunes, Myriam Day Asselin explique qu’en perdant leurs activités parascolaires, les élèves du secondaire ont perdu « toutes les stratégies qu’ils utilisent habituellement pour aller mieux ».

« Ils n’ont plus de stratégie pour s’adapter. C’est directement relié au fait qu’on voit plus de déprime, plus d’anxiété », dit-elle. Les jeunes qui appellent ces dernières semaines à Tel-jeunes « ne voient pas la lumière au bout du tunnel ». « Ils se disent : ça va continuer d’être ça pendant longtemps. Il y a comme un découragement général. »

Président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Nicolas Prévost mentionne que certes, les vaccins sont arrivés et apportent une lueur d’espoir. « Mais les ados, ils sont plus dans le moment présent. Eux, ils ne la voient pas, la différence, dans les écoles. »

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Margot McCaffrey devant les élèves de sa classe d’anglais de secondaire 2.

La difficile école à distance

Quand on parle aux élèves de l’école Arthur-Pigeon, on comprend rapidement que la différence entre aller à l’école une journée sur deux comme les plus grands ou tous les jours est majeure pour la motivation.

Dans la classe d’anglais de 2e secondaire de l’enseignante Margot McCaffrey, les jeunes vivent plutôt bien leur année scolaire pandémique. Vêtu de son chandail de Mario Bros., Zach-Éric Laplante rapporte que les écrans prennent plus de place que d’habitude dans sa vie. Mais sinon, pas de drame majeur en vue.

Dans la classe de 5e secondaire de la même enseignante, l’ambiance est tout autre. La démotivation est palpable. Au dernier rang, un élève dort presque sur son bureau. Alors que la moitié de la classe doit théoriquement être présente le jour de notre visite, seule une poignée d’élèves y est. Les autres sont en train de faire une reprise d’examen de mathématiques. Ils ont manqué de nombreuses journées d’école dans les récentes semaines et doivent se reprendre.

Itan Piscopo, 17 ans, explique que faire sa 5e secondaire en allant à l’école une journée sur deux est dur. Très dur.

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Itan Piscopo, 17 ans, explique que faire sa 5e secondaire en allant à l’école une journée sur deux est dur.

C’est l’année la plus importante. À la maison, on n’a pas la même motivation. Tu as plus de distractions.

 Itan Piscopo

Sans compter que de nombreux finissants ont totalement renoncé à leur rêve d’un bal à la fin de l’année.

Chez Tel-jeunes, les élèves qui appellent parlent beaucoup de démotivation scolaire. Beaucoup « se sentent impuissants face à l’écran ». « Il y a même des jeunes qui nous disent qu’ils ont l’impression de ne plus apprendre », note Mme Day Asselin. Elle ajoute que les jeunes du secondaire font partie d’une « génération qui se met énormément de pression de performance ». Les contraintes de cette année sont pour eux « un peu un coup de grâce », dit-elle.

Au stress de réussir s’ajoutent les tensions à la maison. « Les parents en télétravail, ça fait que ça exacerbe les conflits à la maison. Ce n’est pas un lieu propice à l’apprentissage », note Mme Day Asselin.

En étant moins à l’école, certains jeunes trouvent aussi le temps de travailler. Pratiquement tous les élèves de Mme McCaffrey travaillent à temps partiel. L’une travaille dans une fruiterie, 20 heures par semaine. Un autre en construction. Depuis le début de la pandémie, presque tous ont augmenté leur nombre d’heures.

Le spectre du décrochage

À la mi-novembre, la FQDE s’inquiétait de « l’effet dévastateur » de la pandémie sur la réussite scolaire des élèves. Le groupe rapportait des taux d’échec de 30 % contre une moyenne habituelle de 10 %.

Afin d’atténuer ces effets, Québec a annoncé différentes mesures la semaine dernière. Le premier bulletin a été reporté à début février et vaudra finalement moins de 50 % de la note finale. Les examens du Ministère seront annulés. Des mesures qui soulagent les directeurs d’école. « Ça vient donner un peu d’air aux élèves et aux enseignants », dit le président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE), Carl Ouellet.

À Huntingdon, tout le personnel est mobilisé pour tenter d’éviter les effets de la pandémie sur la réussite. Les intervenants d’Arthur-Pigeon gardent un œil sur les décrocheurs potentiels. Chaque année, environ une dizaine d’élèves quittent l’école avant la fin de l’année. Avant Noël, de 15 à 20 d’entre eux avaient déjà abandonné. Mais M. Tremblay dit rester optimiste et croit qu’une explosion des abandons pourra être évitée.

