« Lorsqu’un professeur est poursuivi en justice par un tiers », l’université doit impérativement prendre « fait et cause pour lui, sauf si cette personne « a commis une faute lourde », estime la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) qui propose en ce sens au gouvernement un « projet de loi clé en main » pour protéger la liberté d’enseignement.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

La sortie publique de la FQPPU survient alors qu’une professeure de l’Université d’Ottawa a été suspendue et qu’elle subit de l’intimidation pour un mot jugé offensant par certains.

Dans un texte qui vient d’être remis au Groupe de travail sur l’université québécoise du futur chargé de faire des recommandations au gouvernement Legault, la FPQPPU évoque plusieurs exemples qui ont été douloureux pour les professeurs, mais qui étaient aussi lourds de répercussions pour la société.

L’un des mieux connus, qui est cité par la FQPPU, a trait à l’affaire Olivieri, du nom d’une hématologue de l’Université de Toronto. Cette cause remonte aux années 1990.

« La professeure Olivieri menait des recherches à l’Hospital for Sick Children en partenariat avec Apotex au sujet de la Deferoxamine, un médicament qui sert à traiter les surcharges en fer. Lorsque les résultats obtenus par la professeure ont démontré que le médicament pouvait constituer un risque pour la santé des patients, celle-ci en a informé Apotex, qui, plutôt que de mettre un terme aux expérimentations, a refusé que les résultats soient publiés. »

La professeure a choisi de publier les résultats, jugeant que c’était d’intérêt public, ce qui s’est traduit par une poursuite contre elle.

La professeure a finalement obtenu gain de cause devant les tribunaux, notamment grâce à l’aide de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), « après des années de procès et des centaines de milliers de dollars en frais juridiques », note la FQPPU.

La Fédération évoque aussi l’affaire Maillé, du nom d’une diplômée de l’Université du Québec à Montréal qui a agi comme témoin expert dans un recours collectif mené par des citoyens opposés à la construction d’un parc éolien dans leur région.

L’entreprise a réclamé toutes les données récoltées par Mme Maillé au cours de ses recherches, « incluant tous les enregistrements et les noms des participants avec qui elle avait mené des entrevues, malgré les ententes de confidentialité qui la liait à chacun des participants, ce que le juge a d’abord accepté ».

« Mme Maillé a dû mener toute une bataille pour faire valoir qu’il était dans l’intérêt public de protéger l’anonymat des participants à une recherche », écrit la FQPPU.

« Ces exemples, estime la FQPPU, démontrent que les professeurs ou les chercheurs visés par ces poursuites doivent souvent se représenter seuls et porter sur leurs épaules le fardeau de l’exercice de la liberté académique, alors qu’ils agissent pourtant dans l’intérêt collectif. »

Le mémoire de la FQPPU évoque aussi d’autres cas. Celui de ce professeur, par exemple, qui a été blâmé par son établissement parce qu’il a critiqué les décisions administratives de son université dans les médias. Un autre, parce qu’il s’est exprimé sur un sujet qui a été perçu « comme pouvant dépasser son champ d’expertise ».

Autre exemple donné, celui d’une étudiante de doctorat qui s’est vu imposer de longs délais dans la publication de sa thèse parce que le partenaire industriel avec qui elle avait travaillé craignait « que ses résultats ne nuisent à ses affaires ».

Pour la FQPPU, « la liberté d’enseignement est nécessaire pour garantir la pérennité du fonctionnement de l’université en tant que service public ».

La protection des professeurs est d’autant plus cruciale dans « le nouveau contexte des influences souvent erratiques des médias sociaux qui ont le pouvoir de faire circuler à grande échelle et avec facilité des affirmations fausses ou mensongères.

Cela amène une « crise de confiance […] envers les experts, envers les élus, les professionnels, etc. Les fausses nouvelles font beaucoup de dégâts et il n’y a que très peu de mécanismes de régulation disponibles. »

« Cet ébranlement des fondements de la vie en commun est à prendre très au sérieux et peut coûter très cher humainement et économiquement », conclut la FQPPU.