C’est presque la mi-session au cégep, et les évaluations à venir en pleine pandémie représenteront un test, tant pour les élèves que pour la cote R, qui avait été suspendue la session dernière et sur laquelle repose en bonne partie la sélection d’étudiants dans les programmes contingentés comme la médecine.

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

« La question de la cote R sera mise à l’ordre du jour de nos prochaines rencontres avec le ministère de l’Éducation », dit Lucie Piché, présidente de la Fédération des enseignants de cégep.

Pour l’instant, Mme Piché explique ne pas avoir eu vent d’iniquités qui l’inciteraient, comme à la dernière session, à réclamer la suspension de la cote R. Elle note cependant qu’elle reste « aux aguets », alors que les risques de tricherie ou de plagiat sont décuplés en cette époque d’enseignement et d’examens à distance.

Un chargé de cours au cégep qui a demandé l’anonymat a dit s’être aperçu, pour sa part, que des élèves qui étaient abonnés aux C- décrochaient maintenant des A-, ce qu’il attribue au plagiat et à la tricherie. « Je me suis aussi aperçu que deux étudiantes avaient exactement les mêmes erreurs. Quand j’ai soulevé la chose au comité de discipline, on m’a demandé comment j’allais faire pour prouver ça. C’est ça, le problème. On ne peut pas entrer dans la vie des étudiants à cause de la Charte des droits et libertés, mais j’ai des étudiants qui me disent que ça ne fonctionne pas, qu’on ne peut pas les surveiller et que ça amène les gens à tricher. »

Du côté de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), on ne réclame pas pour l’instant la suspension de la cote R, mais on se montre inquiet. Dans les conditions actuelles, « la cote R est très biaisée », croit sa présidente, Noémie Veilleux.

La FECQ fait valoir que les apprentissages sont extrêmement différents d’une région à l’autre, alors que les élèves de tout le Québec sont en compétition pour obtenir de rares places dans certains programmes contingentés. Certains cégeps ont pu maintenir des cours sur les campus. Dans beaucoup d’autres, l’essentiel des cours se fait à distance, avec des élèves qui sont plus ou moins bien pourvus en matériel informatique et en connexion internet.

Au surplus, la mention « incomplet » a été maintenue. En temps normal, elle est surtout donnée à des élèves qui ont eu des problèmes de santé ou un accident pendant la session. À l’heure actuelle, elle est donnée sur demande. Si plusieurs élèves d’une classe donnée la réclament alors qu’ils auraient normalement échoué à un cours, la cote R qui compare la performance scolaire des élèves entre eux s’en trouve affectée.

Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, souligne qu’il comprend le stress des élèves qui, comme à la Fédération étudiante, sont très nombreux à se manifester par courriel au sujet de la cote R.

Il estime cependant qu’on est à mille lieues du printemps dernier, alors que la crise a pris tout le monde de court. Dans ce contexte difficile, « la formation n’est pas parfaite, mais les professeurs ont eu le temps de se préparer » et d’ajuster leurs modes d’évaluation.

Comme certaines universités que nous avons interpellées à ce sujet, M. Tremblay fait aussi remarquer que la sélection des candidats dans les programmes contingentés ne repose pas sur la seule cote R, mais que des entrevues, par exemple, ont aussi lieu.

Il explique par ailleurs avoir demandé des avis juridiques sur les questions de surveillance à distance des élèves, alors que des enseignants exigent par exemple que la caméra d’ordinateur des élèves soit allumée lors d’examens ou qu’existent des outils informatiques sophistiqués de télésurveillance.

Ponctuellement, des élèves écrivent aussi à La Presse, s’inquiétant de dérives dans l’évaluation. Dans certains cégeps, par exemple, le nombre limité de personnes admises en classe pour un examen amène des enseignants à le faire passer par sous-groupes. L’évaluation peut alors s’étendre sur plusieurs jours, sans que les questions d’examen soient substantiellement modifiées pour éviter de pénaliser ceux qui sont évalués en premier.

Les universités contactées ont dit en gros suivre la situation et se disent ouvertes, pour certaines, à faire preuve d’une certaine flexibilité quand viendra le temps d’examiner les candidatures reçues.

Au primaire et au secondaire, au Québec, il n’y aura pas de bulletin cet automne. En Ontario, le ministère de l’Éducation a annoncé que les examens finaux du secondaire seront optionnels cette année pour ne pas ajouter à l’anxiété des élèves.

– Avec Marie-Eve Morasse, La Presse