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Dominic Tremblay, directeur de la polyvalente Arthur-Pigeon à Huntingdon, avec les professeurs

« Je constate aussi que l’école reste à peu près la seule activité sociale en personne qui leur reste. En ce sens, l’école sera peut-être plus une bouée ce printemps pour certains élèves. »

Malgré tous ces défis, M. Tremblay est renversé de voir à quel point ses élèves et ses enseignants sont résilients. « Les élèves acceptent les mesures sanitaires. Ils pensent plus au “ nous ” qu’au “ je ”. C’est un bel apprentissage », dit-il.

Il faut penser aux gens plus en danger. Il ne peut pas juste penser à nous, le premier ministre.

Camille Vincent, élève de 4e secondaire

Pour M. Prévost, la pandémie a fait réaliser aux jeunes que « l’école, c’est pas si plate que ça ». « Il faut vivre des choses comme ça des fois pour le réaliser », dit-il.

Quel taux de décrochage ?

La Presse a tenté de mesurer l’impact de la pandémie sur les abandons scolaires en demandant les taux de décrochage actuels pour différents centres de services scolaires de la province. L’exercice a été difficile. Certains établissements ont dit ne pas posséder ces données pour l’année en cours. Beaucoup ont exigé que l’on formule une demande d’accès à l’information. D’autres ont mentionné que l’information ne serait disponible qu’en juin, ou après le premier bulletin en février. Seul le centre de services scolaire des Grandes-Seigneuries a rapporté que 98 élèves des écoles secondaires avaient abandonné l’école l’an dernier contre 103 cette année. « Ces données ne nous permettent pas de confirmer que les effets de la COVID-19 se font sentir à ce sujet à ce moment-ci », a expliqué la porte-parole, Hélène Dumais.

BESOIN D’AIDE ?

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez appeler le numéro sans frais suivant pour parler à quelqu’un : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).
— Tel-jeunes
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Le cruel deuil des sports

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Marianne Brault, chez elle, à Saint-Louis-de-Gonzague. L’élève va à l’école une journée sur deux et suit ses cours à distance le reste du temps.

Mercredi matin, 10 h. Marianne Brault, 15 ans, est assise à l’îlot de la cuisine de sa maison de Saint-Louis-de-Gonzague. Elle assiste à distance à son cours d’éthique et culture religieuse. Elle prend des notes. Son enseignante est dynamique et tente de maintenir l’attention de sa classe virtuelle.

Depuis septembre, Marianne va à l’école une journée sur deux et suit ses cours à distance le reste du temps. Conserver sa motivation est un combat de tous les instants pour la jeune élève. D’autant que depuis septembre, elle a dû mettre une croix sur sa passion : le hockey.

« Je suis plus fatiguée. Je n’ai pas d’énergie. Je suis moins motivée à sortir. Je n’ai pas de but, on dirait. »

Marianne pratique le hockey depuis qu’elle a 4 ans. Elle évoluait dans le midget AAA féminin. « J’ai toujours bougé beaucoup. C’est ma manière de me sentir bien […] Le hockey, ça prenait de la place dans ma vie. Je mangeais à telle heure pour être prête pour mes pratiques ou mes matchs. Je faisais beaucoup d’efforts à l’école, mais je savais que le soir, je ferais ce que j’aime », dit Marianne.

Sa mère, Nancy Ashton, le confirme : la disparition du hockey a passablement chambardé la routine de Marianne et de la famille.

« Notre vie était centrée sur le hockey. » Quand le premier confinement a frappé, en mars, le choc familial a été grand. « En même temps, au début, ça nous donnait de l’air. On pouvait souper en famille, ce qu’on ne fait jamais », relate Mme Ashton.

Mais à partir de la deuxième vague, à l’automne, l’ambiance a changé.

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Nancy Ashton et sa fille, Marianne Brault

Ça m’a vraiment découragée. Je me demandais tout le temps quand ça allait finir. Je n’avais plus de motivation.

Marianne Brault

Peu après la rentrée, Marianne a essayé de faire bouger les choses. Elle a envoyé, avec d’autres élèves de son école, une vidéo au premier ministre François Legault pour lui expliquer à quel point la perte des sports était dommageable pour les jeunes. « On a voulu montrer ce que le sport nous amène de positif dans la vie », dit-elle. Le premier ministre a répondu dans une lettre qu’il comprenait la situation et qu’il faisait tout en son possible pour aider.

Une réponse qui a satisfait Marianne et ses camarades. « On comprend qu’il y a une situation grave. Qu’il faut protéger les personnes fragiles. Mais on trouve ça dur », dit-elle.

