Dans une lettre, 34 professeurs de l’Université d’Ottawa se portent à la défense de leur collègue Verushka Lieutenant-Duval, qui a fait l’objet d’une suspension et affronté une tempête sur les réseaux sociaux provoquée par des étudiants outrés qu’elle ait utilisé le mot « nègre » en anglais dans sa classe pour illustrer le concept de récupération.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Pour les signataires de la lettre intitulée « Libertés surveillées », on mélange deux choses. D’une part, « le racisme sur le campus, les microagressions, la discrimination parfois inconsciente, mais quand même réelle, dont sont victimes les minorités, et qu’il faut dénoncer », et, d’autre part, « le rôle de l’enseignement universitaire, des professeurs et des salles de classe qui est de nourrir la réflexion, développer l’esprit critique ».

> Lisez la chronique d'Isabelle Hachey sur le sujet

Certes, écrivent les professeurs, il faut faire preuve de sensibilité dans son enseignement, mais il est inévitable que l’université, comme lieu de débat, puisse par moments heurter des sensibilités.

Les auteurs de la lettre évoquent Nègres blancs d’Amérique, de Pierre Vallières et Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, de Dany Laferrière, deux œuvres qui, comme toute le reste, doivent être mises en perspective et analysées dans leur contexte.

« Il importe que les administrations universitaires, tout en participant à la mise au jour et à l’abolition de toute forme de racisme systémique, veillent à protéger la transmission des connaissances, le développement de l’esprit critique et la liberté universitaire, liberté qui peut parfois s’exercer au détriment du clientélisme, mais qui participe de toute forme de libération véritable », concluent les professeurs.

Mesures disciplinaires

Verushka Lieutenant-Duval, professeure en histoire et théorie de l’art, a présenté ses excuses par courriel à ses étudiants après qu’une étudiante aurait fait valoir qu’une Blanche n’avait jamais le droit d’employer le mot « nègre ».

Elle a ensuite invité les étudiants à réfléchir « à ce qui convient pour traiter ce mot. Vaut-il mieux ne pas le prononcer parce qu’il est sensible ? Le silence ne mène-t-il pas à l’oubli et au statu quo ? ».

Des échanges souvent virulents sur les réseaux sociaux ont suivi, de même que des mesures disciplinaires contre la professeure.