Avec un taux de positivité de 12,3 % sur l’ensemble de l’île de Montréal au cours des 28 derniers jours, la fréquentation scolaire, qui demeure obligatoire, est-elle sécuritaire ?

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Le taux de positivité est l’un des indicateurs les plus importants : il représente le nombre de personnes qui sont déclarées positives par rapport au nombre de tests effectués en une journée. Au-delà de 3 %, l’Organisation mondiale de la santé estime que des confinements régionaux ou d’autres mesures sont nécessaires.

Or, pour les 12 derniers jours, le taux de positivité à Anjou atteint par exemple 16,7 % et à Montréal-Nord, 18 % en date du 5 janvier, selon le site internet de la Santé publique de Montréal.

Parce que la pandémie ne donne aucun signe de ralentissement en Ontario, le premier ministre Doug Ford a décidé que les écoles du sud de la province resteraient fermées jusqu’au 25 janvier. Entre autres facteurs préoccupants en Ontario se trouve l’augmentation importante de ce taux de positivité, chez les enfants de 4 à 11 ans.

À la fin novembre, il était de 5,22 % dans la province pour ce groupe d’âge. À la fin décembre, il avait bondi à 15,66 %.

À New York, le syndicat des enseignants réclame quant à lui la fermeture des écoles si le taux de positivité continue d’être autour de 9 %.

Sur les réseaux sociaux et dans les reportages des derniers jours, les parents sont partagés, certains s’inquiétant surtout des retards scolaires, d’autres, surtout du risque de transmission à l’école.

Vérification faite auprès du ministère de l’Éducation, le gouvernement exige comme depuis le début un billet de médecin pour les enfants qui ne rentreront pas à l’école.

Jeudi, il n’a pas été possible d’obtenir la perspective de la Direction de santé publique de Montréal sur la rentrée scolaire. Sur Twitter, sa directrice, Mylène Drouin y est allée d’une déclaration générale, disant qu’« on a tous la même raison de respecter les nouvelles mesures : en finir avec la pandémie ! ».

Le pire scénario ?

Benoît Mâsse, chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au CHU Sainte-Justine et professeur de santé publique à l’Université de Montréal, ne cache pas qu’il aurait préféré que les écoles restent fermées deux semaines de plus.

En décembre, rappelle-t-il, avec un collègue, il a soumis neuf scénarios à l’Institut national de santé publique du Québec. Des neuf scénarios, « c’est le pire qui se produit ».

Il est cependant conscient que les retards scolaires sont préoccupants et, oui, ses enfants retourneront en classe. Avec des adolescents, note-t-il, « l’école offre au moins un certain encadrement. S’ils ne sont pas à l’école, ils se promènent un peu partout dans le quartier. » Le DAlex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et professeur à l’Université de Sherbrooke, estime que « le fait que plus d’élèves devront porter le masque et que la vaccination devrait s’accélérer devraient aider beaucoup ».

Il reste à espérer que la ventilation est à point dans les écoles, parce qu’une proportion significative des éclosions y sont survenues.

Le DAlex Carignan, microbiologiste et infectiologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Mais il insiste : à l’école comme dans les hôpitaux et CHSLD, la meilleure des ventilations ne peut rien si la distanciation physique n’est pas respectée. Les aérosols dont on s’inquiète sont essentiellement de courte portée, rappelle le Dr Carignan.

Un modèle tout chaud émanant des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, aux États-Unis, plaide aussi pour une discipline accrue quant aux masques et à la distanciation physique. Selon ce modèle, 59 % de toutes les transmissions auraient pour origine une personne ne présentant pas de symptômes.

Le 23 décembre, le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (une agence de l’Union européenne) écrivait que les fermetures d’écoles doivent être décidées en tout dernier recours. Comme l’ont souligné d’autres études, la fermeture d’écoles, à elle seule, a peu d’effet sur la transmission du virus. Mais l’agence européenne a précisé que son avis ne tenait pas compte du nouveau variant dont l’effet sur la transmission est encore méconnu.

Une question qui divise

La question des écoles divise un peu partout. Au Québec, les syndicats d’enseignants sont favorables à leur ouverture, contrairement à ceux de New York (le gouverneur de New York, Andrew Cuomo étant quant à lui résolument favorable à un enseignement en personne).

Chez les médecins, aussi bien au Québec qu’en Ontario, aucun consensus non plus et les associations médicales n’ont pas encore publié de nouveaux avis officiels sur l’ouverture des écoles.

Des remous au bureau du premier ministre

Selon un article paru dans L’actualité jeudi, les hauts dirigeants de la Santé publique – les docteurs Horacio Arruda et Richard Massé, notamment – auraient fait volte-face lundi soir. Jusque-là, ils auraient estimé qu’un plateau était atteint, à 2500 cas, ce que François Legault ne croyait pas, vu le nombre de tests moins élevé réalisé pendant les Fêtes.

Lundi soir, la Santé publique aurait changé complètement de cap, estimant la situation incontrôlable et disant qu’un confinement total – y compris des écoles – s’imposait. Que la Santé publique ait changé son opinion du tout au tout à la dernière minute aurait déplu et forcé le report du point de presse, initialement prévu mardi.

La Santé publique du Québec n’a pas souhaité commenter cet article.

Au bureau du premier ministre, on nous a répondu par écrit qu’« il est tout à fait normal que les discussions soient intenses dans des moments de crise comme celle qu’on connaît présentement. […] Nous avons entièrement confiance en la Santé publique. Ce sont eux les experts et nous allons continuer d’être à leur écoute. »