Des parents démunis devant la détresse

Les parents de Marianne remarquent que leur fille est de plus en plus souvent dans sa chambre depuis la rentrée. Ils tentent de la faire bouger. De lui proposer des activités. Elle a commencé à donner un coup de main dans la ferme familiale. Mais à part la marche, les options sont peu nombreuses.

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Christian Brault, père de Marianne

On leur demande de sortir de leur chambre, mais pour faire quoi ? C’est dur comme parent. Tu vois ton enfant se refermer sur elle, mais tu n’as pas d’option pour l’aider.

Christian Brault, père de Marianne

« C’était difficile de voir une enfant qui s’entraîne six fois par semaine, qui a fait le camp de Hockey Québec, une fille qui rayonne et qui a des amis… devenir si triste. Voir son enfant aussi dépourvue, c’est dur pour une mère », raconte Mme Ashton en ne pouvant contenir ses larmes.

Aujourd’hui, Marianne affirme qu’elle ne se sent « pas vraiment mieux ».

Sa famille a certes loué quelques glaces à l’aréna durant les Fêtes. Elle a pu jouer des parties avec son père, ses deux frères aînés et sa mère.

Mais avec le nouveau confinement annoncé, « on n’a plus vraiment de sport ». « Tout ce qu’on utilisait pour se remonter le moral, on ne l’a plus, déplore Marianne. Je comprends qu’il faut protéger les gens. Mais on devrait nous laisser certaines choses. Pour nous donner une lueur d’espoir. Peut-être garder les arénas ouverts ? »

Mme Ashton comprend que la situation est exceptionnelle. Mais pour elle, il faut de façon urgente mettre l’accent sur la santé mentale des jeunes. La semaine dernière, Québec a annoncé la création d’une application de soutien psychosocial. Selon Mme Ashton, les écoles devraient aussi envisager l’enseignement de notions comme la résilience.

En attendant, Marianne tente de rester motivée en pensant à s’inscrire au cégep Limoilou, au collège John-Abbott ou à André-Laurendeau où elle pourra jouer au hockey. Et surtout, elle envisage de retourner à l’école lundi et d’enfin revoir ses amis. « Avec les cas qui augmentent, je m’attendais à retourner bien plus tard que ça à l’école. Tant mieux », dit-elle.

La disparition du « club social »

Dans une région rurale comme celle de Huntingdon, où la majorité des élèves habitent dans de petites municipalités éloignées les unes des autres, l’école est un point central de leur vie sociale. Et la perte des activités parascolaires, combinée avec l’école une journée sur deux pour les plus vieux, pèse lourd.

  • Au début de l’année à l’école secondaire Arthur-Pigeon, plus de la moitié des 540 élèves s’étaient inscrits à l’une des nombreuses activités parascolaires de l’établissement. Mais avec la pandémie, tout a dû être abandonné. De l’équipe de soccer aux ateliers de photos, en passant par l’harmonie et le club de course. Pour bouger, Hugo Pilon-Gagné, 15 ans, doit se contenter d’un accès occasionnel au gymnase le midi. Avec sa bulle-classe. Il s’entraîne aussi seul à la maison. « Mais c’est moins motivant parce que tu n’as pas le groupe », dit celui qui a couru en 2019 le Grand Défi Pierre Lavoie.

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    Au début de l’année à l’école secondaire Arthur-Pigeon, plus de la moitié des 540 élèves s’étaient inscrits à l’une des nombreuses activités parascolaires de l’établissement. Mais avec la pandémie, tout a dû être abandonné. De l’équipe de soccer aux ateliers de photos, en passant par l’harmonie et le club de course. Pour bouger, Hugo Pilon-Gagné, 15 ans, doit se contenter d’un accès occasionnel au gymnase le midi. Avec sa bulle-classe. Il s’entraîne aussi seul à la maison. « Mais c’est moins motivant parce que tu n’as pas le groupe », dit celui qui a couru en 2019 le Grand Défi Pierre Lavoie.

  • « Ici, l’école, c’est un peu le club social de la région », dit Maude Gravel, coordonnatrice des équipes sportives des Frontaliers de l’école Arthur-Pigeon et professeure d’adaptation scolaire.

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    « Ici, l’école, c’est un peu le club social de la région », dit Maude Gravel, coordonnatrice des équipes sportives des Frontaliers de l’école Arthur-Pigeon et professeure d’adaptation scolaire.

  • Pour Camille Vincent, qui veut être enseignante plus tard, la perte des activités parascolaires a été une véritable gifle. La jeune femme est impliquée dans tous les comités et groupes possibles. Dans les corridors de l’école, tout le monde la connaît. « Mon engagement m’amenait une motivation », dit-elle. Camille Vincent habite dans une ferme laitière à Franklin, un village isolé. « On ne sort pas. Et voir du monde, c’est difficile. Tout est loin. Je vois mes amis juste à l’école », dit-elle.

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    Pour Camille Vincent, qui veut être enseignante plus tard, la perte des activités parascolaires a été une véritable gifle. La jeune femme est impliquée dans tous les comités et groupes possibles. Dans les corridors de l’école, tout le monde la connaît. « Mon engagement m’amenait une motivation », dit-elle. Camille Vincent habite dans une ferme laitière à Franklin, un village isolé. « On ne sort pas. Et voir du monde, c’est difficile. Tout est loin. Je vois mes amis juste à l’école », dit-elle.

  • Les parents de Camille estiment que de leurs trois enfants, c’est justement celle-ci – elle qui est la plus impliquée –, qui vit le plus durement la pandémie. « Après le printemps, je craignais qu’elle fasse une dépression. Le côté social lui manquait beaucoup […] Camille, elle vit de l’école », raconte sa mère, Nancy Campion.

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    Les parents de Camille estiment que de leurs trois enfants, c’est justement celle-ci – elle qui est la plus impliquée –, qui vit le plus durement la pandémie. « Après le printemps, je craignais qu’elle fasse une dépression. Le côté social lui manquait beaucoup […] Camille, elle vit de l’école », raconte sa mère, Nancy Campion.

  • Mme Campion et son mari, Mathieu Vincent, ont aussi des inquiétudes pour leurs fils, en première secondaire, pour qui l’école est moins intéressante. Pour lui, chaque journée où l’école doit être faite à distance est un défi. Les parents, et parfois Camille, doivent se démener pour aider le garçon dans ses apprentissages. « C’est sûr qu’avec tout ce qui se passe, l’écart va se creuser entre les élèves en difficulté et les autres », affirme M. Vincent.

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    Mme Campion et son mari, Mathieu Vincent, ont aussi des inquiétudes pour leurs fils, en première secondaire, pour qui l’école est moins intéressante. Pour lui, chaque journée où l’école doit être faite à distance est un défi. Les parents, et parfois Camille, doivent se démener pour aider le garçon dans ses apprentissages. « C’est sûr qu’avec tout ce qui se passe, l’écart va se creuser entre les élèves en difficulté et les autres », affirme M. Vincent.

  • Professeure de musique à l’école secondaire Arthur-Pigeon, Catherine Malenfant explique que l’une des activités très appréciées des élèves chaque année est l’harmonie. Cette année, le groupe ne peut plus répéter. Finis aussi les compétitions à l’extérieur et les camps musicaux, où les élèves vivent et répètent à l’école pour un week-end. Cette année, tout est sur la glace. « Accepter ça, c’est difficile », dit Mme Malenfant, dans son local rempli d’instruments de musique. En cette année pandémique, les instruments à vent doivent aussi être majoritairement remisés, au grand dam de Mme Malenfant.

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    Professeure de musique à l’école secondaire Arthur-Pigeon, Catherine Malenfant explique que l’une des activités très appréciées des élèves chaque année est l’harmonie. Cette année, le groupe ne peut plus répéter. Finis aussi les compétitions à l’extérieur et les camps musicaux, où les élèves vivent et répètent à l’école pour un week-end. Cette année, tout est sur la glace. « Accepter ça, c’est difficile », dit Mme Malenfant, dans son local rempli d’instruments de musique. En cette année pandémique, les instruments à vent doivent aussi être majoritairement remisés, au grand dam de Mme Malenfant.

  • Pour la conseillère en orientation Karine Hulman, les activités parascolaires peuvent littéralement sauver des jeunes du décrochage. « Ceux qui étaient à risque avant, on les rattrapait avec autre chose : le parascolaire, les arts, le sport… On n’a plus ces outils. » Pour elle, les élèves vont à l’école pour apprendre, oui, mais « surtout pour le reste ». « Pour plusieurs, le sens, c’est les amis et les activités », dit-elle.

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    Pour la conseillère en orientation Karine Hulman, les activités parascolaires peuvent littéralement sauver des jeunes du décrochage. « Ceux qui étaient à risque avant, on les rattrapait avec autre chose : le parascolaire, les arts, le sport… On n’a plus ces outils. » Pour elle, les élèves vont à l’école pour apprendre, oui, mais « surtout pour le reste ». « Pour plusieurs, le sens, c’est les amis et les activités », dit-elle.

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